Vers une formulation microbiote friendly

C’est le sujet de recherche de ce début du XXIe siècle : le microbiome. Comment les fournisseurs d’actifs répondent aujourd’hui à cee demande de préserver l’équilibre, garant de la bonne santé de la peau ?

Les recherches scientifiques établissent de plus en plus de parallèles entre l’équilibre du microbiote et la santé de la peau.

De plus en plus médiatisé, le microbiote est l’ensemble des micro-organismes vivants spécifiques chez un hôte. Ces derniers sont partout, aussi bien dans l’appareil digestif (90 %) que sur chaque centimètre carré de la peau. Les recherches scientifiques établissent de plus en plus de parallèles entre l’équilibre du microbiote et la santé de cet organe. « Avant on parlait de bonnes et de mauvaises bactéries. Aujourd’hui il est question d’équilibre », affirme Jean-François Molina, directeur marketing chez Solabia. L’idée est d’éviter la dysbiose, ou le déséquilibre, responsable avéré de trouble comme l’acné ou l’eczéma. Pour cela, deux approches du sujet sont possibles : la première, la plus proposée aujourd’hui en formulation, consiste à encourager un développement compétitif des bactéries. Le substrat, ou la nourriture, oriente le développement de la offre cutanée au détriment des bactéries pathogènes. C’est l’action de BioEcolia, un actif historique développé par Solabia, par exemple. Ces actifs à la structure glycane le plus souvent, sont aussi appelés prébiotiques.

Une science qui se cherche encore

La deuxième approche consiste à préserver l’équilibre du microbiote en le protégeant des altérations. Appelés postbiotiques, ces actifs aident à réguler la composition de l’écosystème des bactéries sur la peau. Comme Solabia qui limite l’adhésion des bactéries extérieures avec Té’ose. Ce polysaccharide joue le rôle d’une matrice pour la peau car il occupe les sites de fixation des micro-organismes opportunistes et limite le développement des bactéries pathogènes. Même action pour Saniscalp, un actif qui améliore la cohésion de la barrière cutanée et qui apaise le cuir chevelu en régulant l’inflammation. « Cette catégorie d’actifs a l’avantage d’avoir une action large sur le microbiote », souligne Jean-François Molina. Ecobiotys « travaille l’environnement de la peau pour restaurer le microbiote », indique Pauline Rouaud-Tinguely, cheffe de projet management de l’innovation chez Silab. Mais le challenge de cette approche est de pouvoir identifier préalablement le fonctionnement des bactéries et leur quorum sensing, c’est-à-dire leurs interactions entre elles. Variables à l’échelle individuelle, mais aussi en fonction de l’environnement et l’hygiène de vie, les micro-organismes sont propres à chacun et évoluent au cours de la vie du sujet. C’est cette forte variabilité qui rend la recherche fondamentale compliquée, longue et fastidieuse. Chez Seqens, les équipes s’affairent à comprendre tout ce qui impacte le microbiote et de quelles façons a n de désigner les actifs en conséquence. « Nous privilégions l’étude à grande échelle. Par exemple, nous cherchons à trouver les bactéries présentes dans la pollution atmosphérique et identifier leur conséquence à l’échelle cutanée », ajoute Aïna Queiroz, responsable innovation et communication scientifique chez Seqens.

Deux approches, un coût différent

Si ces deux approches, pré et postbiotiques, ont toutes les deux pour objectif l’amélioration du microbiote, elles n’ont pas le même coût. La première, consistant à nourrir les bonnes bactéries, est déjà plus éprouvée et bénéficie de plus de recul. Son développement est plus rapide et moins coûteux. La deuxième, sur les interactions entre les bactéries, est encore au stade de recherche fondamentale et ne bénéficie pas encore d’une bibliographie suffisante. Elle oblige donc les fournisseurs à investir dans de nouveaux outils et compétences humaines. En 2017, Silab a créé une plateforme pour étudier le microbiote de la peau et des plantes. « L’objectif est de pouvoir les cartographier et connaître la répartition des micro-organismes respectifs », souligne Pauline Rouaud-Tinguely. Pour ce faire, le fournisseur d’actifs a «acquis un outil spécialisé dans le métaséquençage de l’ADN bactérien, Miseq, affirme-t-elle. Des données de ce métaséquençage des bactéries est tirée une cartographie du microbiote pour comprendre son fonctionnement.» La recherche fondamentale n’est pas la seule à avoir un coût, il y a aussi les tests cliniques. « Il faut compter 35 000 à 40 000 € en prix d’entrée pour une étude clinique sur le microbiote, affirme Aïna Queiroz, car le traitement des données est plus long. » À titre de comparaison, le prix d’une étude clinique pour vérifier l’hydratation est compris entre 8 000 et 10 000 €.

Les fournisseurs ont aussi dû recruter de nouvelles compétences en microbiologie et en analyse de données : une experte en lactobaciles (ex-Danone) pour Silab ainsi que plusieurs pro„ls pour analyser les données issues du séquençage. Berkem a embauché un docteur en biologie et a « investi dans la formation des équipes », précise Hélène Foliguet, responsable marketing chez Berkem. De son côté, Seqens a nommé un chef de projet attitré. La recherche sur le microbiote cutané n’en est qu’au début.

Anaïs Engler

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