DOSSIER FULL SERVICE : le cas d’école Anjac Health & Beauty

Le groupe Anjac Health & Beauty(*) s’apprête à sortir un soin de protection solaire « inédit ». Son allégation : une protection forte aux UV tout en réduisant le nombre de filtres. Les tests sont en cours, et la commercialisation est annoncée pour le début de l’été. Le nom du client reste confidentiel, comme il est d’usage lorsqu’un sous-traitant négocie avec des marques. Baptisée SPF Boost, cette innovation est issue d’un travail de R & D initié par Innovi, l’une des filiales d’Anjac spécialisée dans les compléments alimentaires. Il s’agit d’identifier un ingrédient d’origine naturelle et son association à une combinaison de molécules.

« Ce projet est né d’une volonté de répondre à l’inquiétude des consommateurs sur les perturbateurs endocriniens, d’où la réduction du nombre d’ingrédients filtres solaires, tout en ayant une efficacité maximale du produit », résume une porte-parole du groupe Anjac. Mais l’intérêt n’est pas seulement dans ce nouveau soin solaire. Il s’agit surtout d’une démarche collaborative menée en interne.

Les chercheurs d’Innovi, dans le sud-ouest, ont ainsi travaillé avec les équipes de Sicaf et Shadeline, à Avignon et Nice, qui sont les deux entités dédiées à la beauté et à la formulation des soins de la peau au sein d’Anjac. La méthode est assez nouvelle dans ce groupe récent, construit à coups d’acquisitions par Aurélien Chaufour, aujourd’hui à la tête d’un ensemble de dix sociétés, quatorzeŽsites de production et plus de 1 700 salariés. «ŽLe groupe totalise une centaine de chercheurs, et 5 % du chire d’aaires total est investi dans la R & DŽ», insiste le président d’Anjac Health & Beauty. Soit une belle enveloppe proche de 20 millions d’euros. Mais l’enjeu est de faire travailler tout le monde ensemble.

L’innovation en ADN

Pour autant, le dirigeant ne souhaite pas instaurer une direction de l’innovation au niveau du groupe, qui serait basée au siège social à Paris. Ou alors tout juste un rôle de coordination, d’abord parce qu’il ne veut pas ajouter de niveaux de décisions dans l’organigramme. « Sauf exception, les managers de chaque société reprise restent associés au pilotage de l’entreprise. Il en va de même pour l’innovation, ça part du terrain », dit Aurélien Chaufour, qui n’a pas constitué son petit empire industriel au hasard. L’innovation était déjà dans l’ADN de chacune des liales, martèle-t-il en substance. « C’est ce qui fédère nos équipes et nos clients », dit-il. Et pour cause, ces ressources en innovation sont essentielles pour cette entreprise de taille intermédiaire (ETI) qui prétend assurer du full service, c’est-à-dire de la sous-traitance depuis le choix de l’ingrédient jusqu’à la mise en rayon du produit, en passant par sa formulation, la maîtrise des tests et du dossier réglementaire, et sa fabrication. Contrôler un portefeuille de produits propres, continuer d’apporter des solutions innovantes aux marques, c’est un atout pour se démarquer de groupes de full service qui disposent de moyens industriels plus puissants.

Deux cibles en 2020

Après une série d’acquisitions dans l’univers du maquillage en 2017 et 2018, avec la prise de participation majoritaire dans les poudres Aircos et le rachat de Pascual Cosmétiques, Anjac vient de renforcer son expertise dans les secteurs cosmétique et dermo-cosmétique. Coup sur coup, l’ETI française a mis la main sur le barcelonais Feltor l’an passé, puis récemment en s’implantant aux États-Unis en rachetant Cosmetix West, spécialisé dans les produits naturels pour des marques indépendantes en Californie. « Cela nous permet de répondre aux attentes consommateurs devenues incontournables pour les marques, comme la clean beauty, autrement dit, une cosmétique transparente, minimaliste et ecace, privilégiant la naturalité », résume Aurélien Chaufour. L’entreprise, située près de Los Angeles, a acquis un savoir-faire poussé dans la formulation, le développement, la fabrication et le conditionnement de soins pour la peau et les cheveux, de produits d’hygiène et de parfums, déclinés en de nombreuses galéniques. L’usine Cosmetix West s’appuie sur le standard ISO 22716 et sur les bonnes pratiques de fabrication. Et elle dispose d’un large portefeuille d’ingrédients certifiés par le ministère américain de l’Agriculture (USDA). C’est aussi une façon de s’implanter sur le territoire américain. La stratégie d’Anjac est donc d’ajouter sur toute la chaîne de valeur des briques innovantes, autonomes, dotées chacune de savoir-faire pointus et complémentaires. Dans cet esprit, Aurélien Chaufour a encore quelques cibles. Anjac Health & Beauty pourrait ainsi accueillir un nouveau fournisseur d’ingrédients et un acteur du skincare et du parfum. Pour l’instant, les négociations sont en cours, et la condentialité reste de mise.

Des best-sellers fréquents

Au-delà de la success-story en cours, cet assemblage de sociétés est un défi opérationnel. Pour faire collaborer ces dix, et sans doute bientôt douze, filiales ensemble, Aurélien Chaufour mise sur l’implication des dirigeants : « Les directions générales conservent des parts au capital ». Pour donner une vue globale de ce que propose le groupe, un showroom a ouvert rue de la Banque, à Paris 2e, uniquement pour les clients. « Grâce à cela, nous pouvons discuter projet et innovation avec nos clients dans un cadre privilégié très important notamment dans la beauté, notre ambition est de faire croître cette activité », glisse le dirigeant En termes de prospection, les deux solutions existent : une équipe marketing de cinq personnes a été constituée au niveau du groupe. « Mais nous conservons une organisation plutôt décentralisée, et nous donnons la priorité au point d’entrée par les filiales », précise Aurélien Chaufour, qui prêche pour une gestion intrapreneuriale, c’est-à-dire qui donne de l’autonomie et de la responsabilité aux filiales qui s’exonèrent d’un circuit de décision hiérarchisé et complexe. « Les grandes décisions sont collégiales, et notre fonctionnement nous permet d’être réactif », estime le patron du groupe, qui promet un time-to-market d’environ trois mois, « un peu plus s’il s’agit d’un sur-mesure intégral ». Cette démarche agile porte ses fruits, selon lui, « nous sommes très ers lorsque nous sommes à l’origine d’un best-seller pour nos clients. Et cela arrive souventŽ».

(*) Oscar Cosmétiquemag du prestataire de l’année 2019 (voir Cosmétiquemag n°206 p. 28).

Stéphane Frachet

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