Incubateur : un modèle gagnant-gagnant

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Face à la montée en puissance des incubateurs, Cosmétiquemag a enquêtésur ce modèle de développement et sur les acteurs concernés : groupes, écoles ou encore pôles de compétitivité comme la Cosmetic Valley.

En ce mardi 12 février, LVMH accueille sa deuxième promotion de start-up incubées à StationFà Paris. Des représentants des maisons de luxe du groupe sont venus les rencontrer « pour faire progresser la RSE, recueillir et analyser la data, accroître et personnaliser les services aux clients, travailler sur l’omnicanalité, l’intelligence artificielle », déclare Ian Rogers, Chief Digital Officer de LVMH. Un autre grand de l’industrie, L’Oréal, a aussi choisi ce lieu créé par Xavier Niel pour incuber des start-up. Aujourd’hui quel groupe n’a pas son incubateur ou plutôt son « accélérateur de start- up » comme le qualifie le cabinet de tendance britannique WSGN. Il accompagne une start-up dans son développement en partageant les compétences, les ressources humaines, le savoir-faire des groupes. Une relation win-win qui permet à ces derniers de rester dans la course à l’innovation tout en apprenant à travailler différemment. Exemples avec L’Oréal, LVMH, Johnson&Johnson, Showroomprivé, Beiersdorf. Mais selon WSGN il existe d’autres modèles, comme les incubateurs internes. Ce sont des cellules innovations mises en place à l’intérieur des groupes fonctionnant en mode start-up avec des collaborateurs du groupe. Ont ainsi vu le jour Seed Phy- tonutrients chez L’Oréal, Flesh chez Revlon. Autre exemple d’incubateur : la plateforme américaine, Volition Beauty : le consommateur est incité à partager ses idéeset à créer. Les clients deviennent des Beauty  Innovator.

Maryline le Theuf

 

GROUPE CHALOUB
Préparer l’avenir
« Il est de notre responsabilité de soutenir la prochaine génération d’entrepreneurs, afin de les aider à réussir et à contribuer à l’économie. Greenhouse est un programme exceptionnel pour accélérer les solutions qui permettront à notre groupe de se parer pour l’avenir», déclare Patrick Chalhoub, dirigeant du groupe de distribution de produits de luxe du Moyen-Orient, Chalhoub. Celui-ci a ouvert, en septembre 2018, un incubateur Greenhouse installé dans le quartier Dubaï Design District (3D). Il réunit des créateurs, des designers et des jeunes entreprises de tous les horizons. Dans cet environnement propice à l’échange et à la réflexion, cinq start-up de solutions technologiques appliquée à la vente et sélectionnées par Chalhoub se sont installées. Il leur ouvre les portes du marché, une expertise de la vente au détail via des partenaires, un accès à plus de 300 marques, à un réseau de 600 magasins et à une présence dans quatorze pays. Chacune des start-up a également reçu une subvention de 20 000 $. Greenhouse abrite aussi un incubateur, Ibtikar, réservé aux collaborateurs du groupe Chalhoub qui sont « encoura- gés à adopter des méthodes de travail plus agiles, à fairepreuve d’audace ».

Fiche pratique
Comment postuler : s’inscrire sur le site www.chalhoubgreenhouse.com.
Critères d’admission : start-up développant des solutions technologiques applicables au commerce.
Durée du programme : trois mois.
Nombre de start-up : cinq pour l’instant : StoreDNA (intelligence artificielle au service des points de vente et de la relation clients), SizeMe (service d’essayage et de conseils des tailles de vêtements et de chaussures), Phygitalmind (plateforme numérique de présentation de l’offre et de paiement mobile en magasin) , EuroPass (solution de paiement mobile pour les touristes chinois), Brandquad (solution de regroupement des données de chaque circuit de vente, information sur les performances des produits…).
Lieu d’incubation : Dubaï Design District à Dubaï.
Programme : accéder au marché des produits de luxe et de la vente, savoir-faire du groupe Chalhoub.

 

L’ORÉAL
Apprendre des start-up
Le numéro un mondial de la beauté fut le premier industriel de produits de grande consommation à ouvrir un incubateur Open Innovation, à Station F à Paris, en octobre 2017. Les start-up sont entrées en février 2018. « Cela permet d’avoir une autre vision de la beauté, d’identifier des sujets dans lesquels L’Oréal, en tant que groupe, ne s’est pas encore lancé comme avec le parfum personnalisé de Sillages Paris (voir ci-dessous) ou les coffrets maternités Né A dont les produits pour les bébés et les mamans sont conçus sur-mesure main dans la main avec chaque maternité », explique Camille Kroely, Global Head of Digital Services Factory & Open Innovation L’Oréal. Le groupe missionne, pour chaque jeune chef d’entreprise, un mentor (directeur marketing ou digital ou R&D avec au moins cinq ans d’expérience) chargé de le conseiller, de lui apporter un savoir-faire. Il se nourrit aussi de sa personnalité, de son fonctionnement agile, rapide, de sa nouvelle technolo- gie. « Il s’agit aussi pour les salariés de L’Oréal de s’enrichir de leur façon detravailler, de leur créativité et de leur personnalité », ajoute Camille Kroely.

 

Fiche pratique
Comment postuler : site dédié lorealinnovation.com.
Critères d’admission : avoir une innovation qui apporte un plus sur le marché de la beauté ou des technologies.
Durée du programme : six mois.
Nombre de start-up : dix à quinze par programme dont parfums Sillages Paris, coffrets maternité Né A, soins au chanvre Ho Karan, plateforme de s-commerce allemande Glossom, Kaffe  Bueno, soins à la banane Kadalys.
Programme : les mentors -directeur marketing, digital ou de la R&D ayant 5 à 15 ans d’expérience – conseillent les start-up qui sont souvent de deux natures, les marques de niche et celles spécialisées dans le service. Les attentes des premières sont sûr : la stratégie avec les réseaux sociaux, l’impact du packaging, la réglementation en matière de formulations et les normes de développement durable ; les secondes veulent mieux comprendre les consommateurs. Depuis 2018, 900 heures de mentoring ont été apportées aux 17 start-up incubées. Des workshops s’ajoutent à ces conseils.
Lieu d’incubation : Station F à Paris.

Témoignages
Shirley Billot, Kadalys
Le jury a été séduit par son projet de cosmétiques conçus à partir des déchets issus de la filière de la banane. « Grâce au mentoring de L’Oréal, j’ai appris à marketer mes huiles. » Kadalys est aujourd’hui vendu dans quelques magasins bio en France, dans les grands magasins Lotte en Asie, Isetan au Japon et Deben- hams en Australie. Shirley Billot prépare aussi une levée de fonds pour se lancer aux États-Unis.

Maxime Garcia Janin, Parfums Sillages Paris
« J’attendais de L’Oréal une aide pour structurer mon business, c’est-à-dire commentaccroître les cadences de production, recruter des collaborateurs, quelle logistique fournir, comment communiquer sur les réseaux sociaux, s’internationaliser. » Il y a quelques mois, L’Oréal a également pris uneparticipation financière dans le capital de Sillages Paris via son fonds de capital-investissement Bold (BusinessOpportunities for L’Oréal Developement).

 

LVMH
Co-construire avec les start-up
Le groupe a également choisi Station F à Paris pour incuber depuis avril 2018 une cinquantaine de start-up dans des domaines très variés. « En tant que groupe deluxe, nous nous devons de fournir des produits et des services les plus innovants à nos clients. Détecter et aiderdes start-up nous permet d’atteindre cet objectif. À leur contact, nous voyons ce qu’ils font de mieux et de différents de nous, explique Isabelle Fiagganelli, VP Digital Transformation-HR, ChristianDior et LVMH, cultiver cet esprit d’entreprendre fait partie depuis toujours des piliers des maisons du groupe LVMH. Nous continuons à le faire d’une autre façon à la Station F avec ses jeunes entrepreneurs et talents qui prennent des risques mais qui préparent l’avenir. Nous voulons être acteur de ce nouvel éco-système. » À travers un programme d’animation et de formation, d’échanges d’expertise et de cultures renforcés cette année, LVMH met en contact les incubés avec des interlocuteurs de ses marques afin de co-construire des produits, des services.

 

Fiche pratique
Comment postuler : site maison des start-up LVMH, participer aux innovations Award du salon Vivatech (800 candidats en 2018).
Critères d’admission : avoir un produit, un service, une solution innovante, différenciante pas forcément technologique applicables à plusieurs métiers ou secteurs au sein du groupe LVMH pour pouvoir créer une économie d’échelle.
Durée du programme : six mois.
Nombre de start-up : une vingtaine par programme dont Alcméon (intelligence artificielle au service de la relation client), The Bradery (ventes flash sur les réseaux sociaux), Spoon (interface réaliste- robot artificiel interactif), Voir (visualisation en 3D), etc.
Lieu d’incubation : Station F à Paris.
Programme : coconstruire avec les marques du groupe LVMH des services, des solutions, des produits innovants.

 

Témoignages
Adrien Dalberto, d’Orbis
La start-up experte en réalité virtuelle et augmentée a créé un système de diffusion d’images en 3D avec la maison Guerlain. Celle-ci l’a appliquée à la communication de son célèbre flacon Abeille personnalisable. « Nous travaillonsaujourd’hui à l’intégration de ce système de diffusiond’hologramme sur un meuble qui serait dans lesvitrines des boutiques sur les Champs-Élysées à Paris et en Chine », indique Adrien Dalberto.

Valérie Daoud-Henderson, Alcméon
Spécialiste de l’intelligence artificielle, Alcméon a développé avec les Parfums Christian Dior une plateforme permettant d’optimiser la relation client. « Nous avons travaillé avec la maison Dior pour centraliser les demandes, les hiérarchiser puis automatiser les réponses dans la langue du client », explique Valérie Daoud-Henderson

 

SHOWROOM PRIVÉ
Faire de la vieille innovation
En 2015, Thierry Petit, co-fondateur de Showroomprivé, mais aussi business angel de start-up, décide d’ouvrir un incubateur. Mais il faut attendre le rachat de Beautéprivée en 2017 pour que le pure player commence à s’intéresser aux start-up dans la beauté. « Quel que soit le domaine dont sont issues ces jeunes entreprises, elles apportent beaucoup aux salariés de Showroomprivé qui voient là de nouvelles façons de travailler, d’appréhender certains marchés, indique Coline Rivière, directrice de la RSE en charge du programme d’incubation Look Forward de Showroomprivé, c’est un moyen de fédérer une communauté autour d’innovations, et de faire de la veille. » Les start-up incubées dans les locaux du pure player bénéficient de ses infrastructures (accueil, salles de réunion, studios photos pour les shootings produits vendus sur le Net ou mis en avant sur les réseaux sociaux…) et des compétences des salariés notamment en digital, en finance, en RH. Chacune est suivie par un parrain. « Nous recueillons leurs demandes une fois par moi et les mettons en contact avec les services et les personnes compétentes à raison de 20 heures par an. S’ajoutent plus d’une quarantaine d’ateliers par an organisés en interne. »

 

Fiche pratique
Comment postuler : demande à déposer chez Showroomprivé.
Critères d’admission : avoir un produit innovant déjà créé et testé sur le marché.
Durée du programme : douze mois.
Nombre de start-up : 25 maximum dont Find My Tatoo (plateforme d’informations et de prise de rendez-vous chez des tatoueurs), Wired Beauty (masque intelligent doté des capteurs d’analyse du capital solaire de la peau), Bloomizon (compléments alimentaires personnalisés), Horace (soins pour homme), All Tigers (rouges à lèvres naturels, vegan), L’Armoire à Beauté (meubles avec des marques exclusives clés en main).
Lieu d’incubation : siège social de Showroomprivé à Saint-Denis (93).
Programme : partager le savoir-faire digital, e-commerce, et les moyens (studios photos…) de Showroomprivé.

 

Témoignages
Aurore Humez-Leray, L’Armoire à Beauté
« L’année passée dans l’incubateur de Showroomprivé m’a permis d’améliorer mon site Internet, d’acquérir des techniques pour communiquer sur les réseaux sociaux. Je cherche aujourd’hui un programme pour accélérer la commercialisation de L’Armoire à Beauté, un service clé en main qui permet aux pharmaciens de référencer des marques de nicheexclusives (11 à ce jour pour 86 produits). Une quinzaine d’entre eux dispose déjà de ce meuble dans leur officine. J’en ouvrirai cinquante d’ici à la fin de l’année. »

Alexis Robillard, fondateur de All Tigers
Alexis Robillard, ex-Interparfums et L’Oréal CosmétiqueActive, a commencé par ouvrir une page Instagram pour co-créer son rouge à lèvres liquide naturel (jusqu’à 100 %) et vegan, All Tigers. « Le premier jour, 300 femmes avaient rejointla page Instagram, aujourd’hui il y en a 4 500 », indique-t-il. Dans l’incubateur de Showroomprivé, je suis entouré de start-up de l’univers mode et retail, avec un ancrage digital très fort. Nous échangeons énormément sur les sujetse-commerce. » La marque est vendue sur son site All Tigers.com ainsi que sur les sites Birchbox, Jolimoi, Nuoo et Detox et moi.

 

JOHNSON & JHONSON

Dynamiser l’écosystème
Incuber est une seconde nature pour le groupe pharmaceutique américain qui a mis en place son programme en 2012, baptisé Global External Innovation. Chapeauté mondialement par Paul Stoffels, lui-même un ancien entrepreneur, cette gigantesque entité a pour vocation de piloter l’innovation externe du géant, et de favoriser la prise de décisions et les réponses rapides. Pluridisciplinaire, elle est cross-division aux trois grands piliers de J & J : les branches Consumer (Neutrogena, Biafine, Nicorette…), la pharmacie avec Janssen et les Medical Devices. « Il s’agit pour nous de soutenir les entreprises qui ontquelque chose de différent et qui améliorent la qualité des soinset le bien-être », précise le Dr Asma Serier-Larochette, membre de cette équipe. Deux niveaux sont proposés : les incubateurs corporate, il en existe douze dans le monde, et les innovations center, au nombre de quatre. « Dans lapremière étape nous incubons des sociétés jeunes et peumatures, qui ont une idée ou un concept, mais qui ont un besoinde support et d’équipement », poursuit Asma Serier Larochette. J & J met donc à leur disposition des laboratoires, des bureaux, des espaces de travail et de networking. Elles sont accompagnées par des experts J & J sur l’ensemble des métiers (marketing, investissement, recherche). « Nous lesaidons également à lever des fonds auprès de VC – venture capital – et à développer des collaborations avec d’autresentreprises », précise-t-il.Pour les start-up plus avancées et proches de la mise sur le marché, J & J réserve une plateforme avec des équipes pluridisciplinaires. « Celle-ci sontsélectionnées lorsqu’elles ont un intérêt stratégique pour le groupe, explique Aqma Serier-Larochette. Cela peut donner lieu à du co-développement et à des partenariats commerciaux,l’achat de la licence d’exploitation et aller jusqu’à l’acquisition. » Car aux côtés de ses entités on retrouve la corporate venture du géant, JJDC. Née il y a plus de 45 ans, cette branche fonctionne comme un fonds classique, regarde attentivement toutes les entreprises en lien avec J & J et peut décider d’investir, comme cela fut le cas récemment avec Dreem, un spécialiste des troubles du sommeil qui a levé 35M$ auprès de J & J et le Fonds PSIM géré par Bpifrance. Enfin, une initiative particulière est née en France en 2015 : J & Join (pour Johnson and Johnson Open Innovation Network). « Son objectif est de connecter les écosystèmes et les start-up innovantes dans l’Hexagone et en Europe, soit pour accélérer la mise en place de collaboration ou pour les faire se rencontrer entre elles, raconte Asma Serier Larochette, qui a lancé le projet. Depuis cette année, nous hébergeons sur notre site de Val-de-Rueil ». Très avancés dans l’incubation, certains des projets ont déjà vu le jour et sont devenus des produits à la vente, comme le Masque de Luminothérapie anti-acné, ou encore l’application Skin360 et le SkinScanner avec FitSkin, le tout sous la marque Neutrogena.

Témoignage
Damien du Chéné, Dreem
« Nous avons accueilli Johnson & Johnson dans le capital en juin dernierlors de notre dernier tour de table de 35M€, aux côtés de Bpifrance. Dreem était déjà une start-up assez mature avec déjà un premier produit commercialisé, mais restait néanmoins toujours très orientée très R & D. Les fondateurs, Hugo Mercier et Quentin Soulet de Brugières sont deux ingé- nieurs passionnés par les neurosciences. Les premiers contacts avec J & J datent d’unerencontre en marge du salon CES alors que nous étions encore sur la version beta du bandeau. La première version commerciale du bandeau Dreem a été lancée en juin 2017.Voir un géant de la sante s’intéresser à un notre projet était une vraie reconnaissance du sérieux du travail accompli. Outre l’aspect pécuniaire, J&J nous apporte un soutien régulier et une expertise qui peuvent aller d’aspects business jusqu’au sourcing de certains composants en Asie. »

 

BEIERSDORF
De futurs partenaires
Le groupe de cosmétique allemand a ouvert un incubateur à vocation internationale sous l’ombrelle de Nivea, Nivea accelereator… en Corée du Sud. Lancé en novembre 2018, il est situé à Séoul, dans le quartier étudiant et branché de l’ouest de la capitale coréenne, Hongdae. « Les autres entreprises fondent souvent des accélérateurs de start-up sur leur marché national. Nous pensons qu’il est plus intéressant d’être présent là où le futur du soin se joue, même si cela veut dire s’installer à l’autre bout du monde », explique Jacek Brozda, New Business Development Manager chez Beiersdorf Corée. Chacune signe un partenariat d’un an avec le groupe qui met à leur disposition un support logistique, R & D et marketing. « En créant notre propre accélérateur de start-up, nous agissons activement dans la construction de notre réseau de partenaires futurs. Bien sûr, après la fin du programme, il n’y a pas de limite dans le prolongement de notre collaboration », affirme Jacek Brozda.

 

Fiche pratique
Comment postuler : recrutement sur invitation uniquement. Beiersdorf analyse les différents profils et les convie lui-même à des entretiens.
Critères d’admission : analyse du projet et potentiel de collaboration futur.
Durée du programme : un an.
Nombre de start-up : moins de dix.
Programme : Pendant un an, Beiersdorf propose une aide logistique, en R&D et marketing. L’entreprise propose aussi l’accès aux locaux de WeWork à Séoul, suite à la signature d’un partenariat exclusif. 680 m2 sont réservés pour elles et les équipes de Beiersdorf.
Lieu d’incubation : Hongdae, Séoul (Corée du Sud).

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