Les enjeux du partenariat PAT-Clariant

PHOTO Alexandre MARCHI.

Alors que le salon In Cosmetics à Barcelone a été reporté du 30 juin au 2 juillet, deux fournisseurs Plant Advanced Techno- logies (PAT) et Clariant reviennent sur leur partenariat signé fin 2019. Pour en cerner mieux les enjeux, interview croisée de Jean-Paul Fèvre, président-directeur général de PAT, société de biotech- nologies spécialisée dans l’identification, et la production de biomolécules végétales rares et de Christian Vang, Global Head of Business Unit Industrial & Consumer Specialties de Clariant, fournisseur de produits chimiques de spécialité.

Depuis quand PAT était en contact avec Clariant ?

CHRISTIAN VANG : En tant qu’acteurs du secteur des soins, Clariant (chiffre d’affaires 2018 : 6,6 MdCHF) et PAT (chiffre d’affaires 2018 : 2,3 M€) sont depuis longtemps conscients de leurs engagements respectifs en matière de durabilité des produits ainsi que de leur expertise. Nous sommes donc très heureux de la création d’un partenariat stratégique qui concrétise la mise en commun d’atouts complémentaires. Il va nous permettre de proposer aux industriels du secteur, de nouveaux ingrédients actifs qui répondent aux demandes du marché en matière d’unicité, de performance, de traçabilité et d’une meilleure durabilité.

Quelles en sont les caractéristiques capitalistiques ?

JEAN-PAUL FÈVRE : J’ai démarré PAT en 2005 avec le soutien de deux chercheurs (ENSAIA Nancy – INRA) à l’origine de la technologie plantes à traire. En 2009, la société est entrée à l’Euronext Paris et a procédé depuis à plusieurs augmentations de capital, pour un montant total de plus de 14 M€. Nous avons approximativement 4 000 actionnaires particuliers qui nous ont rejoints lors des premières augmentations de capital. Toutefois, un peu moins de 20 % du capital sont détenus par des fonds d’investissement et des industriels, dont Clariant qui a récemment pris une participation de 10 %. Au-delà de cette participation, notre partenariat comprend des clauses de développement conjoint et de distribution exclusive.

Quels sont les enjeux précis de ce partenariat, dans quels domaines va-t-il s’exprimer ?

J.-P. F. : Il a pour objectif de proposer des actifs cosmétiques naturels à haute valeur ajoutée en s’appuyant sur la complémentarité de nos atouts respectifs. Grâce aux avantages de nos technologies et la forte implantation de Clariant, nous espérons pouvoir faire évoluer le marché vers des produits innovants plus respectueux de l’environnement.

C. V. : Pour assurer un avenir durable au secteur de la beauté, il est indispensable que les marques et les chimistes adoptent de nouveaux ingrédients, plus écocompatibles, issus de sources renouvelables et, dans l’idéal, capables de performances supérieures en utilisant moins de matières. Les ingrédients actifs que nous obtenons via la technologie plantes à traire présentent une efficacité accrue. Il s’agit de composés plus rares et plus concentrés que cette technologie nous permet d’exploiter tout en ayant comme principaux avantages l’écocompatibilité et la traçabilité. En outre, avec ce même procédé, nos clients peuvent être rassurés quant à la question de la conformité avec la réglementation, puisqu’il garantit la traçabilité à 100 %, de la graine à l’ingrédient actif.

Quels rapports et atouts espérez-vous tirer de ce partenariat ?

C. V. : L’expertise de Clariant est particulièrement complémentaire aux activités de recherche, d’innovation et de fabrication de PAT. Nous espérons ainsi dynamiser le développement de nos extraits végétaux grâce à notre expertise en matière de revendications étayées dans le domaine des cosmétiques et à notre grande connaissance du marché. Les produits issus du développement conjoint bénéficieront du réseau mondial de distribution de Clariant. Ce partenariat offre aux deux sociétés la possibilité de contribuer à la transformation du secteur des cosmétiques et de valoriser nos savoir-faire face aux enjeux environnementaux et sociétaux actuels.

J.-P. F. : Notre capacité à innover et nos technologies nous permettent de proposer à Clariant des actifs naturels jusqu’à présent « insourçables », à haute valeur ajoutée, développés de manière responsable. Notre approche en cosmétique s’aligne avec les besoins actuels et à venir du marché. Concrètement, nous proposons des solutions aux clients pour les aider à améliorer les procédés de fabrication grâce à nos pratiques et nos plateformes brevetées : biocontrôle dans les serres, recyclage de l’eau du système de nutrition, extraction sur plantes vivantes, non-destruction des végétaux, découverte et optimisation des plantes, traçabilité à 100 % sur un même site, respect du Protocole de Nagoya.

Quels sont les premiers projets communs aux deux sociétés ?

J.-P. F. : À l’occasion du salon Cosmetagora, Clariant a lancé Prenylium, le premier produit de sa gamme dédiée Premium Root Power à être issu de notre collaboration. L’ingrédient actif provient des racines du mûrier blanc, cultivé dans nos serres de production via la technologie plantes à traire, notre premier composé issu d’un arbre. Pour ce cas, le procédé nous permet d’accéder aux racines fines du mûrier blanc, ce qui serait impossible autrement et de produire l’actif à des teneurs en flavonoïdes prénylés 20 fois supérieures à celles trouvées dans la nature, tout en préservant les arbres en culture.

C. V. : Nous sommes ravis que Prenylium marque le coup d’envoi de notre partenariat avec PAT, car il s’agit d’un ingrédient actif capable de conserver des composants essentiels de la matrice extra-cellulaire de la peau et de la protéger contre les altérations qui s’observeraient normalement avec le temps et sous l’effet du rayonnement UV. Ces bénéfices en font un ingrédient actif particulièrement adapté à la demande du marché pour les chimistes désireux
de développer des solutions de soin de la peau efficaces pour la génération montante des adeptes du « bien vieillir ». Nous attendons avec impatience le salon In-Cosmetics Global de Barcelone pour présenter un autre produit très intéressant issu de cette technologie.

Propos recueillis par François Lecocq

Facebook
Twitter
LINKEDIN

Cher(e)s abonné(es),

Dans ce contexte de crise sanitaire, nous avons pris la décision de ne plus imprimer nos éditions jusqu’à la sortie de cette période difficile. Afin que nous puissions continuer à vous fournir votre magazine par email, merci de renseigner votre adresse email ci-dessous.