La beauté fleurit sur les Champs

Alors que les Galeries Lafayette ont inauguré en mars leur concept store, alors que Chanel et Lancôme s’apprêtent à ouvrir leur boutique, les Champs Élysées deviennent le nouveau spot beauté parisien.

Même si leur fondateur avait prévu d’y installer un grand magasin, avant que le krach financier d’octobre 1929 ne vienne contrarier son projet, les Galeries Lafayette n’ont pas ouvert sur les Champs-Élysées en mars dernier, uniquement en hommage au passé. La célèbre avenue « est une marque représentative de Paris et d’un art de vivre à la française, explique Xavier Baudouin, associé du cabinet de conseils Wawestone. Ce ne fut pas toujours le cas. Dans les années 1980-1990, la multiplication des enseignes de prêt-à-porter moyenne gamme, des showrooms de constructeurs automobiles français, de la restauration rapide ont galvaudé son image. » Puis de prestigieux noms : Louis Vuitton, Cartier, Chanel…, sont arrivés. L’avenue n’est pas pour autant en train de devenir l’antichambre de l’avenue Montaigne, voisine, où cohabitent les grands noms de la haute couture. Pour Alizée Blanchin, consultante retail, luxe et biens de consommation chez Wawestone, « Le renouveau des Champs-Élysées se traduit par l’arrivée d’enseignes innovantes comme Apple et lifestyle comme Les Galeries Lafayette, Nike, et comme le concept hybride de Pierre Hermé et L’Occitane », ou encore comme le Monoprix (groupe Casino) refait dans un esprit très mode, déco et beauté.

Clientèle touristique et parisienne.
Les Champs-Élysées montent en gamme, mais demeurent acces- sibles. De quoi seoir aux marques de parfumerie. Outre Guerlain (LVMH) dont la maison est en place au 68, Dior (LVMH) a ouvert une boutique en 2018. Il aura prochainement comme voisins Chanel et Lancôme (L’Oréal Luxe). Les trois leaders de la beauté qui sont pourtant distribués quelques centaines de mètres plus loin chez Sephora et Marionnaud, peuvent ainsi montrer l’ensemble de leur offre, leur univers de marque. « Les enseignes implantent sur les Champs des magasins laboratoires », comme l’a souligné Nicolas Houzé, DG des Galeries Lafayette lors de l’inauguration des 6500 m2.« Plus proches du concept store que du grand magasin », indique Xavier Baudouin. Les Galeries Lafayette proposent ainsi des marques pointues dans la mode, mais aussi dans la beauté avec un parti pris sur des soins healthy et clean. Pleinement dans la tendance cosmétique du moment incarnée par la française Mathilde Lacombe et sa marque de compléments alimentaires Aime « qui fonctionne très bien », selon les Galeries , ou par l’actrice américaine Gwyneth Paltrow et sa gamme Goop. « Les retailers, les marques cherchent à capter une clientèle touristique, mais également parisienne en proposant des lieux de destinations avec une offre qu’elle ne peut pas trouver ailleurs. » Car si l’avenue des Champs-Élysées est fréquentée par 200 000 à 300 000 personnes par jour, 60% sont des Franciliens. Un vivier que ne peut ignorer les commerçants. « Les loyers sont tellement élevés, il s’agit de la cinquième adresse la plus chère au monde, que même les marques, les enseignes avec une forte puissance financière, ne s’y implantent plus uniquement pour avoir une visibilité auprès des touristes, constate Xavier Baudouin, Par ailleurs avec les attentats et la baisse de la fréquentation touristique, nombre de retailers se sont rendu compte qu’il était fragile de fonder une grande partie de leur business sur la clientèle étrangère. » La rentabilité passe aussi par un retour des Parisiens grâce à des magasins lieux de vie, innovants, hybrides-beauté, mode et gastronomie, par exemple. « Aujourd’hui, les enseignes des Champs-Élysées réussissent à dégager des chiffres d’affaires au m2 deux à trois fois supérieurs et à multiplier leur rentabilité par deux par rapport à des commerces situés dans d’autres lieux, même touristiques », explique Xavier Baudouin. Les Champs ne sont plus syno- nymes de vitrines pour touristes.

Maryline Le Theuf

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