Harrods crée sa chaîne beauté

Le grand magasin londonien symbole du luxe se lance dans le retail beauté avec sa nouvelle enseigne H Beauty, alors que ses concurrents potentiels comme Boots sont en difficulté.

À partir d’avril 2020

Harrods ouvrira deux magasins pilotes H Beauty, dans le centre commercial de Lakeside à Grays et dans la ville nouvelle, Milton Keynes situées à 80 km de la capitale britannique. Cette décision de sortir du douillet cocon londonien, où le department store prospère depuis 170 ans, n’est pas anodine. Avec son projet de chaîne beauté, il s’aventure sur le terrain de Debenhams, voire de Boots (Walgreens Boots Alliance). Même si H Beauty ne garde que le H de Harrods, le but est bien de signifier aux consommateurs anglais qui ne vivent pas à Londres qu’ils ont, eux aussi, droit à cette part de rêve de la célèbre enseigne. Depuis des décennies, et plus particulièrement depuis l’acquisition de l’enseigne par le Qatar, Harrods s’est un peu plus centré sur les habitants des quartiers huppés de l’ouest de Londres et les touristes à fort pouvoir d’achat.

Un secteur qui résiste

Avoir choisi la beauté pour étendre sa présence sur le territoire anglais n’est pas un hasard. Au Royaume-Uni, cette catégorie est la seule à résister relativement bien à la crise que connaît les high streets (rues commerçantes), que ce soit au niveau des services, avec des salons de beauté qui ont fleuri partout, que dans les produits. Selon NPD, 80 % des ventes de produits de beauté sélectifs ont été réalisées par les enseignes des high streets. « Ce n’est un secret pour personne que les department stores britanniques sont en difficulté, estime Annalise Fard, directrice de la beauté chez Harrods. Ils sont concurrencés par l’e-commerce, mais surtout ils n’ont pas réussi à séduire les beautystas. Il est donc temps de lancer H Beauty. » Ce concept aura peu de choses en commun avec le Beauty Hall du magasin phare d’Harrods agrandi et rénové pour franchir un palier supplémentaire vers le luxe, avec notamment une conciergerie. H Beauty sera épuré (voir photo). Des services comme de la coiffure et des soins du visage seront proposés en plus des cosmétiques. Un espace de restauration permettra de retenir la clientèle et faire en sorte qu’elle se sente chez elle. Le réel potentiel de H Beauty est difficile à chiffrer, comme peuvent être les capacités d’investissements quasiment illimitées de l’actionnaire principal, Qatar Investment Authority, qui avait sorti 1,5¥Md£ pour le seul magasin de Knighsbridge. Celui-ci et quelques activités annexes, Harrods génère 2¥Md£ de chiffres d’affaires annuels, aujourd’hui.

Boots, un concurrent affaibli

La chaîne qui teste un concept beauté près de Covent Garden à Londres pourrait bien changer de mains. Six ans après la fusion avec l’américain Walgreens, qui a conduit à une introduction en Bourse, elle pourrait redevenir la propriété de Stefano Pessina, le milliardaire italien actuellement CEO. Cette opération en cours pourrait inclure le fonds KKR. Stefano Pessina ne dispose en effet que de 16 % du capital, valorisé à 52 Md$. L’Italien avait déjà fait appel au fonds en 2007 pour 22¥Md$. Il avait accepté la fusion avec le géant de la distribution alimentaire Walgreens sept ans plus tard.Depuis, Boots, qui opère au Royaume-Uni, est devenu le maillon faible du groupe, avec notamment un recul de 3,1 % de ses ventes au troisième trimestre et l’annonce de la fermeture de 182 magasins d’ici à septembre 2020, soit 8% de son parc.

Johann Harscoët, à Londres

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