LE PARACHÈVEMENT SE MET À L’ÉCOCONCEPTION

L’écoconception a mis du temps à s’emparer du packaging des produits de luxe. Après un réel focus sur le contenant, les professionnels du parachèvement passent aussi au vert. Qui peut le plus, peut aussi le moins.

Depuis les premiers essais green des fournisseurs, il aura fallu attendre dix ans pour que la parfumerie-cosmétique intègre l’écoconception dans son mix-marketing. Il y a clairement un focus qui est fait sur le contenant, « son poids et son matériau sont optimisés», souligne Astrid Dulau-Vuillet, Global Marketing & Communication Director Verescence. Et Étienne Gruyez, PDG Head of Perfumery & Business Unit de Stoelzle Masnières Parfumerie d’ajouter, «c’est clairement la matière le driver de l’engagement des marques mais nalement si le contenant est vertueux mais que le parachèvement ne l’est pas, une partie du travail est anéantie ». Ainsi, les projets sont désormais conçus de façon globale dans lesquels chaque partie a son importance même relative. En e‘et, les fournisseurs ont tous intégré des outils d’analyse de cycle de vie (ACV) des packagings. Ils prennent en considération aussi bien l’impact du contenant que de son étui et même le parachèvement. Ce dernier, après des années dans l’ombre du contenant (flacon, pot…), revient au centre du développement durable, notamment chez les verriers. Étienne Gruyez précise aussi que « l’impact environnemental, c’est 30 % de matière et 70% de process ». Au niveau des décors, la démarche d’écoconception passe donc par la réduction des polluants, mais aussi des process trop gourmands en émissions. Trois piliers soutiennent la démarche des fournisseurs : le recyclage, la réduction et la réutilisation. « Nous sommes force de proposition car il y a encore trop peu de demandes de nos clients en ce sens, souligne Étienne Gruyez, nos efforts de R&D niront par les convaincre ».

Le laquage plus vert(ueux)

L’analyse de cycle de vie poussée permet dans un premier temps de comparer les décors et leurs conséquences sur l’environnement entre eux. « Les résultats sont mesurés, il n’y a pas de progrès sans mesure », souligne Astrid Dulau-Vuillet. Tous les procédés sont évalués en termes notamment d’empreinte carbone.» Ainsi, certains fournisseurs ont littéralement décidé de bannir des process de leur portefeuille. « Chez Verescence, nous avons arrêté les laques avec solvants au prot de laques à base d’eau sans composé organique volatile (COV) », se félicite Astrid Dulau-Vuillet pour qui ce procédé offre les mêmes qualités techniques. Le laquage est l’un des parachèvements les plus répandus en parfumerie-cosmétique. Il apparaît comme le processus sur lequel les efforts des fournisseurs portent clairement déjà leurs fruits. Pochet a développé un nouveau procédé de laquage avec des vernis à haut extrait sec qui contiennent six fois moins de solvant. Pierre Dehe, directeur RSE Groupe Pochet, relève par exemple « qu’en une semaine, dans l’usine Qualipac d’Aurillac, 80 % des pièces plastiques ont été laquées avec ce procédé ». Stoelzle a, pour sa part, remis au goût du jour une méthode un peu oubliée, le poudrage. Renommée Quali Glass Coat 2.0, dans ce process, l’utilisation de la peinture en poudre permet d’offrir une palette de nouveaux effets de décors à très faible impact sur l’environnement tout en garantissant une grande résistance mécanique. Ses avantages écologiques sont importants grâce à l’absence de solvants et à la faible quantité de composés organiques volatils (COV) dans l’ensemble du processus de décoration. La récupération et la réintégration dans la production des matières produites par l’over spray permet de résoudre à la fois le problème des émissions et celui des déchets. Étienne Gruyez annonce seulement 3 % de perte et +77 % de gain en émission de CO2. Évidemment pour briller et se démarquer sur les linéaires des parfumeries, les décors les plus sophistiqués sont plébiscités par les marques. « Nous poussons nos clients à adopter des décors plus vertueux », explique Astrid Dulau-Vuillet chez Verescence qui propose par exemple la sérigraphie avec des encres organiques ou écoconçues permettant des économies d’énergie et d’émission grâce à une cuisson basse température, entre 80 et 200° versus 600° pour les émaux. Qualipac (groupe Pochet) améliore également l’image de la galvanisation. Ce traitement de métallisation de pièces plastiques est désormais réalisé sans chrome-6 et sans attaque chimique au nickel. « Cela apporte une forte amélioration de l’impact environnemental lors de la fabrication des pièces », se félicite Pierre Dehe. Quant au dépolissage réalisé dans un bain d’acide ensuite rejeté, Verescence a intégré un atelier en circuit fermé qui recycle l’acide pour le réutiliser à l’infini.

Les points noirs

Dans la famille des décors clinquants, mais polluants, je demande… la métallisation. Quand certains comme Versescence l’ont littéralement proscrit ou font uniquement appel à des sous-traitants. La société Solev, le pôle spécialiste du décor et de la métallisation sous vide du groupe Pochet, a investi plusieurs millions d’euros dans un outil de traitement des fameux composés organiques volatils contenus dans les émissions provenant des cabines de peinture. Celles-ci sont désormais ¤ ltrées, puis subissent une concentration des COV afin de les détruire via un procédé où l’énergie produite est récupérée. Étienne Gruyez de Stoelzle Masnières Parfumerie, propose de promouvoir le traitement à chaud pour remplacer l’irisation « qui nécessite juste que le client établisse très en amont son décor et que celui-ci soit réalisé au moment même de la production du flacon en verre ». Si beaucoup d’efforts ont été faits sur les procédés de parachèvements du verre a¤ n de ne pas en empêcher son recyclage et ainsi conduire à la refabrication de nouveaux articles en verre, un travail très important sur le recyclage chimique est en cours pour les packagings en plastique. En e‘ et « le recyclage mécanique des pièces plastiques décorées ne permet actuellement que de refabriquer des pièces plastiques de moindre qualité, explique Pierre Dehe du Groupe Pochet. Si théoriquement c’est possible de séparer le plastique de ses décors, ce n’est pas économiquement rentable. » Selon lui, tous les grands producteurs de matières plastiques investissent dans des process très innovants de recyclage de plastiques post consumer quel que soit le décor. Pour Pierre Dehe, « d’ici à troisans, nous aurons accès à une grande disponibilité de process et de matières premières».

A RETENIR

Passer au décor green avec : + Le laquage sans solvant. + La métallisation compensée. + La sérigraphie aux encres organiques + Le dépolissage en circuit fermé

Charlotte Nattier

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