Des solutions au plastique

Désigné persona non grata par les consommateurs, le plastique pétrosourcé se voit remplacer par des alternatives jugées plus éco-responsables. A minima, il est travaillé différemment pour optimiser sa recyclabilité. Une tendance notamment observée dans les initiatives mises en avant par les fournisseurs de pack lors du salon PCD qui s’est tenu les 29-30 janvier à Paris.

Le compte à rebours a commencé. La loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire adoptée fin janvier 2020, va obliger les industriels à se soumettre à un certain nombre d’obligations notamment en matière d’emballages. Ainsi dès 2025, les plastiques pour lesquels aucune alter- native n’est disponible devront être réduits d’au moins 25 %. Et en 2040, tous les plastiques à usage unique seront interdits. Même si les groupes notamment dans la beauté se fixent des objectifs de réduction des plastiques depuis quelques années, dans la pratique, l’exercice est loin d’être aisé. Les alternatives dites eco-friendly ne sont pas si nombreuses. Parmi les pistes : le verre bien sûr, les plastiques recyclés et recyclables, mais aussi le carton.

UN TUBE EN PAPIER

Ce tube en papier imaginé par Albéa pour un nouveau lait solaire corporel Anthelios La Roche Posay (L’Oréal Cosmétique Active, C.A. 2019 : 2,6 Md€) sera dans les rayons des pharmacies et des parapharmacies en mai. Que l’on ne s’y trompe pas, il n’est pas entièrement fait de papier certifié FSC. « Le papier est emprisonné entre des couches de polyéthylène qui assurent l’effet barrière. Il n‘y a donc pas d’aluminium qui associé à du papier sont impossibles à recycler ensemble, indique-t-on chez Albéa. Il est aussi résistant à l’eau et il protège autant la formule qu’un tube classique. En termes industriels, ce tube papier qui contient 45 % de plastique en moins est rempli et soudé comme un tube laminé plastique. Il ne nécessite que des adaptations mineures des lignes de fabrication et conditionnement. » Albéa travaille sur des projets de tubes avec plus de 50 % de papier.

DU PLASTIQUE ? OUI, MAIS RECYCLÉ

En collaboration avec Sabic, le fournisseur de systèmes de distribution Aptar a mis au point un flacon airless réalisé à base de plastique dit régénéré choisi par REN Clean Skincare pour reconditionner son soin best-seller Evercalm. Ce qui per- met à la marque premium du groupe Unilever de franchir une étape de plus dans son ambition zéro déchet à horizon 2021. La technologie approuvée par l’ISCC (International sustainability & carbon certification) recycle des déchets plastiques mélangés destinés à l’incinération ou à la mise en décharge. Chaleur et pression sont utilisées pour décomposer la matière et séparer les différents éléments de construction moléculaire en éliminant au passage colorants et impuretés. Le résultat : un plastique transparent et identique au plastique vierge, tant au niveau de ses propriétés mécaniques qu’esthétiques. La technologie est par ailleurs compatible avec des produits alimentaires.

LE VERRE ENTRE DANS LA SALLE DE BAINS

Verescence a fourni à la start-up What Matters des flacons dits en verre sécurisé. Il s’agit de la première application de la technologie brevetée L’Incassable du verrier. La marque qui ambitionne de faire entrer le verre dans la salle de bains et la cuisine se lance en avril avec près
de quarante références soin, hygiène et entretien (liquide vaisselle, gel douche…). « La résistance du matériau est renforcée grâce à l’application d’une couche de polymère qui permet d’amortir les chocs et qui est compa- tible avec le recyclage », précise Céline Le Marre, en charge du marketing et de la communication de Verescence. « Nos flacons en verre sont habillés d’une seconde peau au toucher doux qui rend le verre antidérapant », complète Charlotte Catton, cofondatrice de What Matters. Plus résistant, le verre limite aussi les risques de blessure en cas de casse puisque les morceaux sont retenus à l’intérieur de cette seconde peau.

LE PEHD POUR REMPLACER LE MULTIMATÉRIAU

Traditionnellement composé de plusieurs couches d’aluminium et de plastique, le tube de dentifrice est par conséquent non recyclable. Dans un pack laminé, l’aluminium offre notamment une barrière unique à l’oxygène et permet une malléabilité appréciée des consommateurs, le tout à un prix relativement bas. Après dix ans de développement, Albéa a mis au point une solution de remplacement monomatériau. Baptisée Greenleaf, la solution qui a été adoptée par Colgate pour son nouveau dentifrice Smile for good utilise principalement du PEHD (polyéthylène haute densité), un plastique déjà largement utilisé (et recyclé) dans l’industrie alimen- taire tandis que l’aluminium est, lui, remplacé par de l’EVOH (éthylène et alcool vinylique), ce qui rend le pack techniquement recyclable dans la filière des bouteilles en PEHD.

L’ALIMENTAIRE PASSE AU CARTON

Des spécialistes du pack carton à l’image de Smurfit Kappa planchent sur des alternatives au plastique. « Nous avons un programme de développement sur de nouveaux matériaux et solutions barrières à certaines matières que sont les graisses, l’eau », indique Gérard Matthieu, directeur marketing et innovation Smurfit Kappa France. Le spécialiste de l’emballage en carton ondulé organise d’ailleurs des challenges innovation auprès de ses 4 500 collaborateurs, dans le cadre de son programme, Better Planet Packaging. Parmi ses dernières nouveautés : le Nor-Grip, un système en carton pour remplacer le film plastique des packs d’eau.

DES FRANÇAIS PRÊTS À PAYER PLUS

22 centimes : c’est ce que les Français se disent prêts à dépenser en plus par produit ayant un pack respectueux de l’environnement. Cette somme monte à 48 centimes chez les 18/24 ans.
84 % des Français considèrent les emballages plastiques pas nécessaires pour les produits non alimentaires.
80% sont sensibles aux efforts environnementaux que font les marques sur leurs packs et le traduisent dans leurs achats.
Source : étude réalisée par Smurfit Kappa avec Yougov auprès de 1 004 personnes, en janvier 2020.

Jessica Huynh et Maryline Le Theuf

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