Les défis techniques d’Albéa

Tout en maintenant les critères de protection que doit réunir un emballage cosmétique, le fournisseur de packaging se doit d’aller plus loin, notamment en matière de développement durable. Le point avec Gilles Swyngedauw, directeur RSE, Innovation et Marketing d’Albéa.

DÉMULTIPLIER LES POSSIBILITÉS AVEC L’IMPRESSION 3D

Albéa travaille avec plusieurs sociétés d’impression 3D, dont Erpro Group, prestataire à l’origine du mascara Le Volume Révolution de Chanel. Spécialisé dans l’impression 3D pour l’aéronautique et l’automobile, la société française a réalisé avec la technologie Selective Laser quinze millions de brosses pour la marque au double C. Le partenariat permet à Albéa de travailler sur deux axes, « la personnalisation à grande échelle et la fabrication de produits qu’il est impossible de réaliser aujourd’hui avec des technologies classiques de plasturgie telles que l’injection », explique Gilles Swyngedauw, avant de préciser, « en particulier, cela permet de créer de nouvelles formes d’applicateurs sans les contraintes du moulage et surtout du démoulage. » L’impression 3D permet aussi d’imaginer des pièces telles que des capots de parfum, « avec la 3D, on peut fabriquer à partir d’une unité comme produire des pièces uniques à chaque fois, sans l’investissement initial du moule qui ne s’amortit qu’après plusieurs dizaines de milliers de pièces ».

DES ROUGES À LÈVRES ÉPURÉS

« L’un des axes les plus importants, et transformants, de l’économie circulaire, c’est la réutilisation. Dans le maquillage notamment, il y a des pistes à explorer », estime Gilles Swyngedauw. Illustration avec le mécanisme de rouge à lèvres Endless Kiss : le standard, initialement développé pour la marque premium La Bouche Rouge, est une recharge à cliper dans la base du rouge à lèvres, aimantée ou non. Il a été en outre produit sans POM (polyoxyméthylène) ni ABS (acrylonitrile butadiène styrène), « deux matériaux controversés dans certains pays ». L’idée est de les substituer par des matériaux recyclables et, dans le futur, par du PCR (plastique post-consommation).

UN TUBE EN PAPIER AVEC L’ORÉAL

Partenaire de longue date, L’Oréal a participé avec Albéa à la conception du premier tube cosmétique à base de carton. Les deux acteurs avaient déjà travaillé ensemble pour le tube de coloration O2 Wall, récompensé d’un Oscar Cosmétiquemag en 2017. Cette fois-ci, il s’agit d’une solution pour conditionner des soins pour la peau, où l’on remplace une partie du plastique par du papier. « Le projet de tube papier a été initié autour d’un objectif de réduction de notre consommation de plastique. Aujourd’hui, on vise aussi un tube qui sera recyclable dans les circuits classiques, au même titre que les briques de lait », explique Gilles Swyngedauw, avant de préciser, « nous avons choisi une barrière plastique plutôt qu’aluminium, car quand l’aluminium est associé à du papier, il est aujourd’hui impossible de recycler les deux : soit on recycle l’aluminium et on perd le papier, soit l’inverse ». Les premiers tubes en papier devraient arriver sur le marché au deuxième semestre 2020.

DE L’EVOH PLUTÔT QUE DE L’ALUMINIUM

Outre le papier comme alternative à l’aluminium, Albéa travaille aussi à incorporer de l’EVOH (éthylène alcool vinylique) dans les tubes, d’une part dans l’hygiène dentaire, et d’autre part, dans le soin et dans l’hygiène-beauté plus largement. L’EVOH est connu depuis de nombreuses années pour être une bonne barrière aux arômes et à l’oxygène. Le matériau, avec lequel on peut faire de la stérilisation, est présent dans de nombreux emballages destinés aux boissons et à l’alimentaire, et notamment les bouteilles de jus d’orange. « Nous avons lancé la deuxième génération de notre tube laminé Greenleaf à Luxe Pack Monaco début octobre. Nous y avons remplacé l’aluminium par de l’EVOH », annonce Gilles Swyngedauw. « Le tube Greenleaf est ainsi recyclable techniquement dans la filière des bouteilles en PEhd (polyéthylène haute densité) », se félicite-t-on chez Albéa. Pour cette innovation, le défi a été d’obtenir la barrière la plus performante possible tout en conservant un pourcentage d’EVOH inférieur à 3 %, « seuil au-delà duquel le recyclage peut être délicat ».

POUSSER LE POURCENTAGE DE PCR

« Dans une logique d’économie circulaire, le principe de base est de faire du réutilisable, mais ce n’est pas adapté aux produits en tube compte tenu du mode de remplissage », explique Gilles Swyngedauw. Alors, à l’image des deux innovations ci-dessus (tube en papier et EVOH), Albéa travaille le tube pour le rendre parfaitement recyclable. « Une autre piste pour assurer la recyclabilité des tubes est bien sûr le tube mono-matériau, que nous venons également de lancer en polyéthylène (PE). De façon générale, le tube est un packaging universel et très utilisé, c’est l’une des raisons pour laquelle nous avons particulièrement investi en innovation ». L’une des pistes : le rendre monomatériau, avec le développement il y a un an de la Slimcap, une capsule éco-conçue car plus basse et plus légère, dans une version PEhd. « Un tube mono-matériau est compliqué à produire surtout pour la charnière, mais il permet de réduire le downcycling. » Enfin, l’autre axe responsable est représenté par le plastique recyclé PCR (post-consumer recycled), qu’Albéa incorpore dans trois nouvelles références de tubes extrudés : Max, Beautiful et Ultimate. «ˆOn réussit à atteindre 70 % de PCR dans Max. On est à 50 % dans Beautiful, mais le tube conserve le même aspect esthétique qu’un tube classique. Enfin, Ultimate combine 50 % de PCR et 50 % de résine biosourcée. »

Jessica Huynh

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