L’appli fait trembler les marques de la beauté après celles de l’agroalimentaire. Le décryptage des formules cosmétiques par Yuka, destinée à guider le consommateur dans ses choix, fait débat. Quelle est la lecture beauté de cette appli ? Comment les industriels appréhendent-ils ce nouvel influenceur ?

Ces derniers mois, nul n’aura échappé à la vague Yuka. Dans les rayons des grandes surfaces, devant son frigo ou face à son lavabo, nombreux sont ceux qui ont dégainé au moins une fois leur smartphone pour scanner le produit alimentaire ou cosmétique qu’ils ont dans les mains. À peine quelques secondes plus tard, un bip se fait entendre et la sentence tombe. Le consomma- teur découvre sur l’écran la note attribuée ée par Yuka selon plusieurs critères relatifs à la santé. Pour la nourriture, l’appli se base sur une méthode de nota­tion maison. La qualité nutritionnelle, qui s’appuie sur le Nutri-Score (p.14), compte pour 60% de la note, la présence d’additifs, pour 30% et la dimen­sion biologique, pour 10%. « Nous avons travaillé sur un algorithme que l’on a soumis à des nutri- tionnistes, et c’est cette méthode qui semble la plus pertinente », précise Ophélia Bierschwale, en charge des relations presse et marques de Yuka. « Nous avons pris le parti de prendre en compte l’ensemble des études existantes et d’attribuer un niveau de risque à toutes les substances controverséeées sans attendre leur interdiction »», poursuit-elle. En réalité, l’appli n’a rien inventé : bien avant l’outil à la petite carotte, les tests et bancs d’essai thématiques réalisés par 60 Millions de Consommateurs faisaient figure de prescripteurs. Aujourd’hui, la digitalisation des services facilite l’accès à l’information et accélère le chamboulement des modes de consommation. Pour le meilleur et pour le pire ?

Qui est Yuka ?
L’appli qui dechiffre I’indéchiffrable » : ce sont en ces termes ambitieux que se prés- sente Yuka. Créée éée en 2017, elle a été cofondéeée par Julie Chapon, ex-consultante en manage­ment, par Benoît Martin et son frère François qui s’occupent du développement. Yuka est née ée d’un besoin consommateur lorsque Benoît a commencé à s’intéresser à la composition des produits qu’il donnait à ses enfants. Son objectif : rendre la liste des ingrédients compréhensible pour permettre à tous de faire des choix plus éclairés.

Comment ça marche ?
A l’aide de l’appareil photo du smart- phone, on scanne les produits via son code-barres. La base de données fonc- tionne depuis le lancement de l’appli sur un model collaboratif. Lorsqu’un produit n’est pas référencé, le consommateur est invité à le prendre en photo. La composi­tion est ensuite retranscrite par un service externe. Yuka évalue les produits en leur donnant une note sur 100, accompagnée ée d’une mention : mauvais, médiocre, bon et excellent, et d’un code couleur allant du rouge au vert. Une fiche détaillée ée classe les ingrédients et met en lumière l’apport calorique, la teneur en sucre, en sel…

Sur quels critères ?
Pour la beauté, en plus de la note et du code cou­leur, Yuka liste les ingrédients en les classant : sans risque, risque faible, modéré ou élevé. Le niveau de risque, lui, est évalué eé en fonction des différents effets que l’ingrédient peut avoir sur la santé : perturbateur endocrinien, cancérigène, allergène, irritant. « Nous nous basons sur les etudes scientifiques d’instances comme I’ANSES et travaillons avec un Chercheur du CNRS. Avant tout, nous appliquons le principe de précaution », indique Ophélia Bierschwale (Yuka). L’appli prévoit prochainement de préciser le nom des études sur lesquelles elle s’appuie. Pour la partie alimentaire, si l’impact d’un produit est jugé négatif, sa fiche est accompagnée ée de propositions pour des alternatives jugeées plus saines. Yuka pense à aà adapter ce service pour les cosmétiques.

Quel modèle économique ?
Aujourd’hui gratuite, Yuka va développer une version premium, payante : « Tout ce qui est gratuit aujourd’hui le restera, mais nous allons pro­poser un pack qui inclura une barre de recherche, un mode hors connexion puis dans un deuxième temps, des alertes personnalisées sur la presence de cer­tains composants », conclut Ophélia Bierschwale (Yuka). Sans pub, l’appli dispose de deux sources de revenu : des contributions d’utilisateurs et un programme nutrition vendu sur le site Internet. Courant 2019, Yuka sera déployé à l’international.

JANVIER 2017, date de lancement de l’appli
6 MILLIONS, nombre d’utilisateurs
2 MILLIONS, nombre de scans par jour
JUILLET 2018, lancement de la partie beauté

JESSICA HUYNH

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