Quand le groupe d’individus devient une équipe

La cohésion dans une société repose avant tout sur une vision commune et des valeurs que les collaborateurs partagent avec leur direction. Renforcer le sentiment d’appartenance permet aux organisations d’instaurer les conditions d’une performance durable.

Jeudi 11 octobre. Au siège monde de Coty Luxury, à Paris, c’est l’effervescence. La campagne pour le nouveau parfum féminin de Burberry Her, mettant en scène l’actrice et modèle Cara Delevingne (incarnant notamment Laureline dans Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson) est lancée. Dans des espaces feutrés, tout a été pensé pour reconstituer l’ambiance envoûtante : lumières rose tamisées, arrêt de bus londonien (1), écran géant avec réalité augmentée pour jouer avec les rubans Burberry, Tea time typiquement britannique avec thé glacé et scones à volonté. Tout est fin prêt pour accueillir les salariés du groupe (2) (3). « À chaque lancement majeur, nous organisons un événement interne à destination de nos collaborateurs. Pour qu’ils soient au fait et fiers de nos actualités : ce sont, avant tout, eux les premiers ambassadeurs de nos marques. La communication interne est aussi externe aujourd’hui », explique Arnaud Leblin, vice-président Affaires Publiques – Coty Luxury. Et d’ajouter : « Ces événements, pensés comme des expériences des produits lancés facilitent la cohésion. » Cohésion, le mot est lâché. Renforcer les liens et donner aux salariés l’occasion de partager autre chose que le travail, est également une priorité de Guerlain (LVMH). « La cohésion est un atout capital pour la maison et devient particulièrement visible lors de nos événements RSE. Dans notre stratégie sociétale, l’estime de soi et la solidarité sont deux de nos axes majeurs et sont créateurs de liens et d’engagement des salariés », explique Sandrine Sommer, directrice du développement durable et membre du C3D (Collège des directeurs du développement durable). Et de poursuivre, « des partenariats avec Belle & Bien, qui offrent des pauses de soin et maquillage à des femmes en traitement contre le cancer et l’association de Laurette Fugain pour qui, les salariés proposent des ateliers maquillage et massage aux mamans des enfants hospitalisés et aux soignantes des services d’hématologie-oncologie de l’hôpital Trousseau, en passant par Les Restos du coeur pour qui, 150 collaborateurs sillonnent les centres pour offrir, à l’occasion de la fête des mères, une heure de beauté aux femmes… toutes ces actions ont un point commun : l’esprit d’équipes et l’engagement. Chacun écrit et déploie un plan d’action engagé qui donne encore plus de sens à son métier ». Chez Clarins aussi, « la cohésion se construit au quotidien » Guillaume Lascourrèges, responsable du département développement responsable et membre du C3D. Des journées autour du handicap, à la course « Foulée des établissements Clarins » pour la Fondation Arthritis contre les maladies rhumatismales, en passant par les happy hours… sont autant d’occasions pour les salariés de se dépasser ensemble.

Redonner du coeur à l’ouvrage.
« Passer du temps ensemble est une condition nécessaire, reconnaît le docteur Philippe Rodet, spécialiste du stress en entreprise et fondateur du cabinet Bien-être et Entreprise, mais pas suffisante au développement de la cohésion au sein d’une équipe ou d’une entreprise. » Si chez Bouygues, le Team Building est également un enjeu de performance, Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable & QSE et président du C3D, reconnaît qu’il est comme une recette de cuisine.

« La cohésion dépend de la capacité à concilier des antagonismes et pour cela il convient de faire preuve d’une bonne dose d’écoute associée au courage de décider. » En d’autres termes, il n’y a pas d’outils magiques. Et d’ajouter : « L’esprit d’équipe repose avant tout sur une vision partagée qui doit donner du sens et qui dicte comment l’entreprise doit se réinventer pour prendre effectivement en compte les colossaux enjeux de RSE qui nous font face. » De plus en plus engagées, les organisations vont désormais au-delà de leur mission première qui consiste à satisfaire les clients et les actionnaires. « Car si elles veulent attirer et garder les générations Y et Z et ne pas continuer de désabuser les générations X, elles doivent obligatoirement agir pour le bien commun », avertit Fabrice Bonnifet. Pascal Vancutsem, coach pour dirigeant et fondateur de Coaching & Performance, enfonce le clou : « Le capital humain d’une entreprise, ce sont ses collaborateurs. Dans des contextes économiques bien souvent difficiles, les managers se doivent de redonner le coeur à l’ouvrage, condition indispensable d’une performance durable. Or, ce n’est pas l’action qui motive, mais bien le sens, et dans cette quête de sens, il faut que chacun puisse prendre sa part pour s’épanouir. » La cohésion serait donc une affaire de construction plus que de bon vouloir ? Pour Xavier Alas Luquetas, fondateur associé d’Eléas, un cabinet conseil, spécialiste du management de la qualité de vie au travail et de la prévention des risques psychosociaux, la réponse est oui. « Car la cohésion durable repose sur le travail et non pas sur la relation. Et de conclure : D’où la nécessité pour une entreprise de définir une vision claire et partagée, mais également le sens de son action. »

Trois questions à Philippe Rodet
Comment faire durer l’esprit de cohésion ?
Lorsqu’il y a une crise de quelque nature que ce soit, l’entraide est réelle, la solidarité s’exprime, la cohésion est bien là. L’être humain s’unit face au danger. Si ces comportements sont ancrés chez la plupart d’entre nous, ils semblent cependant ne pas durer dans le temps… Les personnes s’entraident pendant quelques jours après l’événement puis retrouvent un positionnement moins bienveillant. Un séminaire de cohésion peut voir ses effets annihilés par des tensions survenant au sein de la même équipe dans les jours suivants.

Comment l’expliquez-vous ?
L’ocytocine est l’hormone de la cohésion des équipes, elle favorise la générosité, l’empathie. Or, le stress affecte l’ocytocine.
S’il y a des tensions entre des personnes, le stress augmente et la cohésion s’altère rapidement.

Quels sont vos conseils ?
Il est indispensable de partager une réussite commune, compétence du leader et de tout faire pour diminuer le niveau de stress. À titre d’exemple, l’amélioration du sentiment é par les retours positifs (gratitude, encouragements…), rend le récepteur à ocytocine plus actif.

DANIELE LICATA

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