Maquillage, le défaut plutôt que la carnation

Les marques ont embrassé la tendance de l’inclusivité en multipliant les références couleurs. Mais dans des linéaires qui tendent à se réduire, d’autres solutions pour des produits

Cela a été la première revendication de Fenty Beauty (Kendo-LVMH) lorsqu’elle s’est lancée en septembre 2017 : une offre forte de 40 couleurs de fond de teint. Si les marques nationales avaient déjà commencé à multiplier leurs références, elles sont de plus en plus nombreuses à revendiquer désormais leur large palette colorielle : Teint Idôle chez Lancôme (L’Oréal), rénovée début 2017, Dior Backstage (LVMH) lancée au printemps. Mais formuler un maquillage inclusif n’est pas chose aisée. « La complexité d’une formule réside dans la capacité à rassembler des ingrédients de manière stable, présentant une texture attrayante avec une promesse d’efficacité », détaille Stéphanie Reymond, chef de produit chez le formulateur Strand Cosmetics Europe. Le taux de pigments va définir l’intensité de la couleur, un paramètre variable au sein d’une collection de 50 nuances dont les formules doivent être identiques. Proposer une haute concentration en pigments modifie leur stabilité avec de sérieux risques d’oxydation. « Les formules s’améliorent, mais on cherche encore l’eldorado », affirme Aïmara Coupet, consultante en maquillage qui vient de lancer sa marque, Belle Radiance. Et cette exigence arrive à « un moment où le marché du make-up est challengé et demandeur », complète l’experte.

Formuler pour tous exige aussi un choix de matières premières rigoureux. Alors que les poudres de teint compactes sont essentiellement composées de talc, une base blanche qui grise les peaux foncées, « nous avions deux options, témoigne Ludovic Lasson, directeur création artistique et développement de Make Up For Ever (LVMH), augmenter les charges pigmentaires ou utiliser des poudres plus transparentes ». Ainsi, avec Matte Velvet Skin Fluide et Matte Velvet Skin Compact, des fonds de teint disponibles en 40 et 30 teintes, « nous avons choisi l’effet bluring qui permet de limiter le taux de talc et évite les teints gris car la poudre est plus transparente », ajoute-t-il.

Travailler d’autres résultats.
En effet, d’autres type de formules peuvent corriger optiquement le visage et lui rendre une apparence impeccable sans avoir à prendre en compte la couleur de peau. « Il n’est pas nécessaire de penser que le maquillage du teint doit coller à l’ADN du consommateur », souligne Aïmara Coupet, dont la marque Belle Radiance a lancé un fond de teint Aquamat en 15 nuances, mais revendique de répondre à tous les tons de peaux.

Très en vogue pour leur correction en transparence, les blurs lissent aussi la peau, les enlumineurs apportent de l’éclat et les correcteurs homogénéisent par colorimétrie, c’est-à-dire en superposant deux couleurs pour qu’elles s’annulent. « Dans ce cas précis, la teinte joue un rôle par rapport au défaut et non par rapport à la carnation », détaille Stéphanie Reymond. D’autres ingrédients sont alors favorisés comme des agents matifiants et absorbants dans les blurs (silice, silicone…) ou les nacres dans les enlumineurs pour jouer sur la lumière. Le mica peut y être ajouté pour apporter un effet flouteur. Aborder le maquillage du teint par le rendu, la correction et l’éclat permet aussi de répondre à d’autres attentes comme la pénétration rapide. Les textures gelées, idéales pour travailler l’éclat, sont fraîches et légères à l’application pour un fini glowy. « Sur ce thème, nous jouons plus sur la subtilité et la fusion avec la peau que la couvrance », complète Clara Roux, chef de produit chez Strand Cosmetics Europe.

Anaïs Engler

Facebook
Twitter