Le soin se met dans la peau de la diversité

Alors que le marché mondial a longtemps été dominé par les formules destinéeées aux peaux occidentales, les produits de soin seraient pourtant plus efficaces s’ils etaient congus specifiquement selon les origines des consommateurs.

L’univers de la beauté a toujours rêvé de grands succès mondiaux. Si cela est difficile à réaliser dans le parfum ou le maquillage, cela l’est encore plus dans le soin. Longtemps, il a eu la réputation d’être formulé par et pour des peaux occidentales, tendance qui a dominé le marché mondial. Venu du monde de la recherche, Abd Haq Bengeloune, l’un des deux fondateurs de la marque In’Oya, en a fait le constat « des conclusions tirées à partir de peaux caucasiennes sur tous les types ». L’hégémonie des formules occidentales a pourtant été remise en question avec la montée en puissance des rituels et produits asiatiques, la K-beauty en tête. C’est désormais l’Asie qui influence les tendances en matière de soin, mais sontelles adaptées à toutes les peaux ? Certains experts ont remarqué que la découpe des sheet mask, souvent fabriqués en Corée, était mal adaptée aux visages caucasiens.

Des réactions différentes.
Qu’en est-il alors des produits pour peaux noires ? Cellesci cumulent beaucoup de spécificités : « Une augmentation de la production de mélanine avec de nombreux et grands mélanosomes, des signes du vieillissement tardif traduit par des taches et un teint terne, un indice de sécheresse plus élevé, encore plus en France, des glandes sébacées plus actives, énumère Annabel Mari, directrice scientifique de Mixa (L’Oréal). De ce fait, elle a des préoccupations spécifiques : hétérogénéité de la couleur de la peau, pigmentation post-inflammatoire, moins de signes cliniques de vieillissement chez les peaux noires, un retard marqué de l’apparition des rides. » Des spécificités ayant conduit la marque à réfléchir à une gamme dédiée pour le corps. « Les peaux mates à foncées souffrent d’une sécheresse prépondérante sur le corps et qui est parfois très visible. L’usage est du coup développé sur cette catégorie, d’où l’offre correspondante, souligne Kenza Dahbi-Skali, chef de groupe Mixa. Nous souhaitions avoir une offre qui puisse répondre aux besoins de toutes les peaux sèches, mais avoir aussi des égéries qui les représentent, comme Sonia Rolland depuis presque dix ans. » Pour les deux fondateurs In’Oya, Laila Mkimer et Abd Haq Bengeloune, si les besoins et problèmes de peau peuvent sembler similaires à ce que peut rencontrer une peau caucasienne, les réactions des deux épidermes vont être trop différentes pour avoir les mêmes produits. « Pour les imperfections, une peau blanche va avoir un bouton quelques semaines, tandis qu’il va résulter pour les peaux noires, une tache qui mettra des années à disparaître, décrit Abd Haq Bengeloune. De même les formules doivent être adaptées : l’un de nos principaux soucis lorsqu’on formule des solaires est de ne laisser aucune trace blanche. » C’est en tenant compte de spécificités pointues qu’il a lancé sa marque, aujourd’hui dans près 500 pharmacies, et dont le produit phare est un sérum antitache, Mel’Oya, avec une technologie exclusive conçue spécifiquement pour les peaux noires.

L’antitache justement, est l’une des catégories de soin les plus populaires chez les consommateurs à la peau foncée cherchant parfois à l’éclaircir au-delà du raisonnable, avec de l’hydroquinone. Ce puissant dépigmentant, jugé dangereux et aujourd’hui interdit en France. Pourtant, « les consommatrices ne se méfient pas assez de ce produit », estime Abd Haq Bengeloune, qui a dû retirer la mention 0% d’hydroquinone de ses packagings pour des raisons réglementaires. « Les femmes noires n’ont pas suffisamment appris à aimer leur peau telle qu’elle est , ajoute le créateur d’In’Oya, qui participe à plusieurs mouvements de sensibilisation sur le sujet.

Sylvie Vaz

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