Capillaires, des formules « sans »… reproches ?

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Cheveux doux, mousse onctueuse, parfum enivrantu .u dans les capillaires le plaisir est aussi important que le résultat. Pour autant, le consommateur tend à se mé?é?er des formules au haut potentiel sensoriel, mais aux ingrédients controversés d ‘ou l’apparition du « sans »

rmi les formules aux ingrédients les plus décriés, celles des capillaires sont pratiquement en tête de liste. L’industrie cosmée- étique est soumise à une réglemen- tation stricte, reconnue pour être la plus protectrice des consomma- teurs, et les molécules font l’objet de tests qui tiennent compte de leur concentration, de leur usage prévisible et des risques. Un cos­métique mis sur le marché a donc préalablement été évalué pour sa sécurité d’utilisation. Pour autant, la liste des ingrédients contro­versés ne cesse de s’allonger. En première ligne, les conservateurs, omniprésents dans les formula­tions capillaires. Suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, allergènes, voire cancérogènes, les parabens ont été les premiers à être retirés des listes INCI et à faire l’objet de formules « sans ». Si cer­tains, comme l’ethylparaben et le methylparaben, ont été mis hors de cause par les experts scientifiques, d’autres ont depuis été interdits : en partie (butylparaben et propylpa­raben dans les produits non rincés destinés au siège des tout-petits) ou totalement (isobutyl-, isopropyl-, benzyl-, pentyl- et phenylparaben, considérés comme nocifs, dès 2014). Dans les formules « sans paraben », on trouve d’autres conservateurs comme le phenoxyethanol, le méthyliso- thiazolinone et le méthylchloroi- sothiazolinone (tous deux interdits des produits non rincés), l’hy- droxyanisole butylé, l’hydroxyto- luene butylé ou encore le triclosan, tout aussi décriés. Pourtant, selon Maud Chapis, responsable de zone et marketing chez Expanscience, laboratoire pharmaceutique et dermo-cos-métique, « on ne peut se passer de conservateur dans un produit cosmétique. Et il est très difficile de remplacer un paraben par Les conservateurs, omniprésents dans les formulations capillaires, ont été les premiers à ?tre retirés des listes INCI. un conservateur naturel, dont l’ejficacité n’est pas prouvée ». Le». Le laboratoire s’efforce d’ailleurs de faire disparaître les conservateurs de son catalogue. « Nous ne propo- sons plus que deux ingrédients sur vingt-huit qui en contiennent avec une disparition prévue à terme. Le problème de la conservation est le contact avec l’eau, nos produits sont donc désormais sous forme d’huile ou de poudre », pour- suit Maud Chapis. À l’instar des cosmétiques solides. « Un produit cosmétique doit être sûr pour le consommateur : il ne peut donc pas risquer d’être contaminé par des micro-organismes ou lors de son utilisation. Demain, nous pour- rons sans doute envisager d’autres systèmes de protection contre une éventuelle contamination avec des monodoses ou des packagings protecteurs particuliers, mais ils ont encore un coût beaucoup trop élevé pour des produits d’usage courant », analyse le département R& i de l’oreal.

Une sensorialité irremplaçable.
Les silicones, silicones-like (PEG) et autres dérivés du pétrole sont également pointés du doigt. Issus de procédés polluants, ils sont très peu biodégradables et s’accu- mulent dans l’environnement. Les silicones et les huiles minérales forment une barrière autour de la fibre capillaire, avec l’avantage de lisser le cheveu et de faciliter son démêlage. Mais utilisés quotidien- nement, ils l’empêchent de respirer et d’assimiler les actifs. Quant aux silicones-like (PEG, PPG, cellulose, cross poly­mer, polyquaternium, quaternium), ils rendent les textures douces et soyeuses grâce à leurs propriétés épaississantes, émulsifiantes ou ten- sioactives. Mais selon le processus de fabrication, les PEG peuvent contenir du 1,4-dioxane, potentiel- lement cancérigène selon le Centre international de recherche sur le cancer. Côté eôté environnement, ils ont le même caractère nocif que les sil­cones. Croda, fournisseur d’ingrée- édients, propose des alternatives : « Le Crodamol STS, émollient aux propriétés similaires aux silicones, sans effet négatif sur les océans, ou encore l »arlasilk EFA, tensioac- tif et phospholipide biomimétique qui vient aider au démêlage et apporter de la brillance », explique Aude Lemoine, coordinatrice mar­keting. « Le Cithrol PGTL, 100% d’origine végétale, représente une alternative aux systèmes conte- nant des PEG ». Quant aux sulfates et autres tensioactifs (sodium laureth/lauryl sulfate, ammo­nium lauryl sulfate) considérés asséchants et irritants, ils ont une efficacité moussante primordiale dans les formulations capillaires, essentielle pour le consommateur. Croda commercialise un tensioactif doux, le Crodasinic LS 30. Il peut être utilisé seul ou en association avec d’autres tensioactifs, rédui- sant ainsi leur pouvoir irritant. Une autre alternative est le sodium coco sulfate, dérivé de la coco et moins agressif. Selon le département R& i de l »Oréal, « on ne sait pas repro- duire un toucher aussi cosmétique, un cheveu parfaitement lisse, bril- lant et glissant, avec des matières premières d’origine naturelle. Les huiles végétales représentent une alternative aux silicones dans une certaine mesure, mais Malgré leur intér?t croissant pour le hair care, les consommateurs ne sont pas pr?ts à investir autant que pour du soin ou du maquillage. elles conduisent souvent à un toucher plus gras qui ne plaît pas toujours ».

Le coût comme obstacle.
Quelle que soit l’alternative, les formula­tions plus « naturelles » posent la question du prix. Expanscience, par exemple, utilise de l’huile d’avocat, relativement abor- dable, mais aussi de prune et de maracuja : des huiles précieuses, riches en vitamine E, beaucoup plus chères que les silicones. Or, malgré leur intérêt croissant pour le hair care, les consommateurs ne sont pas prêts à investir autant que pour du soin ou du maquil- lage. Par ailleurs, il reste très difficile d’atteindre le niveau de sensorialité et l’efficacité mous- sante des tensioactifs auxquels ils sont très attachés. Enfin, la R&I de L’Oréal de conclure : « Il faut aussi tenir compte à la fois d’une disponibilité¦ limitée ée des matières premières d’origine naturelle, de leur soutenabilité (sourcing durable) et du coût des formules. » Tous concernés par la demande croissante de substituts plus verts et moins nocifs, plus respectueux de l’environnement et des animaux, les formulateurs font face à un véritable challenge, qu’ils relèvent petit à petit.

MARIE GUERRE

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