Le dioxyde de titane dans le viseur

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Employé dans de nombreux secteurs en tant que colorant blanc et filtre anti-UV, le dioxyde de titane est pointé du doigt en France et en Europe en raison de risques possibles sur la santé.

Confiseries, pâtisseries, peintures, cosmétiques, médicaments, dentifrices… Le dioxyde de titane est utilisé pour blanchir et intensifier la brillance d’une grande variété de produits. Il représente également un filtre minéral efficace, ce qui en fait un ingrédient phare dans les produits solaires. « Utilisé à l’échelle de nano, le dioxyde de titane possède des propriétés uniques offrant une bonne efficacité SPF. Les particules forment un film protecteur sur la couche superficielle de la peau et réfléchissent les rayons UV du soleil », explique Sarah Klappert, directrice de la communication du groupe allemand Beiersdorf, notamment propriétaire des soins solaires de la marque Nivea. Avant d’ajouter : « Il présente en outre une bonne stabilité et une facilité à être introduit dans les processus de formulation, il peut par exemple contribuer à améliorer la résistance des produits solaires à l’eau. »

Potentiellement classé CMR
Seulement voilà, le dioxyde de titane est controversé depuis plusieurs mois en raison d’éventuels effets néfastes sur la santé. Il est notamment suspecté d’entraîner un risque de cancer. Résultat, l’an dernier, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a rendu un avis positif pour que le dioxyde de titane soit classé CMR (Cancérogène, mutagène et reprotoxique), en tant que cancérogène suspecté par inhalation. Or, en cosmétique, il est interdit d’utiliser des ingrédients classés CMR. « Mais il existe toutefois des dérogations prévues par le règlement cosmétique », précise Anne Dux, directrice des affaires scientifiques et réglementaires de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea). Par exemple, un ingrédient autorisé dans l’alimentation peut être utilisé en cosmétique, même s’il est classé CMR. Ce qui est le cas du dioxyde de titane, employé comme colorant alimentaire. Problème, cet usage pourrait être interdit d’ici à quelques mois. En février, les pouvoirs publics français ont demandé à la Commission européenne de suspendre son utilisation dans les produits alimentaires. Toutefois, cette éventuelle suspension ne devrait pas impacter, dans l’immédiat, son utilisation en cosmétique. « La pénétration digestive est bien supérieure à la pénétration cutanée. Ainsi, un ingrédient interdit dans l’alimentation ne présentera pas forcément de risque en cosmétique, où son utilisation pourra éventuellement être autorisée », explique Anne Dux.

Dérogations
Par ailleurs, les règles encadrant les ingrédients classés CMR 2 (risques suspectés) sont plus souples que pour les CMR 1 (risques avérés ou présumés). Les premiers peuvent bénéficier d’une dérogation supplémentaire s’ils ont reçu, au préalable, un avis favorable du Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC). Un feu vert déjà obtenu pour le dioxyde de titane en 2013, comme le confirme Sarah Klapper, « cet ingrédient a fait l’objet d’évaluations répétées, et sa sécurité a été confirmée par des autorités de sécurité indépendantes internationales, dont le CSSC de la Commission Européenne ». Le recours aux nanoparticules de dioxyde de titane est également plus strictement encadré dans l’UE depuis juillet 2016. Dans les produits solaires, leur concentration ne doit pas dépasser 25% et les fabricants ne peuvent les utiliser sous forme d’aérosol.

AUDREY FREEL

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