L’airless dans l’air du temps

Sophistiquées et eco-friendly, les pompes s’adaptent, tout en améliorant leurs performances en matière de restitution. Dans cette course à l’innovation, l’airless ne cesse de gagner du terrain.

Poussés à la fois par une législation plus stricte en matière de conservateurs, et à la pression de consommateurs soucieux, les fabricants n’échappent pas à la montée en puissance des formules cosmétiques « naturelles » potentiellement plus sensibles à la contamination bactérienne. Une contrainte que les systèmes de pompes airless permettent de résoudre, en apportant une protection optimale au contenu. La logique eco-friendly en impose encore davantage, côté performances et composition des différentes pièces de l’emballage.

L’irrésistible ascension.
Sur le marché, l’airless ne cesse de gagner du terrain face aux pompes atmosphériques. « La progression en volume devrait frôler en Europe les 5% d’ici à 2024, annonce Aline Roland Marketing Manager Skin Care chez Albea. En valeur, sur le total du marché, la hausse est nettement plus significative, en raison de la valeur ajoutée liée à ces systèmes ultra-performants. Certains segments affichent des progressions à deux chiffres. » Les solutions airless présentent un surcoût non négligeable (entre 20 à 30%), que les fabricants de pompes rechignent à chiffrer précisément au regard des avantages proposés par ces nouveaux systèmes. Chez Silgan (6), la pompe Pearl, best-seller de la gamme airless, s’impose sur différents segments de marché en raison de multiples qualités : l’absence de composants métalliques pouvant nuire à la conservation de la formule, la possibilité de contrôler la dose dispensée à chaque pression, une évacuation optimale pouvant atteindre 97% de la contenance totale, un large choix de capots distributeurs… « Nous avons lancé cette année une forme de flacon spécifiquement dédiée aux enfants, indique Sandy Gregory, responsable marketing Europe des marchés beauté au sein de Silgan. Procter & Gamble a immédiatement craqué pour notre panda. » Avec plus de 30 millions de bébés à naître dans les prochaines années, le marché chinois, de plus en plus attentif aux questions sanitaires, est directement en ligne de mire. RPC Bramlage continue, pour sa part, à améliorer les qualités de la pompe Ecosolution développée en 2010 (1) (4). Le fabricant vient de lancer un moteur dédié aux formules très visqueuses.

Après le pot, le tube.
En 2014, l’italien Lumson surprend le marché en lançant l’un des premiers pots airless Envers (7). Il a été adopté notamment par la marque La Chênaie (2) pour son soin antiâge à l’extrait végétal de chêne. Ce système à poche, en opposition aux pompes à piston, plus classiques dans leur conception, cumule les atouts. En tête, la possibilité de recycler entièrement l’emballage 100 % plastique après son utilisation. La même préoccupation anime PumpArt System depuis 2012. « Nous avons mis au point le premier tube airless en adoptant le principe de la poche, affirme Xavier Sutty, le cofondateur de l’entreprise avec Jérôme Boumnso. Le rôle du piston est joué par l’utilisateur qui exerce lui-même la pression nécessaire sur le tube. Selon la force engagée, il obtient une dose en adéquation avec son besoin. » Moins de composants, moins de déchet. La start-up française veut aller plus loin. Elle vient tout juste de signer un partenariat avec Dow pour mettre au point des composants performants au regard de la protection de l’environnement. Y compris en utilisant des matériaux recyclés. Elle travaille aussi à la mise au point de nouveaux gestes beauté, en intégrant à l’emballage des applicateurs, type roll-on, éponge ou boule de massage. D’ores et déjà, Tubairless a séduit 80 marques de cosmétique dans le monde, dont Leonor Greyl (3) qui l’a adopté pour ses crèmes de soin cheveux. Soucieux d’offrir aussi une solution pour les formules compactes, dentifrice et crème pour les mains en tête, le fabricant Silgan (5) vient de développer en partenariat avec la société Neopac un tube en polyéthylène extrudé. « En raison d’un surcoût contrôlé, cette solution convient aussi aux produits d’entrée et de moyenne gamme », souligne Sandy Gregory. La société travaille, par ailleurs, sur de nouvelles déclinaisons de formes et de décors. Certaines contraintes techniques limitent parfois la créativité des marques sur ces contenants.

Il se fait tout petit.
Outre sa large gamme de pompes airless, Aptar développe à partir de la technologie à piston de petits formats dédiés aux attentes des consommateurs nomades. Après les 30 et 50 ml, il devient possible de proposer des échantillons de 15, 10 et jusqu’à 5 ml. Les produits conservent leurs capacités de distribuer une dose précise et contrôlée par l’utilisateur. Albea s’était concentré jusqu’à présent sur l’élargissement des diamètres pour atteindre 41 mm et toucher le marché du beauty care avec des flacons de 50 à 100 ml. Au prochain salon Luxe Pack (du 1er au 3 octobre à Monaco), la société lancera également une gamme dédiée aux mini-formats et à l’échantillonnage avec des contenances de 5 à 10 ml (8). Quant à Lumson, ses équipes laissent entendre que de grandes marques travaillent à la mise au point de formules dédiées au maquillage, fonds de teint et rouges à lèvres en tête.

Les atmo innovent aussi.
Représentant encore une large majorité du marché, tous segments confondus, les pompes atmosphériques ne baissent pas les bras côté innovations. Dans le domaine du parfum, des pompes en plastique viennent remplacer les systèmes à vis en métal. Plus accessible en coût et eco-friendly, la solution présente l’avantage de ne pas entraîner de modification sur la ligne d’assemblage, ni au niveau du rendu final du flacon. Sur les pompes spray, accueillant notamment des formules comme l’Huile prodigieuse de Nuxe, les effets « brume » sont sans cesse améliorés grâce à des buses ultrasophistiquées. Quant aux textures « mousse», elles bénéficient d’ores et déjà de solutions vertes à base de polyéthylène bio-sourcé.

AGNES DELCOURT

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