La biologie marine a le vent en poupe

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Aussi complexes et riches que les végétaux terrestres, les algues sont toujours plus présentes dans les cosmétiques. En Bretagne, plusieurs PME sont spécialisées dans la récolte, le traitement et l’exploitation de cette ressource.

De plus en plus étudiées, les algues ne cessent de gagner en intérêt. À mesure que la connaissance augmente à leur sujet, les chercheurs exploitent au maximum les propriétés actives de ces plantes souvent très résistantes dont il existe plusieurs dizaines de milliers d’espèces. Longtemps réservées à l’univers de la thalasso, elles sont de plus en plus souvent utilisées par les marques traditionnelles. Un enthousiasme légèrement atténué car la Chine n’autorise l’utilisation que de douze microalgues et d’une quarantaine de macroalgues. Et, « le challenge est de trouver des nouvelles molécules sur les algues que tout le monde peut avoir », mentionne Jean-Paul Cadoret, Managing Director chez Greensea. Si la connaissance progresse pour optimiser les conditions de culture des microalgues, elle permet aussi de « diversifier les matières premières utilisables en cosmétique », précise Pauline Rouaud-Tinguely, cheffe de projet communication scientifique chez Silab. Certaine du potentiel des algues dans les biotechnologies, l’entreprise a inauguré, en 2014, une unité de production de 400 m2 pour s’approvisionner en nouvelles matières premières. « Nous ne sommes qu’aux prémices de cet engouement pour la biologie marine », souligne-t-elle.

Galéniques innovantes.
« L’avantage avec la cosmétique marine c’est que nous fabriquons des gélifiants à 95 % naturels », précise Laetitia Tetedoux, responsable marketing d’Agrimer, une PME bretonne spécialisée dans la récolte, le traitement des algues et la conception de cosmétiques. Et avec ce claim, les algues peuvent correspondre à la majorité des tendances vertes identifiées sur le marché actuellement comme la néo détox, le véganisme, les produits halals, le zéro déchet… Mais, aux vues de la diversité présente en France, le principal avantage des microalgues en termes de naturalité est « la sécurisation de la traçabilité », complète Pauline Rouaud-Tinguely. Soit arrachées, soit coupées, les algues bretonnes sont récoltées à la main par des pêcheurs spécialistes, selon un calendrier propre à chaque espèce et en fonction des autorisations fixées à l’avance par l’Ifremer et la région Bretagne. Elles sont ensuite traitées immédiatement sur place pour en extraire les différents actifs. De plus, les minéraux issus des algues, comme le potassium, le magnésium, sont une alternative à ceux d’origine terrestre dont l’extraction est remise en question par des consommateurs en quête de durabilité, avec en plus la satisfaction de revendiquer le made in France.
Les molécules trouvées dans les algues ne sont pas leur seul atout. Elles permettent aussi de formuler des galéniques innovantes, celles-là même qui attirent le consommateur avide d’expériences. « Avec la galactane sulfatée, issue des algues rouges, nous proposons des textures fraîches et non collantes pour un effet seconde peau ou bouclier antipollution car cela empêche l’adhérence des particules sur la peau », détaille Laetitia Tetedoux. Aqueux, cet actif s’intègre dans les brumes ou les masques par exemple. Les algues entrent aussi dans la fabrication des alginates ou des carraghénanes, des polysaccharides qui servent d’agents épaississants et de gélifiants dans l’alimentaire et la cosmétique. « L’usage des ces gélifiants permet de proposer de nouvelles gestuelles de soins plus premium », déclare Laetitia Tetedoux qui a vu le portefolio de clients d’Agrimer doubler et monter en gamme.

Anaïs Engler

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