Acheteur, une fonction stratégique

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Dans une entreprise, l’acheteur manie l’art subtil aux meilleurs prix. Mais il doit aussi, et surtout, s’assurer de la qualité, de la sécurité ainsi que du caractère responsable de ses achats.

Le métier d’acheteur occupe une place de plus en plus importante au sein des entreprises cosmétiques. Et pour cause. Audelà de négocier les meilleurs prix et de gérer les contrats avec les fournisseurs, il est le garant de la qualité et de l’empreinte écologique des produits. « Notre industrie a été l’une des précurseures en termes de développement durable et de traçabilité des produits », confirme Serge Sabrier, responsable des achats du fournisseur d’ingrédients naturels, Naturex. La société française, qui devrait rejoindre le giron de Givaudan en octobre, achète une grande variété de matières premières végétales : pigments, arômes, feuilles, graines ou encore fleurs. Celles-ci servent à concocter des extraits prêts à formuler pour la cosmétique, mais également des gammes d’ingrédients pour l’alimentation et la santé. Au total, Serge Sabrier et ses 35 acheteurs négocient les prix de plus de 600 matières premières aux quatre coins du globe. « Une de nos principales préoccupations est de veiller à la préservation de la ressource naturelle. Nous travaillons pour cela avec nos fournisseurs pour optimiser la qualité de la matière première tout en préservant la biodiversité », souligne-t-il. Le service achats du groupe Clarins, qui compte 33 personnes, place également la beauté responsable au coeur de sa stratégie. « Nous privilégions les produits de qualité et responsables, même si le prix d’achat est plus élevé », assure Emmanuelle Wallon, directrice des achats de la marque. Les acheteurs de Clarins font des emplettes de matières premières, mais également d’articles de conditionnement et de façonnage. Ils doivent connaître les produits qu’ils achètent sur le bout des doigts pour discuter des prix avec les fournisseurs. « Chaque acheteur doit aussi maîtriser l’environnement du groupe : les usines, les points de vente, mais également les univers des différentes marques (Clarins, Azzaro, Mugler et My Blend) », ajoute Emmanuelle Wallon.

Repérer les innovations.
Autre particularité des achats dans le secteur de la cosmétique : l’innovation. « Une grosse partie du travail consiste à repérer des produits innovants, comme des masques coréens ou un nouveau pinceau de maquillage, mais également les fournisseurs auprès desquels nous pourrons les acheter », explique Anne-France Kunz, directrice des achats des parfumeries et instituts Beauty Success. Les sept personnes travaillant au service achat négocient les prix des marchandises pour les 330 points de ventes du groupe. Les catégories d’achats sont très variées : soins, maquillage, accessoires, matériel et machines pour les instituts. « Nous sommes dans un secteur BtoC très créatif. Aux achats, cela demande d’être à l’affût des nouveautés, notamment dans le packaging », indique Emmanuelle Wallon (Clarins).

Un rôle d’entremetteur.
À titre d’exemple, l’équipe d’acheteurs de Clarins a participé au développement du nouveau double sérum de la marque, lancé en 2017. « Le flacon a été développé en partenariat avec notre fournisseur Aptar. Les achats ont collaboré sur ce projet, aux côtés des équipes marketing et packaging », détaille Emmanuelle Wallon. L’acheteur peut ainsi jouer le rôle d’entremetteur, en mettant en relation des fournisseurs avec d’autres équipes en interne. « Nous sommes dans une démarche de partenariat avec nos fournisseurs car ces derniers sont très experts et peuvent apporter énormément à notre groupe », ajoute-t-elle.
Cet exemple atteste du rôle très transverse d’un acheteur. « Les acheteurs sont en lien avec différents métiers de l’entreprise : marketing, qualité, développement, service client, mais aussi service juridique », signale Anne-France Kunz. En effet, l’acheteur doit également garantir la sécurité des produits, ce qui demande souvent de travailler main dans la main avec des experts juridiques. « Le service juridique nous aide à contrôler la sécurité et les normes relatives à certains produits, comme les machines UV ou d’épilations », précise la directrice des achats des parfumeries et instituts Beauty Success. L’acheteur constitue ainsi un maillon essentiel dans la stratégie des entreprises.

PLUSIEURS VOIES MÈNENT AUX ACHATS
Différentes possibilités s’offrent à un étudiant désireux de devenir acheteur. BTS international ou technico-commercial, licence professionnelle, Master ou encore école de commerce… Le choix est La France compte beaucoup de formations de très bon niveau dans les achats », souligne Emmanuelle Wallon, directrice des achats Clarins. Il n’existe toutefois pas de formation d’achats spécialisée dans l’industrie de la beauté. De fait, certains groupes exigent parfois une double compétence. C’est notamment le cas de La plupart de nos acheteurs est issue d’une formation d’ingénieur agronome. Nous avons besoin de personnes capables d’appréhender la technicité des matières premières achetées ainsi que leur processus de production Sabrier, responsable des achats du fournisseur d’ingrédients naturels. Il n’est pas rare également provenant du marketing, du commercial ou de certaines branches métiers soient formés en interne pour devenir acheteur. Côté salaire, la rémunération d’un acheteur junior oscille entre 20 000 € et 40 000 € bruts par an environ. Un acheteur expérimenté peut gagner jusqu’à 100 000 € brut
par an, un chiffre qui peut encore gonfler s’il occupe un poste à responsabilité, comme celui de directeur des achats.

AUDREY FREEL

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