Des ingrédients à listes ouvertes

Dans un contexte de défiance vis-à-vis des cosmétiques, les consommateurs veulent savoir ce qu’ils utilisent. Pour répondre à cette exigence de transparence, les marques rendent leurs listes INCI plus lisibles.

A fin de simplifier les informations à destination du consommateur, les institutions européennes ont voté l’interdiction de l’allégation « sans ». Elle entrera en vigueur à partir de juillet 2019. Pour limiter le marketing fait à partir des ingrédients contenus ou non dans les formules, l’Union européenne entend surtout réduire l’abondance d’informations. Face à un consommateur exigeant et déterminé à acheter un produit en fonction de sa composition, les listes d’ingrédients sont décortiquées et pèsent dans l’acte d’achat. Fort de ce constat, la Febea, la Fédération des entreprises de la beauté, lance une campagne digitale diffusée sur YouTube pour faciliter leur démarche. Sous forme de cinq vidéos, elle reprend des commentaires relatifs à la composition des cosmétiques trouvés sur Internet, et explique en quoi les affirmations sont vraies ou fausses en fournissant les sources d’informations afin que les consommateurs puissent par eux-mêmes poursuivre leurs investigations. Les thèmes abordés sont les ingrédients, le règlement européen spécifique aux produits cosmétiques (1223/2009), la surveillance des produits une fois sur le marché par les autorités chargées de la protection des consommateurs, DGCCRF, mais également les questions sanitaires… Les vidéos mettent aussi l’accent sur le système de cosmétovigilance et sur la rigueur de la réglementation européenne, parmi la plus stricte au monde. D’autres solutions s’offrent aussi aux consommateurs pour une meilleure compréhension des composants.

Les applis qui déchiffrent. QuelCosmetic, est une appli pour mobile développée par l’association de consommateur UFC-Que choisir. « Tous les ans nous publiions une liste des ingrédients indésirables dans les cosmétiques, elles se retrouvent désormais en version nomade pour assister le consommateur dans ses achats autant en magasins que lorsqu’il veut connaître la composition des produits de sa salle de bains », détaille Gaëlle Landry, ingénieur chef de projet chez UFC-Que choisir. L’utilisateur prend une photo de l’INCI avec son téléphone portable ouvert sur l’appli qui reconnaît alors le code-barres et fait apparaître une fiche produit. Si ce dernier n’est pas référencé dans la base de données, il peut envoyer des photos via cette appli. Ensuite les équipes d’UFC-Que choisir se chargent de renseigner manuellement la fiche et de la mettre en ligne. Les ingrédients sont listés et identifiés par des pictogrammes décrivant leur impact sur la santé du consommateur. « Nous nous basons sur les réglementations européennes et des avis d’experts internationaux », complète-t-elle. Comme le magazine, le développement de l’application est financé par le fonds de dotations d’UFC-Que choisir, lui-même subventionné par les dons des consommateurs adhérents. Aujourd’hui l’appli référence 62 000 produits en France, seul espace géographique dans lequel elle fonctionne. Autre appli, Clean Beauty, propose une analyse dynamique des compositions à partir d’une photo de la liste des composants. Ces derniers sont identifiés à l’aide d’une base de données de 2 000 ingrédients enregistrés par le laboratoire de cosmétologie Offi cinea, créateur de cette application. « Nous voulions retranscrire les informations et laisser les consommateurs faire leur choix en conséquence », précise Élodie Establier, chargée de communication chez Offi cinea. Avec 300 000 téléchargements depuis leur lancement en janvier 2017 et 3 millions d’analyses, l’appli, qui est disponible en français, italien, espagnol, anglais et allemand, fi gure dans le top 3 d’Android.

Contrôler le message. Mais si ces applis sont des initiatives des consommateurs et d’organismes qui entendent représenter leur intérêt, la méthodologie de lecture et de sélection fait débat. Alors que certaines proposent des classements des « pires » et des « meilleurs » produits, d’autres recommandent carrément des produits de soins à la vente sur la même plateforme. Pour répondre à l’exigence de transparence de la part des consommateurs, « il ne faut pas avoir peur de donner l’information pour leur permettre d’acheter en connaissance de cause », justifie Maïlys Garrido, chargée de communication chez Visibrain, une plateforme de veille sur les réseaux sociaux. « Avec plus de 4 millions de messages postés sur les réseaux sociaux qui interpellent les marques et leur demandent de rendre des comptes, elles doivent se positionner sur la question car c’est une tendance dominante sur le secteur », confi e-t-elle. Ainsi, les bad buzz peuvent être évités quand les informations sont publiées. « En prenant les devants, on contrôle ainsi le message », conclut-elle. Plusieurs initiatives font fi gure d’exemples en la matière. Avec l’idée de faire de Garnier, la marque « naturelle, authentique et vraie » du groupe L’Oréal, les équipes ont choisi de modifi er le format de ses listes d’ingrédients afi n de spécifi er la provenance de chacun. « C’est également une manière de lever les idées reçues sur certains d’entre eux aux noms barbares », précise Élodie Bernardi, directrice de marque Garnier France. En termes de résultats, les consommateurs se sont beaucoup manifestés sur les réseaux sociaux pour « saluer la démarche d’avoir rendu la compréhension des ingrédients cosmétiques accessibles à tous », complète Élodie Bernardi. La marque de L’Oréal Produits Grand Public entend l’étendre à Hairfood de Fructis, mais aussi aux nouveaux soins prévus pour début 2019. De son côté, Unilever met en ligne sur son site, dans une nouvelle section « La composition de nos produits », la liste des ingrédients de ses parfums en Europe, en commençant par la France et le Royaume-Uni. L’objectif de cette démarche est « d’aller audelà des informations fi gurant sur l’étiquette en expliquant les types d’ingrédients et détaillant leur utilisation et le rôle qu’ils jouent dans la création des parfums », argumente le groupe.

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