Métier : les prospectivistes, ils influencent l’avenir

Ces consultants détectent les modes et les tendances entre deux et cinq ans avant leur arrivée sur le marché. Comment ? En observant le monde d’aujourd’hui dans les moindres détails.

Assister à des conférences scientifiques, visiter les musées, suivre l’art contemporain et les projets architecturaux, telle est la formation continue d’un chasseur de tendances. Si avoir des connaissances historiques et une fibre littéraire sont recommandés pour être un bon chasseur de tendances, c’est surtout la curiosité qui est nécessaire. « Il faut avoir l’œil ouvert en permanence », affirme Nathalie Rozborski, directrice générale de NellyRodi. Repérer les signaux faibles dans les détails du quotidien est le cœur du métier. Mais « pour mieux travailler, il faut être transversal », complète Pierre Bisseuil, directeur de recherche à l’agence Peclers Paris. Pas besoin d’avoir une expertise dans un domaine en particulier, l’important est de savoir où chercher les informations.

Dans un cabinet de style, deux types de profils se côtoient : les créatifs issus d’école d’art et de design et les diplômés d’écoles de commerce ou de communication. Forts d’expériences à l’étranger et de compétences linguistiques, les prospectivistes font le plus souvent carrière dans le conseil en innovation ou en création. « Si les grandes maisons occidentales confirment les tendances, ces dernières naissent dans d’autres pays (ndlr la Corée du Sud) qui apportent une nouvelle vision creative », confie Louise Taccoen, chef de projet marketing chez Carlin. Alors pour être au fait, en plus des équipes parisiennes, les cabinets de style disposent d’agents déployés à l’international. Employés à plein temps, expatriés ou locaux, ils ont pour mission de repérer sur place les nouveaux concepts retail ou les changements d’habitude de consommation par exemple. Auquel s’ajoute pour tous une présence et une utilisation indispensable d’Internet et des réseaux sociaux. Si les formations sont homogènes, c’est l’attitude qui fait le bon chasseur. « Parfois la chasse est bonne et les découvertes sont nombreuses, parfois il ne s’agit que de la continuité d’un courant existant », reconnaît Louise Taccoen.

Derrière la tendance, un savoir-faire.

Alors que le cabinet de style est un concept historiquement français, ces institutions de la prospective travaillent dans le monde entier pour des clients internationaux. Leurs travaux donnent naissance aux célèbres cahiers de tendances ou de styles. Pour Louise Taccoen, l’important est de « traduire les mouvements en matières concrètes ». Parmi les travaux de Carlin issus de la recherche des différents agents, le cabinet aboutit à un nuancier de 25 couleurs servant de bases de travail pour l’élaboration de son cahier de style et imagine plusieurs déclinaisons concrètes (imprimés, forme, texture). Si cet outil reste le cœur de vente de l’agence, l’activité de conseil et d’accompagnement des clients dans leur process de création artistique prend de plus en plus de place. En faisant appel à un cabinet de style, « ils cherchent un point de vue et un avis », déclare Nathalie Rozborski. Alors se faire ses idées, « cultiver ses convictions et ses partis pris » sont aussi des indispensables pour la directrice de NellyRodi, autant que de savoir se remettre en question. Elle rejette d’ailleurs l’appellation « chasseurs de tendances » car trop réductrice pour lui préférer celle de « prospectiviste ». C’est davantage le terme « tendance » qu’il est urgent de redéfinir « car il est devenu fourre-tout », témoigne la spécialiste. En quête d’une nouvelle légitimité pour un métier qui adopte une démarche d’analyste, d’interprète et de conseiller NellyRodi choisit d’appeler ses compilations des « guides d’achat » ou « guides d’inspiration » et non plus « cahier de tendances ». Car face à la multiplication des contenus et la libéralisation des goûts au niveau international, les cabinets de style affirment avoir un rôle à jouer plus important encore : celui d’aider leurs clients à décrypter ces nouvelles tendances pour les adopter, les étudier ou au contraire les éviter.






VerbatimLouise Taccoen, chef de projet marketing chez Carlin :« Derrière les tendances, il y a un métier et un savoir-faire pour les traduire en produits et en stratégie »Nathalie Rozborski, directrice générale de NellyRodi :« Je ne suis pas une chasseuse de tendance mais une prospectiviste appliquée qui utilise les data pour justifier mes recherches ».Pierre Bisseuil, directeur de recherche à l’agence Peclers Paris : « Notre travail allie avec justesse la raison et l’intuition » La boîte à outils« Pour entrer dans la réalité, il faut être capable de réunir intuition et analyse », détaille Nathalie Rozborski, directrice générale de NellyRodi. Aujourd’hui les prospectivistes disposent d’un ensemble d’outils à maîtriser pour confirmer leurs intuitions. Data, sondages, études étoffent et justifient leurs propos. Chez Peclers Paris, les recherches sont regroupées en huit thèmes : les transformations de l’identité, l’évolution du bien-être, les nouvelles formes économiques, le lien entre questions locales et globales, la relation entre l’homme et la nature, la gestion de l’espace et du temps, la recherche de la vérité et la relation entre les hommes et la technologie. En fonction de ces thèmes, l’agence fait aussi ponctuellement appel à des spécialistes indépendants comme des neurologues.

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