Carte blanche : christophe de Lataillade

Directeur de la création pour les marques de parfums de Clarins Fragrance Group, son studio est derrière les flacons singuliers d’Aura de Mugler et Wanted d’Azzaro, ainsi que le design des stands, le merchandising, l’image et la pub.

Les personnes qui ont compté

Thierry Mugler évidemment ! Quand je suis entré dans la maison je pensais ne rester qu’un mois, et cela fait maintenant trente ans. Ce qui m’a plu chez lui, c’est sa personnalité dévoreuse de culture et sa folie : il recroisait toutes ses influences dans son travail et c’était un bouillonnement permanent. Ça l’est toujours, d’ailleurs, car nous travaillons encore beaucoup avec lui. Il m’a appris qu’au démarrage d’un projet qu’il faut d’abord se demander ce que nous voulons faire, avant de regarder chez les autres, et n’avoir aucun tabou. Rien ne doit être premier degré et doit toujours mêler plusieurs influences, pour être singulier. Il y a aussi Vera Strubi qui a lancé les parfums de la marque, une personne d’une énergie extraordinaire, qui avait coutume de dire « chez Mugler tout est possible, c’est une question d’exécution ». Enfin Sandrine Groslier (présidente du Clarins Fragrance Group), qui secoue les marques avec une formidable exigence, et redonne le plaisir de l’action avec une très grande foi en la liberté de création.

 

Les sources qui l’inspirent

La musique m’inspire beaucoup, je m’astreins à découvrir tous les jours de nouvelles compositions. J’aime les compositeurs comme Debussy et les grands du XXe siècle, et tout ce qui a une dimension narrative forte, comme Einstein on the Beach de Philip Glass. Pour Aura par exemple, j’écoutais beaucoup de voix de gorge de Mongolie. La lumière et la nature ensuite, même s’il est rare qu’on la livre telle quelle. Je suis un passionné de botanique : l’art du paysage me fascine, ainsi que son côté fantastique ou les symboliques qui y sont liées. Enfin le cinéma : les mythes, les grandes scènes, les archétypes imaginaires… Mais plutôt l’esprit des Sept Samouraïs que l’univers des princesses.

 

Les matières qu’il préfère

Le verre, dont les vertus esthétiques sont inépuisables. C’est un grand plaisir de travailler le flaconnage même s’il y a un champ de contraintes énorme. Mugler a toujours façonné ses flacons en mêlant savoir-faire et techniques de pointe, comme nous le faisons aujourd’hui avec des flacons artisanaux uniques où l’on utilise du soufflage traditionnel à la canne, mais aussi le dépôt électrolytique de métal, pour un résultat inédit et complexe. J’ai aussi pris goût à l’alliance de matières comme le verre et le métal. Mugler a toujours eu un côté laboratoire expérimental dès les débuts de la maison. Je me souviens d’une robe en dentelle plongée dans du latex par exemple : c’était du jamais-vu.

 

Le parfum qu’il porte

Cuir Impertinent dans la collection des Exceptions de Mugler, un cuiré tanné enveloppant et plein de mystère, qui me va bien et réchauffe le clair-obscur de l’hiver. 

Son parcours1984 : Maitrise d’anglais et part enseigner le français aux États-Unis.1985 : Revient en France et devient traducteur.1987 : Assistant de Thierry Mugler et travaille sur les projets image de la maison de couture (production, séance photo…).2002 : Directeur de l’image des parfums Mugler.2006 : Prend la responsabilité de tout le studio (graphisme, volume, architecture), dont l’activité PLV.2013 : Fusion des studios Azzaro et Mugler dont il prend la direction, prise en charge de la partie flaconnage… 

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