Alain Chevassus, un visionnaire

Il a découvert le monde du packaging il y a plus de cinquante ans, et ne l’a plus quitté. Tour à tour directeur de sites, PDG de l’un des leaders de l’emballage de luxe, fondateur de Cosfibel, Alain Chevassus a toujours su projeter cette industrie dans le futur.

Alain Chevassus vit à la fois dans le présent et le futur. Le PDG de Cosfibel Group (C.A. 2017 : 100M$ ), fournisseur de coffrets, boîtes, étuis, bagages-accessoires de luxe qu’il a créé en 2000, a toujours anticipé les changements. Être visionnaire est certes le propre d’un dirigeant, mais cette faculté n’a pas toujours été une évidence dans une industrie du pack habituée à exécuter le cahier des charges des marques. Ces dernières étant aujourd’hui demandeuses de solutions clé en main, les fournisseurs d’emballages doivent penser différemment. « Le développement du packaging et du merchandising tient pour l’essentiel à ses capacités d’investissement, de créativité et d’anticipation », assure celui qui a fait carrière dans l’industrie du pack depuis son premier job chez un imprimeur à seize ans. Au fil des années, il s’est nourri de cette agilité et adaptation de ses employeurs, à commencer chez Monoplast, spécialiste du thermoformage. « Pour gagner de nouveaux marchés de produits de niche, cette société familiale des Landes a dû premiumiser les systèmes d’impression, initialement conçus dans les années 1970 pour fabriquer des pots de yaourt pour la grande distribution », se souvient Alain Chevassus, alors directeur des ventes. Quand Monoplast lui confie à trente-deux ans, la direction générale de quatre usines Lefébure et Isolants Réunis (LIR) récemment acquises, il finit par robotiser une partie de la production pour challenger le concurrent, l’italien Regiani. « Nous avons augmenté nos prix. À cette période, le prix de revient faisait le prix de vente. Aujourd’hui, c’est le contraire », ajoute Alain Chevassus. Quand LIR devient Techpack dans les années 1990, il prend une participation dans le capital du groupe, à la suite d’une heureuse rencontre avec André Rousselet président de Canal+. « Il a voulu assister à un conseil d’administration que je présidais. Techpack appartenait à Eurocom, filiale comme Canal + de Havas. Ce proche de François Mitterand m’a demandé à la fin de la séance ce qu’il pouvait faire. Je lui ai dit : accéder au capital de la société. C’était chose faite quarante-huit heures après. » Chez Techpack spécialiste mondial de l’emballage de luxe, Alain Chevassus développe des packagings standards, une petite révolution pour le secteur. « Nous avons investi le même jour dans une cinquantaine de moules. C’est le prix de la vision et du risque, déclare-t-il. Cette première solution clé en main représentait néanmoins un tiers du chiffre d’affaires. La marge était trois fois supérieure à celle des spécialités. J’ai rencontré des industriels japonais spécialisés dans la formulation de soins pour créer des packagings avec des pompes limitant l’évaporation des actifs hydratants. Nous avions des accords avec des entreprises de remplissage de cosmétiques. Avec Intercos et ses confrères, nous sortions 40 millions de sticks par an pour le maquillage. »

Anticiper.

« Alain souhaite toujours rencontrer les personnes, bien sentir le débat. Il les écoute, tient compte de leur avis. Il est très attaché aux personnes. Il continue à voir des anciens collaborateurs de Techpack, explique Stanislas Péronnet, COO de Cosfibel qui le connaît depuis vingt-quatre ans. Il sait déléguer et ainsi faire grandir les salariés. Il n’y a pourtant rien de paternaliste dans sa démarche. » Et Natali Spasenic, CFO du groupe, d’expliquer : « Sa capacité à fédérer des hommes autour d’un projet, son charisme et sa détermination m’ont convaincu de vendre mon cabinet d’expert comptable pour rejoindre Cosfibel en 2002. Je ne le regrette pas. J’ai eu l’impression de continuer mon métier. »

« Il sait toujours nous motiver, nous amener vers sa vision. Il est intéressé par les produits. C’est son côté collectionneur, perfectionniste qui parle », confie Céline Pierret, directrice commerciale Cosfibel, à ses côtés depuis fin 2000, année du rachat de l’usine d’étuis en plastique Roskoplast dont elle était salariée, par Alain Chevassus. Cela fait quelques mois qu’il a quitté Techpack cédé à Pechiney. « Alain était trop libre pour une structure comme Pechiney », avance Stanislas Péronnet. En plus de Rokoplast, ce passionné d’Espagne acquiert l’usine d’étuis plastiques Grumbe près de Barcelone, puis Mandalay Design. « Je voyais dans la capacité promotionnelle du merchandising une évolution évidente du packaging », explique Alain Chevassus. Puis en 2003, il se lance dans le trading avec la société Primapack, qui commercialise des emballages primaires de maquillage, produits en Asie. « Les marques réclamaient des conditionnements cost-saving. Nous étions peu d’acteurs à le faire en Chine. J’ai compris que nos concurrents implantés en Europe réagiraient en jouant sur la qualité, la proximité. J’ai vendu Primapack à Topline en 2012. »  L’avenir passe, selon lui, par un changement du métier. « Nos produits devront être des services. Le secteur de l’automobile a connu cette transformation. Nous devons mettre en place une stratégie make & trade qui peut aller, à l’extrême, jusqu’à la prise en charge de la supply chain.Nous devons chercher des partenaires notamment dans le make – la fabrication – qui représente pour l’instant 15% de notre activité. À la fin de l’année 2017, les ratios d’endettement du groupe Cosfibel étaient assainis. Il y a trois voies possibles pour atteindre notre objectif : l’endettement, la fusion ou échange de capital avec un groupe, ou remettre carrément les clés à un industriel. Il faut aussi s’adapter en renouvelant les équipes. » Ainsi mi-décembre Alain Chevassus a réuni les trois filiales (Cosfibel Premium, Shopluxe et Grumbe Casado Porto) sous une seule bannière Cosfibel Group, avec un seul président en la personne d’Alain Chevassus, un comité exécutif, un comité de direction. L’objectif est aussi d’utiliser les synergies des trois divisions en matière commerciale, y compris à l’export. La suite appartient à la capacité d’imagination des acteurs, selon Alain Chevassus qui a fait sienne cette phrase d’Albert Einstein : « L’imagination est plus importante que la connaissance. »

 



 

Son Parcours1968 : chef de ventes pack flexible Prosyn (groupe Lafarge)1972 : direction commerciale Monoplast (famille Caunegre)1976 : direction générale Lefébure Isolants Réunis (LIR)1982 : PDG de Techpack International (le groupe Eurocom cèdera Techpack à Pechiney en 1990)2000 : fondateur PDG de Cosfibel

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