Les jeunes entrepreneuses de la beauté

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Elles ont la trentaine. Elles auraient pu intégrer un groupe international à la fin de leurs études, mais elles ont préféré créer leur affaire de cosmétique. Qui sont ces jeunes entrepreneuses, comment appréhendent-elles le marché de la beauté ?

Au commencement, il y a toujours l’idée. Celle qui semble tellement évidente que personne ne l’a mise en œuvre. Juliette Lévy voulait ainsi réunir des soins pointus, inédits en France, dans sa boutique Oh My Cream ! Judith Lévy et Juliette Couturier aspiraient à une cosmétique utile participant au bien-être de personnes malades. Faciliter la vie des actifs animait Morgane L’Hostis cofondatrice de la plateforme de réservation de services esthétiques à domicile, Popmyday. Pour Isabelle Rabier à la tête du site Jolimoi, l’achat d’un cosmétique ne pouvait se concevoir sans un conseil personnalisé et un essai du produit. Lucile Battail (créatrice de Laboté) rêvait toute petite de formuler des crèmes naturelles, sur-mesure. Pascale Gal et Claire Auzouy cherchaient à réunir le meilleur des huiles végétales et essentielles avec les Huilettes. Virginie Chabran et Delphine Garbois souhaitaient des cosmétiques naturels pour leurs adolescents. Bref, toutes voulaient, à leur manière, faire bouger le monde de la beauté. « Dans un groupe, il faut attendre cinq ans pour atteindre ses idéaux. Autant s’impliquer dans sa propre société. » Isabelle Rabier (Jolimoi) résume bien la quête d’indépendance des jeunes diplômés, mais aussi leur volonté d’avoir une incidence positive sur l’économie que relève une étude HSBC Banque Privée (voir encadré). « En 2009, sur 90 étudiants HEC que nous étions, une trentaine a créé son affaire », ajoute Isabelle Rabier.





 

Engouement pour les start-up.





Est-il plus facile de lancer sa PME aujourd’hui qu’hier ? « Déjà, il n’est pas si compliqué de trouver des produits cosmétiques clés en main », reconnaît Virginie Chabran (Z&MA), « la difficulté est de repérer le laboratoire qui va répondre à votre cahier des charges. » Juliette et Judith en savent quelque chose puisque la formule de leurs cosmétiques Même devait être tolérée par les malades atteintes de cancer. Une fois le partenariat avec le laboratoire conclu, elles ont défendu leur dossier auprès de financiers. « C’est toujours plus facile d’obtenir des fonds quand on peut montrer les produits », justifie Judith Lévy. Business angels, prêts de BPI France, crowdfunding, bourses, concours avec des dotations en milliers d’euros… « Les sources de financement ne manquent pas. Il est assez facile de lever 300 000 € », souligne Morgane L’hostis, cofondatrice de Popmyday, surtout en cette période d’engouement des investisseurs pour les start-up. Même le président de la République française est devenu le VRP des jeunes pousses : « Transformez notre pays, bousculez-le, changez-le (…). Entrepreneurs is the new France », a déclaré Emmanuel Macron, fin juin lors de l’inauguration de Station F à Paris, l’incubateur créé par Xavier Niel. Pour Isabelle Rabier, « c’est tout un écosystème qui se consolide », auquel participent les médias. « Pour une jeune entreprise, la deuxième levée de fonds est toujours la plus délicate car elle va financer la phase de développement de l’affaire. Grâce à un article de Challenge qui nous citait en tant que start-up beauté dans laquelle il était intéressant d’investir, nous avons été contactés par des investisseurs. Cela nous a sauvé », raconte Juliette Lévy, à la tête de dix boutiques Oh My Cream !, affaire dans laquelle le fonds Otium Capital a injecté 6 millions d’euros en 2016. « L’enjeu est de trouver un public rapidement car en face il y a des groupes internationaux », précise Isabelle Rabier (Jolimoi). Même si le digital, la perception des grandes marques par les jeunes consommateurs rebat les cartes, ces entrepreneuses de la beauté gardent les pieds sur terre… avec toutefois la tête dans les nuages. « Je ne connaissais rien à la coiffure et aux grilles tarifaires. Nous avions participé auparavant à un hackathon organisé par l’Oréal Produits Professionnels sur la relation coiffeur-client. Nous avions gagné ce challenge avec le concept de la plateforme Popmyday. L’Oréal avait trouvé l’idée bonne mais était plus réticent sur sa mise en place. Comme mon associé et moi ne connaissions pas très bien ce secteur de la beauté, nous ne nous sommes pas autocensuré. Pour entreprendre, il faut une certaine naïveté. »









Se faire un nomQu’est-ce qui motive les entrepreneurs de 20-30 ans ? Au-delà du désir d’indépendance et de faire au mieux pour leur famille, plus d’un quart fonde leur entreprise pour se faire connaître, selon l’étude mondiale Essence de l’Entrepreneur 2017 HSBC Banque Privée(*). Deuxième motivation pour 23% d’entre eux : influencer et avoir un impact positif sur l’économie notamment créer des emplois (36% des interrogés en France).(*) Enquête auprès de 4 000 entrepreneurs interrogés dans 11 pays dont la France.  Légendes portraits:Isabelle Rabier, 34 ans, fondatrice du site Jolimoi, lance sa marque de cosmétique Dermance en sortant d’HEC : « Toute personne passionnée avec les bons outils peut développer son business beauté. »Morgane L’hostis, 26 ans, cofondatrice de Popmyday, a fait ses débuts dans la Silicon Valley à l’Atelier BNP Paribas puis chez AirBnB : « Le Web permet de lever la barrière de la distribution et de se lancer rapidement. »Judith Lévy et Juliette Couturier, 25 ans chacune, se sont rencontré chez L’Oréal avant de lancer Même : « Nous pourrions procéder prochainement à une levée de fonds pour accroître entre autres la distribution de Même aujourd’hui dans une centaine de pharmacies. »Juliette Lévy, 30 ans, CEO de Oh My Cream ! : « Je pensais que mon concept de marques de niche attirerait des Beauty Addicts. Finalement deux tiers de la clientèle sont des femmes de 30-50 ans qui achetaient avant en parfumeries. »

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