La menthe, la bonne herbe envahissante

Utilisée depuis l’Antiquité, cette herbe semble intemporelle lorsqu’il s’agit d’apporter de la fraîcheur aux parfums. D’autant que sa naturalité bienvenue l’invite un peu plus dans nos sillages et cosmétiques.

A* Men Kryptomint : l’édition limitée 2017 de l’oriental gourmand de Mugler est un bon indice de la cote actuelle rencontrée par la plante aromatique. Ce titre-rébus bien dans l’esprit maison fait aussi allusion à la Kryptonite, un poison imaginaire dans la bande dessinée de Superman. Jacques Huclier (actuellement chez Givaudan New York), est l’heureux « papa » du jus original A*Men en 1996, et de ses descendances, guetté par une véritable communauté de fidèles. « Avec un tel nom, le brief était évidemment de travailler la menthe de façon identifiable, dans la veine naturaliste actuelle de plantes connues et palpables, raconte le parfumeur. De plus, ces séries limitées des A* Men autorisent des écritures plus osées. Même si la menthe était déjà présente en petite quantité dans la plupart des Fougère des années 70 pour souligner la facette aromatique du géranium, par exemple dans Brut (Fabergé) ou Drakkar Noir (Guy Laroche). Mais son dosage doit se faire sur le fil du rasoir, au risque sinon de rappeler le dentifrice ou l’After Eight. Pour éviter l’allusion alimentaire, j’ai notamment baissé la vanille de A*Men. En revanche, son menthol se marie parfaitement avec la facette camphrée du patchouli pour procurer une fraîcheur montante, idéale pour la belle saison. »

D’ailleurs, la nouvelle version Hugo Iced d’Hugo Boss (Coty) utilise le même ressort mentholé pour faire frissonner son accord de thé et d’aromates. Souvenons-nous aussi de Roadster de Cartier (2008) avec son impression de respirer des feuilles vertes froissées à plein nez avant d’évoluer sur un socle boisé. À l’Osmothèque de Versailles, on peut toujours sentir le mythique Green Water de Jacques Fath, l’un des premiers sent-bon modernes incluant une forte dose de menthe en 1946. Celui-ci vient d’être réédité avec une reconstitution au plus proche réalisée par la parfumeuse indépendante Cécile Zarokian. « Green water était une cologne aromatique inédite pour l’époque. Son élégance vient du mariage de l’aromate avec une bonne dose de néroli extra. Jean Kerléo m’a guidée dans cette réécriture. Le renouveau récent des colognes œuvre à la remise en selle des eaux fraîches vintage. Attention toutefois pour la menthe notamment crépue, à l’utiliser avec parcimonie car elle peut vite aboutir à une sensation trop ordinaire. » En clair, l’analogie est facile avec les chewing-gum Hollywood, le dentifrice, voire le bain de bouche Listerine, ou même les désodorisants d’intérieur.

 

De nombreuses applications.

Cette herbe vivace de la famille des lamiacées connaît de très nombreuses variétés, la parfumerie en mixe elle-même plusieurs. Si les pourcentages varient selon chacune d’elle, deux des composés olfactifs communs  recherchés sont le menthol et la mentone.

La menthe poivrée est la plus utilisée car, comme son nom l’indique, elle offre des accents épicés, quand sa fraîcheur froide en fait la parfaite candidate des séries estivales. Sa cousine la menthe crépue, est quant à elle plus ronde et douce. Citons encore la menthe arvensis, qui confère profondeur et densité aux parfums et figure en bonne place dans les catalogues des Robertet et autres Albert Vieille.

Il faut d’ailleurs se garder d’ailleurs d’un jugement de valeur trop hâtif, puisqu’en parfumerie, le bon goût se définit selon chaque culture. Dans les pays anglo-saxons, la menthe est l’étalon or de la propreté. Il suffit d’observer le succès des gels douche du label Original Source. Avec son effet cooling sur la peau extrêmement puissant, le Mint & Tea Tree est un best-seller des salles de bains britanniques. L’américain Aveda (groupe Lauder) surfe aussi sur cet esprit glaçon et lance une Cooling Oil, dont l’huile essentielle de menthe apaise les courbatures sur le champ.

« En cosmétique, cette plante cumule les propriétés, reconnaît Lionel De Benetti, conseiller scientifique de la marque Kiehl’s. Son menthol stimule les récepteurs du froid des cellules sous-cutanées, d’où cet effet saisissant si apprécié. Ajoutez à cela une action sur la circulation sanguine qui en fait un ingrédient anti-cellulite précieux. La menthe a aussi des propriétés anti-septique et cicatrisante idéales pour les produits de rasage et soins masculins.Toute la gamme grooming de Kiehl’s en contient, appréciée pour son odeur caractéristique et la « claque de froid » qu’elle procure. » L’essor actuel des soins pour barbe prédit donc un avenir serein à la petite herbe aromatique. Mais celle-ci pousse aussi dans les formules des soins solaires, toujours pour son effet rafraîchissant. Dernier exemple, avec la gamme Sun Sport de Lancaster, dont le menthol abaisserait la température cutanée de dix degrés. C’est sûr, dans la quête actuelle de textures à sensations, la menthe est une bonne candidate.

L’approvisionnement, une question crucialeLes besoins en parfums et cosmétiques ne sont que la partie émergée de l’iceberg composé aussi de l’énorme marché des toiletries, produits d’entretien et arômes et surtout de l’hygiène dentaire. Firmenich a réalisé en juillet 2016 une joint-venture avec les laboratoires d’Essex, producteur de menthe de Portland dans l’État de Washington, et développe de nouvelles qualités. Givaudan a, quant à lui, un partenaire marocain exclusif exploitant la menthe crépue, notamment pour ses arômes et produits d’hygiène bucco-dentaire. Cette variété appelée nanah est recueillie avant sa floraison pour réaliser le thé à la menthe. Après sa floraison, ses feuilles ne conviennent plus pour la boisson et sont alors distillées en huile essentielle. Son odeur est plus complexe que la menthe crépue traditionnelle avec des facettes aromatiques type armoise et des inflexions gourmandes.

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