Étanche et compatible : le double défi

©Albéa

Avec des formules de maquillage toujours plus liquides, formulateurs et fournisseurs d’emballages travaillent ensemble pour trouver la meilleure combinaison contenant et contenu.

Aussi beau et séduisant soit-il, un emballage a une fonction première inchangée, celle de protéger la formule qu’il contient. De tout temps, les fournisseurs d’emballages ne cessent d’innover sur un enjeu-clé de la réussite d’un packaging et, par ricochet, du succès d’un produit : celui de l’étanchéité. « C’est un sujet qui réclame beaucoup d’ingéniosité technique et de plus en plus sensible dans la mesure où les formules sont de plus en plus liquides et ont donc besoin d’une étanchéité renforcée », énonce Laurent Fontaine, directeur des ventes d’Axilone, qui produit capots, boîtiers de maquillage et rouges à lèvres. Cette évolution des textures dans le maquillage répond à une tendance de fond et à une envie des consommateurs : celle d’une plus grande sensorialité, mais aussi de produits longue tenue réellement efficaces. « Cette exigence d’étanchéité est dictée par le fait que les produits de maquillage doivent être waterproof et résistants. Ces propriétés sont particulièrement plébiscitées sur certains marchés tels que les États-Unis, avec des clients qui recherchent beaucoup de couvrance, et l’Asie, en partie à cause du climat chaud et humide », précise Emmanuelle Couval, directrice de la recherche et du développement du formulateur Strand Cosmetics. De manière générale, les consommateurs, toujours plus actifs et nomades, sont à la recherche de produits dits athleisure, précise-t-elle, c’est-à-dire qui puissent survivre à une séance de sport intensive ou même une longue journée de travail. Parallèlement, rappelle Daniel Saclier, responsable du développement et du full service chez Texen, « les réglementations influent directement sur les acteurs de la chimie au travers de leur catalogue d’ingrédients, ce qui amène les fournisseurs de pack à réfléchir différemment à la conception des emballages ».

 

Contrôler l’évaporation.

Pour obtenir un effet frais et une glisse à l’application, mais aussi permettre que le maquillage se fixe et ne bouge pas de la journée, les formulateurs font appel à l’eau et aux silicones volatiles. « Un pack étanche à l’eau peut ne pas l’être face aux silicones et inversement ! », explique Florence Lefeuvre, directrice commerciale, marketing et communication d’Alkos. Car, pour l’eau comme pour les silicones volatiles que l’on retrouve dans des fonds de teint, des mascaras, mais aussi des rouges à lèvres, sa principale qualité est intrinsèquement liée à son plus grand défaut : « Une fois que la matière s’évapore, la réaction va fixer un film qui ne va plus bouger… Or ça ne demande qu’une chose : c’est à s’évaporer ! », décrit-elle. Pour tous, formulateurs et conditionneurs, l’enjeu est donc de trouver un packaging suffisamment étanche pour que l’évaporation n’ait pas lieu prématurément. Techniquement, ce sont en grande partie des joints et des inserts qui sont placés stratégiquement à l’intérieur du conditionnement. L’étanchéité peut aussi être renforcée par le biais d’un surmoulage ou un système airless. Mais le challenge ne s’arrête pas seulement à l’oxydation accélérée de la formule : « L’isododécane, que l’on retrouve dans 80 % des mascaras, a pour effet d’attaquer les parois intérieures du contenant, en créant gonflements ou déformations », précise Daniel Saclier. Un effet secondaire indésirable que l’on retrouve aussi au rayon des rouges à lèvres : « La cupule, qui retient le raisin, doit être absolument compatible avec les silicones contenus dans une formule, au risque de dilater la matière et de faire déchausser le produit », explique Florence Lefeuvre.

 

Incompatibilités.

Pour les fabricants d’emballages, il s’agit alors de trouver une solution qui limite tout risque d’incompatibilité. Albéa a ainsi présenté en mars dernier Maestro. Développé pour les formules très couvrantes et longue tenue, le mécanisme de rouge à lèvres non guidé ne contient pas de polyoxyméthylène (POM), conformément à la réglementation européenne Reach. Exempte de matériau à base de polypropylène (PP), la solution est compatible avec un grand nombre de produits formulés à base d’isododécane ou d’isohexadécane et est proposée avec un emballage étanche. La référence Baystick est quant à elle un mécanisme guidé qui présente, selon le fabricant, la coaxialité la plus faible du marché, c’est-à-dire que les parois de la cupule sont le plus proche possible du raisin, limitant ainsi le contact avec l’air. Alkos, lui, s’est rapproché de RPC pour le développement de crayon jumbo pour les lèvres comme pour les yeux : « Nous avons très récemment relocalisé en France le sourcing pack du mécanisme du chubby. Il a été conçu étanche pour nous permettre de proposer des textures très performantes en termes de sensorialité et de tenue. Cela permet non seulement de réduire significativement l’empreinte carbone, mais aussi les délais de livraison, de huit à dix semaines, dans la chaîne logistique », explique Florence Lefeuvre. Annoncé lors de la dernière édition de Cosmoprof, le lancement sera réalisé à l’occasion du salon Make Up in Paris (22-26 juin au Carrousel du Louvre). La clé est donc une réflexion en amont entre formulateurs et fabricants de packagings pour trouver une solution optimale rapidement : « Le full service nous permet de regarder ce qui se passe d’abord côté formulation et de travailler la compatibilité très en amont. La façon dont on travaille aujourd’hui nos développements, c’est d’analyser la formule le plus en amont possible de façon à délivrer des time to market toujours plus optimisés », résume Daniel Saclier. Mais la solution peut aussi venir d’une grande souplesse des process : « Une différenciation rapide peut être réalisée grâce à l’impression 3D, des moules modulables ou encore de l’impression digitale », décrit Anne-Laure Linage, directrice marketing de la division packaging rigide d’Albéa. La protection de la formule doit être garantie, et vite.

Make Up in ParisLe salon qui se tient du 22 au 23 juin au Carrousel du Louvre, réunit tous les fournisseurs de l’industrie du maquillage, des multinationales de la chimie comme BASF aux grands du pack comme Albéa ou Verescence, mais aussi formulateurs, spécialistes du full service, des pinceaux… Conférences, démonstrations et analyse des tendances complètent une offre qui a fait de ce salon un incontournable.

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