Coty l’audace de la fusion

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Rarement, une fusion aura tant fait bouger les lignes dans l’industrie de la beauté. Pour cette audace, le défi que représente ce New Coty, la rédaction de cosmétiquemag a élu Coty groupe de l’année. Camillo Pane, son CEO, explique ce challenge.

 

Cosmétiquemag : Pourquoi le pari de cette fusion entre Coty et P&G Specialty Beauty ?

Camillo Pane : C’est une opportunité unique qui s’est présentée. Les portefeuilles de Coty et de P&G Specialty Beauty nous sont apparus très complémentaires en termes de catégories, de zones géographiques couvertes, de création de croissance et de synergies possibles. À titre d’exemple, OPI va bénéficier pleinement de l’arrivée de Wella pour se développer dans des milliers de salons de coiffure, aux États-Unis ou en Europe. L’intégration des marques P&G renforce nos positions sur des marchés clés comme la Chine, le Brésil, le Mexique ou encore le Japon. Nous réalisons dorénavant 25% de notre chiffre d’affaires dans les marchés émergents, dans lesquels nous souhaitons accélérer davantage encore notre croissance. C’est avec cette ambition que nous avions conclu l’acquisition d’Hypermarcas au Brésil, qui nous donne accès à des capacités de production et à un réseau de distribution forts dans ce pays, le troisième marché mondial. Nos équipes y réalisent un excellent travail, récompensé par une croissance à deux chiffres.

 

CM : Où en est la fusion ? Cela ne va pas sans choc des cultures…

C.P : Avec cette fusion, le nombre de collaborateurs comme le chiffre d’affaires ont doublé. Dans de nombreux pays, nos équipes étaient sur des sites différents. Aujourd’hui, l’immense majorité est réunie et travaille ensemble. Il y a ensuite l’intégration des systèmes, en cours d’achèvement. Nous avons aussi commencé à insuffler au nouvel ensemble une culture plus agile et plus rapide. Je veux par exemple que nous nous inspirions du fonctionnement des start-up pour rendre la prise de décision plus efficace. Sur le marché du maquillage par exemple, nous pouvons trouver le moyen de réduire encore le délai de développement de nouveaux produits. Enfin, nous estimons à environ 750 millions de dollars le montant des synergies (allant de la production à la distribution) qui seront réalisées d’ici à 2020 avec ce rapprochement. Notre feuille de route est claire et nous la respectons pleinement. La majorité des économies sera réalisée entre 2018 et 2020.

 

CM : Quelle place occupe le groupe Coty aujourd’hui ?

C.P. : Coty est le numéro 3 mondial sur le marché de la beauté avec un chiffre d’affaires d’environ 9 milliards de dollars, réparti de la façon suivante : 32% pour la division Luxury, 48% pour Consumer Beauty et 20% pour Professional Beauty. Nous sommes dorénavant numéro 1 sur les parfums, un solide numéro 2 sur le circuit professionnel salon et numéro 3 en maquillage. Notre portefeuille réunit plus de 77 marques, distribuées dans 180 000 portes à travers plus de 130 pays. Cela suscite un sentiment de fierté, mais aussi une grande responsabilité. 2017 est pour Coty une année charnière, puisque nous sommes en train d’achever l’une des fusions les plus importantes de l’histoire de notre secteur. Nous avons déjà et allons continuer à mettre sur le marché des innovations fortes sur les catégories sur lesquelles nous opérons. Du point de vue des performances, la division professionnelle est dans une dynamique très positive et la division Luxury est en passe de renouer avec la croissance. Nous réalisons aujourd’hui 43% de notre chiffre d’affaires en Europe, 32% en Amérique du Nord et 25% dans les pays émergents, où nous aspirons à renforcer davantage encore notre présence. Cela passera par le développement de nos marques et par une politique de croissance externe.

 

CM :Pourquoi  le choix d’une organisation autour de trois divisions ?

C.P. : Du point de vue des consommateurs, la définition des circuits de distribution n’est plus aussi simple qu’il y a quelques années. Ils achètent dorénavant partout et à tout moment, aussi bien en ligne qu’en physique. Il n’y a plus de fidélité à une seule enseigne ou à un seul circuit. Lorsque vous vous présentez en challenger comme nous le faisons, il est très important de pouvoir parler à tous nos clients, sur les supports et dans les lieux qu’ils fréquentent aux différents moments de la journée. Nous disposons une division luxe pour le parfum et le soin premium (Coty Luxury), une seconde pour la grande distribution (Coty Consumer Beauty) et une troisième dédiée au circuit professionnel (Coty Professional Beauty). Cette structure en trois divisions autonomes permet de répondre aux défis inhérents à chaque circuit et in fine aux besoins des consommateurs.

 

CM : Et pourquoi pas en pharmacie?

C.P. : Je connais bien le secteur. J’ai passé vingt ans de ma carrière chez Reckitt Benckiser et j’ai vu comment l’offre en pharmacies s’était transformée. C’est un circuit très attractif, mais dans lequel nous ne sommes pas présents pour le moment.

 

CM : Quelle est votre stratégie en matière de digital ?

C.P. : Nous avons au sein de Coty les équipes Beamly, qui est notre agence digitale interne. Dans un environnement en mutation permanente, cela nous permet d’être à l’avant-garde de l’innovation. Nous adaptons aussi notre approche, en intégrant davantage les données analytiques pour suivre en continu les tendances dans les différentes régions du monde, pour savoir de quoi parlent les consommateurs en ligne, comment ils se comportent, là où ils dépensent, etc. C’est une opportunité immense et je suis confiant sur notre capacité à gagner également dans ce domaine.

 

CM : La fusion à peine digérée, vous poursuivez les acquisitions. Quelles sont vos ambitions en croissance externe ?

C.P. : Nous dessinons une vision à long terme pour le groupe. Les acquisitions finalisées (Younique, ghd) ou annoncées récemment (Burberry Beauty) sont tout à fait stratégiques pour Coty. Lorsqu’une opportunité se présente, nous la regardons de près et nous n’hésitons pas. Il n’en reste pas moins que notre priorité reste de soutenir la croissance de nos marques.

Camillo PaneCet Italien diplômé de l’université Bocconi à Milan est arrivé chez Coty en juillet 2015 comme Executive Vice President, category development. Il devient CEO en juillet 2016 au coeur des opérations de la fusion initiée par Bart Becht, chairman du groupe, et finalisée le 3 octobre. Les deux hommes se connaissent bien puisque Camillo Pane a passé vingt ans chez Reckitt Benckiser dont Bart Becht a été le CEO jusqu’en 2011. Trois divisionsCoty Consumer Beauty CA 2016 : 4,4 milliards de dollars avec pour force le maquillage et comme marques principales Rimmel, Max Factor, Bourjois, Cover Girl… et aussi Clairol, Adidas, Koleston, etc.Coty Luxury CA 2016 :3 milliards de dollars avec outre philosophy et Lancaster, essentiellement des parfums : Boss, Gucci, Calvin Klein, Marc Jacobs, Chloé, Miu Miu, Bottega Veneta, Tuiffany & Co… et bientôt Burberry.Coty Professional Beauty CA 2016 : 1,8milliard de dollars avec Wella, Clairol, Sebastian, essentiellement des marques de soin capillaires plus O.P.I, marque de vernis, GHD, une des dernières acquisitions dans l’électro-beauté.

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