Pierre Aulas, accoucheur de parfums

DR

Il n’est pas tout à fait évaluateur ni tout à fait coach ; il a un pied dans le marketing et un autre dans la création pure. Depuis quinze ans, Pierre Aulas a participé à la naissance de quelques-uns des plus grands succès de la parfumerie.

Ni fils de parfumeur ni grassois 

Ce savoyard aurait pu être pianiste, chanteur lyrique (il est baryton basse dans l’ensemble vocal Arcana qu’il a créé il y a trois ans) ou même céramiste (sa passion). Il aurait pu se retrouver chef de produit marketing chez Danone où il a été stagiaire après des études à l’ESC Dijon. Mais il croise le chemin des odeurs et des parfums chez Carrefour comme chef de produit cosmétique (1990) pendant deux ans. Il y rencontre pour la première fois parfumeurs et maisons de composition. Mane le recrute comme commercial en charge du bodycare. Formé pendant six mois à Grasse, il doit développer les parfums des produits de coloration capillaire : « Pas forcément glamour, mais hyper technique… Et puis personne ne voulait s’en occuper ! »  

 

Un commercial à la fibre créative

C’est Daniel Molière, parfumeur chez Mane, qui lui fait remarquer qu’il a très bon nez, que s’il n’a pas le vocabulaire, ses sensations sont excellentes. Pierre Aulas est un commercial avec un nez un peu plus affûté que les autres. Il se voit confier le compte L’Oréal et travaille pour Ushuaia, Mixa ou Elsève. Patrick Firmenich le recrute en 1997 comme responsable grands comptes pour la fine fragrance. « Je n’ai posé qu’une condition : m’occuper de Thierry Mugler dont l’audace et les partis pris olfactifs me fascinaient. » Il participe effectivement au développement de la Cologne Mugler (2001) signée Alberto Morillas, début de sa collaboration avec Véra Strübi, alors présidente de Thierry Mugler Parfums (Clarins Fragrance Group) : « Elle m’a toujours aidé et soutenu, je l’appelle ma fée bleueJe crois que j’aurais pas pu devenir parfumeur, mais je préfère ce rôle d’accompagnateur de la création proche de la maïeutique. »

 

Entre coach et évaluateur

En 2001, encouragé par Véra Strübi, il crée Art of Nose, société de conseil en développement olfactif. Elle sera sa première cliente. Puis d’autres marques suivent : Azzaro, Swarovski, Stella Cadente pour Clarins Fragrance Group, Fendi, L’Occitane, Jil Sander, Chloé ou encore  Balenciaga et Shiseido. Ni parfumeur ni évaluateur (lire p. 62), son métier n’a finalement pas d’équivalent. « Je suis un interprète, un traducteur. Je parle la langue de mes clients (les marques) car je connais leur métier pour l’avoir exercé, leur vocabulaire et leurs attentes. Mais je parle aussi celle des parfumeurs, des matières premières, des accords historiques. » Il assume sa démarche : mettre en compétition plusieurs nez pour proposer le meilleur projet à son commanditaire. « Toutes les soumissions sont senties en blind : j’ignore qui se cache derrière telle ou telle note. Ce qui m’intéresse c’est de trouver le meilleur parfumeur pour chaque projet ! »

Facebook
Twitter