Les candidats au banc d’essai

© Anne-Lise Boutin/Costume3pièces pour CosmétiqueMag

Lutte contre les perturbateurs endocriniens, préservation de la biodiversité ou encore avenir des traités de libre-échange… Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon nous détaillent leurs ambitions pour le secteur des cosmétiques.

Quelle folle campagne ! Alors que le scrutin du premier tour programmé le 23 avril approche, les enjeux économiques s’imposent tout juste dans le débat. Le jeu politicien et médiatique a souvent pris le pas sur les questions de fond : lutte contre le chômage, fiscalité, temps de travail, formation… Jusqu’à présent, cette course à l’Élysée a laissé sur le bas-côté le secteur des cosmétiques qui représente 11,2 milliards d’euros (*) et 55 000 emplois.

Quelles sont les ambitions des candidats pour ce champion de l’exportation? Pour le savoir, cosmétiquemag a interrogé cinq candidats : François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Nous publions les réponses en fonction de quatre thèmes : 1. Les 400 « produits indésirables » dans les cosmétiques repérés par l’UFC-Que Choisir et plus généralement la conception du principe de précaution. 2. Les conséquences de la loi sur la biodiversité et le protocole de Nagoya. 3. L’évolution du libre-échange dans le monde. 4. Le soutien de l’agriculture bio en France, en tant que fournisseur d’ingrédients pour les cosmétiques.

Les « copies » sont arrivées dans le désordre et/ou incomplètes après moultes relances. Lors de la campagne de 2012, les états-majors nous avaient envoyé les derniers mails mi-février ce qui fut loin d’être le cas pour cette édition.

Si Marine Le Pen répondu en personne, d’autres comme Benoît Hamon ont délégué la tâche au service communication. Enfin, l’équipe de François Fillon a retenu le questionnaire plusieurs jours pour prendre en compte les derniers arbitrages. Débordés, les collaborateurs d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon nous ont orientés sur les programmes en ligne.

Et pourquoi pas ? Cette campagne à suspens consacre la force du digital. Les programmes sont détaillés et réactualisés sur les sites : www.marine2017.fr, https://en-marche.fr, www.fillon2017.fr, www.benoithamon2017.fr, www.laec.fr.

Un léger consensus se dessine pour lutter contre les produits nuisibles à la santé et défendre bio et biodiversité. Mais la modialisation divise. Du protectionnisme revendiqué, à l’encadrement du libre-échange, les propositions sont particulièrement contrastées.

 

 

1. En février l’UFC-Que Choisir pointait près de 400 produits cosmétiques contenant un ou plusieurs « ingrédients indésirables » dont des perturbateurs endocriniens. Comment protéger les Français ?

 

François Fillon

 

Les cosmétiques ne sont pas soumis à autorisation préalable avant commercialisation, mais doivent respecter une réglementation européenne. En soutenant la recherche, je souhaite que la France continue de contribuer à ce travail en matière de santé publique pour ce qui doit être interdit le soit effectivement. Quant au principe de précaution, je souhaite le réécrire pour favoriser l’innovation responsable.

 

Benoît Hamon

 

Au nom de la protection de la santé, en application des principes de prévention et de protection, et à partir des recommandations des chercheurs et des autorités sanitaires, je m’engage à retirer les substances chimiques dangereuses notamment les perturbateurs (PE) pour la santé et à les substituer par des substances inoffensives. Il faut : amplifier l’effort de recherche sur les PE et leurs substituts ; mettre en avant la nécessité de la prévention et de la précaution; limiter les actions de lobbying.

 

Marine Le Pen

 

Je suis favorable à ce que le législateur s’empare du sujet et vote une loi interdisant les cosmétiques qui contiennent des produits dangereux et dont le caractère toxique, allergisant ou perturbateur endocrinien est reconnu. Il faut en effet appliquer le principe de précaution et de ne pas laisser à l’Union européenne le soin de déterminer ce qui est dangereux ou non. Le principe de précaution est contraignant, mais permet d’anticiper et d’assurer une protection de l’environnement et de la santé.

 

 
Emmanuel Macron

 

Nous interviendrons au niveau européen pour revoir les méthodes d’évaluation des produits.  Nous rendrons plus transparente la rémunération des experts. L’État interdira les perturbateurs endocriniens repérés comme ayant des impacts sanitaires avérés ou probables, dès lors qu’il existe des solutions scientifiquement reconnues comme moins toxiques.

             

Jean-Luc Mélenchon

 

N’a pas souhaité répondre à cette question.

 

 

2. La loi sur la biodiversité interdira en janvier 2018 les micro-billes dans les cosmétiques et en 2020 les coton-tiges en plastique… Faut-il aller plus loin dans le respect du protocole de Nagoya, notamment sur le partage des connaissances en génétique ?

 

François Fillon

 

La loi biodiversité a surtout ratifié le protocole de Nagoya qui prévoit un régime d’accès aux ressources génétiques et de partage des avantages découlant de leur utilisation. Cela touche notamment les bioprospections opérées par les industries cosmétiques. 60 pays ont ratifié ce protocole et 91 l’ont signé. Les États- Unis sont restés simples observateurs et leurs entreprises ne sont donc pas contraintes par cet accord. La question du partage des connaissances en génétique est importante dans un monde dominé par l’économie de la connaissance.

 

Benoît Hamon

 

N’a pas souhaité répondre à ce sujet.

 

Marine Le Pen

 

Le protocole de Nagoya a posé deux principes essentiels. D’une part, il sécurise l’accès des entreprises et des centres de recherche aux ressources génétiques afin d’encourager la recherche. D’autres part, il conditionne cet accès au consentement des pays fournisseurs. C’est un accord équilibré, qui permettra d’endiguer la biopiraterie et le pillage des ressources de certains pays, notamment les moins armés dans la compétition mondiale. La France est gagnante puisqu’elle sécurise de cette manière ses accès aux matières premières.

 

Emmanuel Macron

 

Nous défendrons la biodiversité au plan mondial. La France a une responsabilité particulière. Nous mobiliserons les chefs d’État et les entreprises, afin de créer une dynamique et une prise de conscience de même ampleur que celle engagée sur la question climatique, grâce à une conférence mondiale.  

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon

 

La biodiversité recule sous les coups du changement climatique et des pollutions. Nous proposons de refuser la brevetabilité du vivant à tous les niveaux, et de lutter contre la biopiraterie.

 

 

3. TAFTA, CETA… Quelle est votre position sur les traités de libre-échange ?

 

François Fillon

 

Le protectionnisme n’a jamais pour moi représenté une solution. Concernant les traités, il faut sortir de la naïveté et veiller à un équilibre réel des accords régissant les échanges commerciaux. Au sujet du TAFTA, tant que les États-Unis appliquent la législation américaine aux entreprises européennes, il n’y a aucune raison de le ratifier.

 

Benoît Hamon

 

Le CETA est présenté comme un accord favorisant la croissance et l’emploi, mais

différents points d’achoppement existent. Le manque de transparence des négociations est à regretter. Celles-ci se sont tenues entre 2009 et 2014 sans participation du Parlement européen ou des parlements nationaux. Ce n’est pas acceptable. Le système d’arbitrage investisseur-État peut représenter un danger. Ce mécanisme permet aux entreprises de poursuivre devant des tribunaux privés les gouvernements sur toute nouvelle loi ou réglementation qui pourrait affecter leurs bénéfices.

 

Marine Le Pen

 

Les traités de libre-échange, tels que le TAFTA et le CETA, mais aussi les traités en négociation avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie ne doivent pas être ratifiés et les négociations stoppées. Ces traités sont mauvais pour notre économie, mauvais pour les Français. Ils encouragent la mondialisation sauvage, cassent les solidarités et affaiblissent notre modèle social et nos entreprises. Je défends le protectionnisme intelligent, le retour d’une monnaie nationale et le rétablissement d’un État-stratège.

 

Emmanuel Macron

 

Nous défendrons le renforcement des instruments anti-dumping, qui doivent être plus dissuasifs et plus réactifs. Nous proposons de mettre en place au niveau européen un instrument de contrôle des investissements étrangers en Europe pour préserver les secteurs stratégiques. Nous proposons de créer un procureur commercial européen, pour vérifier le respect des engagements pris par nos partenaires et sanctionner leur violation.

 

 

Jean-Luc Mélenchon

 

La mondialisation est d’abord la globalisation de l’argent et le déménagement du monde pour le seul profit des multinationales. Nous proposons de sortir de l’organisation mondiale du commerce (OMC) et renforcer la Cnuced (***) comme organe légitime. Nous refuser les traités de libre-échange : TAFTA et CETA.

 

 

4. Comment stimuler la production agricole bio en France ?

 

François Fillon

 

Les aides à la reconversion permettent de concilier équilibre économique des exploitations et respect du cahier des charges de l’agriculture biologique. La formation est aussi un levier du développement d’une agriculture compétitive qui réponde aux enjeux de la protection de notre planète. Les réductions de charges et la politique de compétitivité que je propose bénéficieront aussi aux agriculteurs bio.

 

Benoît Hamon

 

Il faut accompagner les agriculteurs qui souhaitent se convertir dans l’agriculture biologique. Les aides européennes et nationales au bio s’élèvent à 160M€ en 2015. Ce n’est pas suffisant. Dans certaines régions agricoles (Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Compté ou Occitanie), les enveloppes 2015-2020 ont été consommées à la fin 2016.

Une réorientation de la politique agricole commune est nécessaire.

 

Marine Le Pen

 

Il est nécessaire de stimuler la production agricole bio en France. Je défends donc une politique agricole française, qui permettra de donner plus de moyens à nos agriculteurs, qui permettra aussi de les protéger de la concurrence déloyale et les aider à développer la production agricole bio. Elle servira l’industrie des cosmétiques qui pourra utiliser des produits de qualité, ce qui protégera la santé des Français.

 

Emmanuel Macron

 

Nous lancerons un plan de transformation agricole de cinq milliards d’euros sur cinq ans, de 2017 à 2022. Les financements seront réservés à des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement.

 

Jean-Luc Mélenchon

 

Nous proposons de développer l’agriculture biologique, proscrire les pesticides chimiques, instaurer une agriculture diversifiée et écologique.

(*) Source : FEBEA (Fédération des entreprises de la beauté) 2015. (**) Par souci d’équité les candidats sont classés en fonction d’un sondage Cevipof-Ipsos-Le Monde actualisé les 6 et 7 mars 2017. (***) Cnuced : La conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement vise à intégrer les pays en développement dans l’économie mondiale pour favoriser leur essor.

Facebook
Twitter