Anne Dux, femme de méninges

©Jean-Luc Bertini pour CosmétiqueMag

Arrivée à la tête des affaires scientifiques et réglementaires de la Febea au moment où l’univers de la beauté connaissait ses plus gros bouleversements, cette personnalité au caractère affirmé défend les intérêts de l’industrie, comme ceux du consommateur.

Il semble difficile de la prendre au dépourvu tant elle maîtrise son sujet. Ceux qui ont vu Anne Dux dans une conférence, lors de congrès ou en plein ping-pong verbal lors de séances de questions-réponses ont pu le constater. Et, aussi bien ses connaissances académiques que la réflexion qu’elle cache et son sens de l’écoute impressionnent, aux dires de ses collaborateurs. Des qualités qui font mouche à son poste de directrice des affaires scientifiques et réglementaires de la Fédération des Entreprises de la Beauté (Febea). Anne Dux n’y est pas juste une grande dame de la réglementation bardée de diplômes. « Elle est étonnante et détonante, mais surtout elle a une vision stratégique des sujets, un atout essentiel pour une fédération », décrit Patrick O’Quin, président de la Febea. D’autant que celle-ci n’hésite pas à monter au front.

Lorsqu’elle décroche ce poste en 2008, l’industrie démarre son grand virage réglementaire : on est au début de Reach et à cinq ans de la mise en application du nouveau Règlement européen 1223/2009. « Je suis arrivée à la Febea avec l’envie de faire bouger cette direction, confie Anne Dux. J’étais déjà convaincue qu’une fédération doit être au service de ses adhérents, pour diffuser de l’information et un conseil de qualité ». Un pari tenu en des temps troublés et José Ginestar, directeur de la recherche de Sisley dit d’elle « qu’elle fait preuve de clairvoyance, de méthode et qu’elle réagit rapidement en période de crise ».

Répondre vite et anticiper : le service semble à son image, innovant, rapide et efficace. « Je suis fière de notre transparence et de notre excellente réputation liée à la réactivité et à nos services », assure-t-elle. La rapidité semble être le maître-mot d’Anne Dux, et peut-être le reproche qui pourrait lui être fait. « Je vais parfois trop vite, j’ai les défauts de mes qualités », dit malicieusement cette golfeuse émérite. Le golf, « ce sport d’intello où on pose sa tête pour jouer », résume-t-elle, y excelle-t-elle aussi ? « Elle est très douée », ajoute en riant José Ginestar qui la côtoie aussi sur les parcours. Anne Dux admet que le tournant réglementaire de l’industrie « a nécessité du travail, on s’est impliqué dans les négociations, mais on y est arrivé », c’est peut-être son côté à la fois « stimulant et rassurant », décrit par Patrick O’Quin, qui a été bénéfique.

 

La santé avant la beauté.

Pourtant, Anne Dux n’est pas tombée depuis si longtemps dans la marmite de la cosmétique. Seulement en 2004, alors qu’elle est chef de bureau de la santé et de l’action sociale à la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Jusque là, l’essentiel de sa carrière s’est fait dans les domaines de la santé et du médicament, avec un passage par la case politique. Un parcours étonnant et en tout cas atypique. Très brillante, Anne Dux démarre des études de médecine, tout en entrant à l’Ecole Normale Supérieure dont elle sort major. Si l’hôpital l’a longtemps fait rêver, elle commence à avoir des doutes lors de son internat à Grenoble. « L’un des chefs de services avait un don pour bien cerner les gens, se souvient-elle. Il m’a rapidement dit que je serais mieux dans l’industrie pharmaceutique. » L’avenir lui donnera raison quand, trois enfants plus tard, cette spécialiste en immunologie quitte l’hôpital pour rejoindre Rhône-Poulenc en 1987, où elle s’occupe notamment de gammes importantes comme la Josacine, des anti-infectieux et des anti-sida. L’hôpital, la recherche, le secteur privé ou public : ce début de parcours lui donne une vision d’ensemble d’une « industrie qui ne va pas très bien et dont l’économie est un sujet important pour l’avenir », précise-t-elle. Après un diplôme de droit de la santé, Anne Dux intègre la DGCCRF pour s’occuper d’un champ nouveau, celui du droit du consommateur de la santé. Affichage chez le médecin, questions de sécurité, de concurrence… « C’était une période intéressante, mais au bout de cinq ans j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de la question », raconte cette femme de challenge qui reconnaît « aimer le changement et avoir besoin de stimulation intellectuelle ».

C’est sous les ors de la République qu’elle poursuit sa carrière. Militante socialiste, Anne Dux rejoint le cabinet ministériel de Bernard Kouchner à la Santé en 1997, pour s’occuper là encore du droit des malades puis en prendre la direction. Après son départ, elle devient conseillère chargée de la santé de Martine Aubry. Mais celle que l’on imagine difficilement impressionnable a particulièrement été marquée par ses trois années passées au Ministère des affaires étrangères, comme chargée de mission auprès de Charles Josselin, ministre délégué chargé de la Coopération et de la Francophonie. « Le Quai d’Orsay est un endroit mythique, raconte-t-elle. J’étais en charge de la question du sida et cette période passionnante a malheureusement été écourtée par la défaite de Jospin en 2002. »

Retour à Bercy et à la DGCCRF pour Anne Dux, à la tête d’une équipe chargée d’organiser et diriger la surveillance économique du marché de la santé. « En 2004, la DGCCRF ajoute les cosmétiques à mon champ d’action, raconte Anne Dux. Il était pour moi légitime de les mettre avec les produits et services de santé. » Après les univers très sérieux de la santé et du médicament, le monde de la beauté pourrait lui paraître futile… « Je n’ai jamais considéré les cosmétiques comme des produits de seconde zone », affirme-t-elle. Quant à la comparaison avec l’industrie pharmaceutique, elle est plutôt favorable à la beauté. « C’est une industrie qui sait s’adapter au changement, qui anticipe les choses, explique-elle. La vraie différence sont les clients, qui sont en réalité les médecins pour la pharmacie. Le comportement est différent et la cosmétique est plus saine de ce côté-là. » Alors qu’elle vient de fêter ses soixante ans, envisagera-t-elle bientôt un nouveau challenge ? Femme de convictions, elle avance dans sa carrière avec confiance. « Dans ma vie professionnelle je n’ai jamais eu le sentiment de ne pas être à ma place », assure-t-elle. Son brillant parcours donne raison à celle qui n’a pas hésité à « péleriner » plusieurs mois au Japon.

Les dates clés1982 : internat à l’hôpital de Grenoble.1987 : chef de projet international chez Rhône-Poulenc.1993 : chef du secteur contrôle de la prescription libérale et hospitalière à la DGCCRF.1997 : cabinets ministériels.2002 : chef du bureau de la santé et de l’action sociale à la DGCCRF.2008 : devient directrice des affaires scientifiques et réglementaires à la Febea.

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