Le Brésil côté face

Jusqu’alors préoccupées par les produits pour le corps, les Brésiliennes commencent à intégrer le soin du visage à leur routine beauté. Dynamisée par les dermatologues, la catégorie présente de belles perspectives de croissance, avec des produits anti-âge et anti-acné.

Alors que le marché brésilien de la beauté est entré en récession l’année dernière, une première en vingt-trois ans, la catégorie des soins du visage tire son épingle du jeu. Selon le dernier rapport du cabinet de conseil Euromonitor, si ses ventes restent encore inférieures à celles des produits pour le corps, elles ont augmenté de près de 5 % par an entre 2010 et 2015. Une montée en puissance qui ne devrait pas s’arrêter là : Euromonitor table sur une hausse annuelle des ventes de près de 3 % par an entre 2015 et 2020 (soit +14,4 % sur la période), alors que dans le même temps celles des soins du corps, après avoir augmenté de 7,2 % par an, devraient chuter de 1,2 % par an jusqu’en 2020.

« Les hydratants pour le corps ont le plus fort taux de pénétration, mais la catégorie des soins du visage, boostée par les traitements de l’acné et anti-âge (les produits les plus recherchés par les Brésiliennes) est en passe de devenir la plus dynamique », souligne Guilherme Machado, analyste de recherche d’Euromonitor. Un dynamisme porté en premier lieu par l’étroite relation des consommatrices aisées avec leurs dermatologues. « Les Brésiliennes confient leur soin de la peau à des professionnels. Mais elles ne demandent pas l’avis de leur pharmacien comme en France : elles vont consulter leur dermatologue, au moins une fois par an et parfois tous les six mois, pour un nettoyage de la peau. Le prix de la consultation peut être assez accessible, aux alentours de 40 €. Une large partie de la population a donc pris cette habitude », affirme Isabel Dezon, consultante brésilienne du bureau de conseil Peclers Paris.

Si les dermatologues prescrivent en premier lieu des produits composés sur-mesure, ils commencent aussi à orienter leurs patientes vers la dermocosmétique. Selon une étude de la Société Brésilienne de Dermatologie publiée cette année, 70 % des ventes de dermo se font ainsi sur recommandation médicale. Signe de l’essor du secteur, le premier kiosque Dermacenter du Brésil dédié aux marques La Roche-Posay, Vichy et SkinCeuticals a été inauguré en novembre 2015 par L’Oréal, dans le très chic Morumbi Shopping Center, à São Paulo.

Une peau mate et nette.

Autre canal de distribution particulièrement dynamique au Brésil : la vente directe, qui renforce la vitalité du secteur. Référence en la matière, l’incontournable Natura, prisée par toutes les couches de la population, a renouvelé sa gamme de soins Chronos en juin dernier (vendue de 16€ le tonique à 35€ le contour des yeux ant-rides). « Nous avons créé des produits pour chaque catégorie d’âge, mais dès leurs vingt ans, les Brésiliennes cherchent à avoir une peau lisse et jeune, sans marques d’expression. Nos nouvelles crèmes anti-âges connaissent un beau succès, tout comme l’élixir réducteur de rides autour des yeux », explique la responsable marketing de la marque, Fernanda Rol. « Un autre chouchou des Brésiliennes est la lotion tonique, car ici, les femmes veulent une peau mate et nette, sans brillance et sans points noirs, précise Isabel Dezon. « Elles préfèrent donc des produits avec une texture légère et fluide, qui ne soit pas collante. »

Mais contrairement aux soins du corps, la routine beauté des Brésiliennes pour le visage est encore limitée. Selon un rapport de l’Association brésilienne de l’Industrie de l’hygiène personnelle, de la parfumerie et des cosmétiques (ABIHPEC) publié en 2014, 63 % des Brésiliens déclaraient utiliser plus d’un produit de soin pour la peau, mais seulement 12 % disaient suivre les trois étapes de nettoyage, de tonification et d’hydratation du visage. « La présence de conseillers ou d’ambassadrices est donc indispensable », remarque Isabel Dezon. Concurrent de Natura, la brésilienne O Boticário a ajouté à sa ligne cosmétique Make B une gamme complète de soins du visage en juillet dernier. Parmi leurs produits phares figurent Nutridetox-C Noturno, une crème de nuit anti-âge (vendue 20 €), un sérum anti-âge de jour (26 €), un hydratant à la texture « sèche» disponible aussi en version tonique, à 20 €. 

chiffres +14,4 %la progression des soins du visage entre 2015 et 2020, selon les prévisions Euromonitor 70 %la part des ventes de la dermocosmétique réalisées sur recommandation médicale, selon la Société brésilienne de dermatologie

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