Les tensioactifs se polarisent sur le naturel

©Naturex

Presque indispensables aux formules des produits moussants et nettoyants, les surfactants conventionnels sont traqués par les consommateurs, favorisant ainsi l’émergence d’une offre naturelle.

Ils sont identifiables par le sigle en trois lettres qui les désigne : SLS et SLA, pour Sodium lauryl sulfate et Ammonium lauryl sulfate. Ce sont deux des plus emblématiques tensioactifs, aussi appelé agent de surface ou surfactant (anglicisme) ceux que les consommateurs traquent, alors même qu’ils se trouvent dans la composition de nombreux shampooings. Largement employés en cosmétiques ils ne sont plus en odeur de sainteté : ils traînent une réputation d’agents irritants, d’allergènes, ou de mauvaise biodégradabilité. Même s’il existe des produits comme les capillaires low poo qui les suppriment ou en diminuent la teneur, il reste toutefois difficile de se passer de ces agents de surface aux multiples propriétés : détergente, action moussante, dispersante… L’industrie privilégie surtout des solutions alternatives, vertes de préférence. « En cosmétique, le côté chimie verte, la naturalité sont de plus en plus omniprésentes, confirme Caroline Bauer, responsable laboratoire chez SACI-CFPA, spécialisée dans le commerce de matières premières pour l’industrie cosmétique. Depuis quelques années, la demande de tensio-actifs sans oxyde d’éthylène et sans sulfate est grandissante. »

La démarche naturelle est un acte de différenciation et un argument de vente. La marque Briochin est née au début des années 1900 et s’appuie sur une image authentique et naturelle, et a récemment relancé sa ligne nettoyante en personal care. « Nous avons voulu réinjecter de la naturalité dans nos produits », rend compte Sidonie Lamas, chef de produit pour Briochin. Objectif : soigner une image de produits sains avec la gamme Fleur de savon née de cette volonté. « La plupart de nos produits étaient des gels douche, à base d’eau et de sulfates, nous sommes revenus à un produit simple, le savon, tout en souhaitant le retravailler, développe Sidonie Lamas. Nous avons donc voulu enrichir la formule avec un tensioactif naturel : le coco-glucoside. »

 

Une offre diversifiée.

Aujourd’hui, l’offre naturelle permet de répondre à une large partie des utilisations. « En ce qui concerne les tensioactifs anioniques (qui libèrent une charge négative en solution aqueuse, NDLR) sans oxyde d’éthylène et sans sulfate, de nombreuses catégories sont connues et utilisées depuis très longtemps », analyse Caroline Bauer. Ces surfactants possèdent plusieurs types de structures chimiques, notamment des savons, sels de sodium ou de potassium, obtenus par saponification des graisses, comme le coco. Sans oublier les alkyles et les alkyles aminoacides. « Ce sont des tensioactifs ayant une grande affinité avec la peau et les cheveux et ils ont des propriétés détergentes et émulsifiantes », renseigne Caroline Bauer. Il existe également des tensioactifs amphotères (qui contiennent à la fois des groupements acides et basiques) sans oxyde d’éthylène et sans sulfate. « Ils sont surtout détergents, mouillants et moussants, mais aussi émulsionnants, ils ont un pH élevé et leur efficacité diminue en eau dure, liste Caroline Bauer. On compte, par exemple, les bétaïnes, qui contiennent un groupement ammonium quaternaire et un groupement acide carboxylique, ou encore les dérivés de l’imidazoline, moussants et antiseptiques bien tolérés par la peau et les muqueuses, notamment oculaire. »

Du côté des nouveautés, le spécialiste du sourcing naturel Naturex, a lancé en 2015 un extrait de quillaia aux propriétés moussantes. Nommé Sapnov, il provient du soap bark connu également sous le nom de bois de Panama. « Nous voulions proposer une alternative naturelle aux surfactants classiques, explique Stéphanie Puel, directrice de la BU Personal Care du producteur d’ingrédients. Sapnov peut s’utiliser dans les dentifrices, les gels douche, ou encore les lingettes démaquillantes… » L’extrait se substitue facilement à certains surfactants selon l’entreprise. « Lorsqu’on le met en poudre et qu’on le mélange avec de l’eau, il produit une mousse très naturelle aux propriétés purifiantes et adoucissantes », décrit la directrice.

 

Des limites techniques.

Bien que les tensioactifs naturels soient capables d’égaler leurs homologues classiques dans de nombreux des domaines, il reste des facteurs limitants et des désavantages à leur utilisation. « Le coût, la mise en œuvre au laboratoire qui est souvent plus difficile et pour certains les variations de couleurs », résume Caroline Bauer. En effet, la première difficulté, comme souvent lorsqu’il s’agit de naturel, est l’impact couleur sur la formule finale. Naturex recommande par exemple d’utiliser Sapnov comme co-surfactant, jusqu’à 2%. « Au-delà, il peut y avoir un impact au niveau de la couleur, qui est la principale difficulté de formulation de cet extrait », indique Stéphanie Puel. En dessous de ce pourcentage, il peut être formulé comme agent surfactant unique, sans impact couleur, dans les lingettes par exemple. Autre bémol : le prix, généralement bien plus onéreux. Une façon de limiter le coût peut d’ailleurs être d’utiliser les tensioactifs naturels de façon conjointe avec leurs homologues conventionnels au sein des formules. La demande étant exponentielle, il y a fort à parier que les naturels continuent à gagner du terrain.

Des revendications complémentairesPlutôt bien vue des consommateurs, opter pour le naturel d’une façon générale permet souvent d’associer de nouveaux claims marketing à ses produits finis. Ainsi, le surfactant choisi par Briochin, le coco-glucoside, est un dérivé végétal (il est obtenu entre autres à partir d’huile de coco) reconnu pour sa douceur et ses vertus dermatologiques. « Il apporte donc à la peau douceur et nutrition », explique Sidonie Lamas (Briochin). Même ordre d’idées chez Naturex, dont le Sapnov apporte aux formules une activité calmante et purifiante grâce à sa richesse en saponine bioactive et en triterpénoïdes. De plus, celui-ci est produit à travers une filière durable au Chili. « L’extraction, à base d’eau, en fait un ingrédient totalement naturel et biodégradable », précise Stéphanie Puel. Les versions naturelles revendiquent aussi souvent une formule « non toxique », un claim auquel le consommateur est aussi de plus en plus sensible.  

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