Les outsiders américains

Face aux grands magasins, champions du « prestige », à Sephora et Ulta, symboles de la modernité, aux drugstores pas toujours séduisants, à Walmart et autres géants, petites enseignes et boutiques plus confidentielles proposent des alternatives à la consommatrice. Au programme, du bio, des parfums de niche, des marques étrangères.

Niche de luxe

Ce magasin de 63 m² a ouvert ses portes en 2013 dans le quartier branché de Brooklyn. Stamatis Birsimijoglou, l’un des deux propriétaires, insiste sur la rareté de ses parfums, des marques de niche, fabriquées en petite quantité, qu’on trouve difficilement dans les grands magasins de luxe. Son palmarès des fragrances les plus vendues en ce moment comprend Comme des Garçons, Ds and Durga, Apoteker Tepe, Nishane et Parfums Quartana. Dans les soins pour la peau, les meilleurs sont Malin+Goetz, Meow Meow Tweet et Juniper Ridge. Twisted Lily accueille dans ses murs clairs des marques indépendantes, mises au point par des artisans du monde entier… originaires de Portland, d’Istanbul ou de Brooklyn. Les fondateurs de Twisted Lily ont trouvé à côté de chez-eux l’un de leur best-seller, D.S.& Durga. L’atmosphère de la boutique se veut décontractée. On ne pousse pas à la vente comme dans  les grands magasins.

Twisted Lily, 360 Atlantic Avenue, Brooklyn, New York  

 

Le petit empire new-yorkais

L’enseigne sur la 14e rue est une parmi les trente boutiques de ce petit empire. L’aventure Ricky’s, création de Ricky Kenig, a commencé dans Greenwich Village en 1989. Ses clients artistes, designers, esthéticiennes et travestis ont influencé la sélection des produits offerts. Chez Ricky’s, le visiteur sait qu’il trouvera une multitude d’ombres à paupières, faux cils, mascaras, vernis, paillettes, fonds de teints, rouges à lèvres (Violet Voss, L.A Girl, Adore…) et d’accessoires (brosses Morphe, éponges Rickycare…) recherchés par les pros. Il peut dans la foulée choisir une perruque et son déguisement pour Halloween. Ricky’s se veut éclectique et un brin provocateur. Derrière le slogan maison écrit en bleu et rose « looking good, feeling good » se cache une grande liberté. Rouge à ongle noir, tongs et godemiché peuvent se retrouver côte à côte dans le panier de la cliente. 

Ricky’s, 7 East 14th Street , New York 

 

Tout bio californien

La boutique écrin de 63 m² s’est installée dans le quartier bohème de Venice. Et comme on est en Californie, tout doit être bio, ultra-bio. Le nez, derrière Strange Invisible Perfumes, Alexandra Balahoutis, clame haut et fort que sa quarantaine de senteurs est « organique et biodynamique ». Les ingrédients sont récoltés à « l’état sauvage », l’alcool de raisin utilisé a été traité selon l’esprit du cognac, les OGM sont bien sûr bannis tout comme les essences animales qui seraient d’ailleurs difficiles à trouver chez les fournisseurs d’ingrédients.

Strange Invisible Perfumes tient son nom d’une pièce de Shakespeare, Antoine et Cléopâtre. Le magasin, ouvert en 2000, a peu à peu élargi son horizon aux maquillages bios.

Strange Invisible Perfumes, 1138 Abbot Kinney Blvd, Venice (Californie)

 

Les recettes de l’apothicaire

Cette pharmacie à l’ancienne de 360 m² fondée par un immigrant suisse, Peter Merz, joue à fond la nostalgie des années 1800. Les extérieurs sont en bois, les placards ont été taillés dans le chêne et les flacons de verre sont forcément vieux. Au tout début, la clientèle était essentiellement composée d’immigrants européens, explique le patron Anthony Qaiyum. Pour préserver cette ouverture vers l’extérieur, le président importe près de 1 300 marques du monde entier. Ses placards regorgent de gammes difficiles à trouver. Merz vend Klorane, Bioderma, Avène, ou encore les baumes nettoyants de Diptyque. Les allemands Dr Hauschka, Anne Marie Börlind, Nivea et Weleda sont aussi très demandés. Pharmacie à l’ancienne, mais patron moderne, le propriétaire a très bien compris le potentiel d’Internet. Merz possède son propre site smallflower.com et avec Amazon livre sept jours sur sept et dans les deux heures ses clients de Chicago où il a par ailleurs un autre magasin downtown.

Merz Apothecary, 4716 N Lincoln Avenue, Chicago

 

Senteurs sur mesure

« C’est un timbre poste » plaisante Tedd Neenan, le propriétaire d’Aroma Workshop. Sa petite boutique de 36 m² est en fait un bar de senteurs qui permet aux visiteurs de créer leur propre parfum. Les clients, qui le plus souvent ont pris rendez-vous pendant le week-end, s’assoient au bar pour commencer la dégustation olfactive. Le vendeur dispose de 80 huiles essentielles rangées en quatre catégories : fraîcheur hespéridée, fruits, fleurs, bois-épices. Le visiteur sent les échantillons, sélectionne trois ou quatre huiles puis compare les cinq mélanges différents réalisés par le vendeur à partir de ces préférences. Le client retient finalement son parfum préféré. Il attend 40 minutes et on lui présente son flacon de 60 ml pour 60 dollars. Le flacon porte le nom choisi par le client et Aroma Workshop garde en réserve sa composition. Pour que l’expérience soit plus drôle, Tedd Neenan propose des séances mari et femme, mère et fille…

Aroma Workshop, 2050 N Halsted Street, Chicago

 

L’amie anglaise

Cet outsider est britannique et telle l’amie anglaise qui prolonge à l’infini son séjour en Amérique du Nord, l’enseigne créée en 1993 par Nicky Kinnaird en Angleterre s’est solidement installée sur le sol de l’Oncle Sam. Elle y possède aujourd’hui 26 magasins sur la côte Est et la côte Ouest, sans parler des 18 antennes Space NK à l’intérieur des grands magasins Bloomingdale’s et de la récente percée chez Nordstrom. Depuis la fin de l’année dernière, le drapeau britannique flotte dans quatre Nordstrom au Canada, au Texas et en Californie. Les boutiques Space NK, au sol en parquet clair et aux murs blancs proposent à leur clientèle plus de 100 marques différentes difficiles à trouver aux États-Unis.

Space NK, 2000 Fillmore Street, San Francisco

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