La beauté, nouveau jackpot des fonds

©Emmanuel Romeuf/Illustrissimo

Nombre de fonds d’investissement se convertissent au secteur de la beauté. Cette course est alimentée par un contexte financier favorable.

Ils sont partout. Les fonds d’investissement craquent pour le secteur de la beauté. Et les dernières opérations de fusion-acquisition devraient leur donner des ailes. Estée Lauder a racheté Too Faced. Le groupe a déboursé 1,45 milliard de dollars (1,36 milliard d’euros) pour mettre la main sur la marque de maquillage fondée en 1998 et ses 270 millions de dollars de chiffre d’affaires. L’opération assure au fonds General Atlantic, qui détenait la marque depuis un an seulement, une très jolie plus-value. À la barbe d’Estée Lauder, il avait alors consacré 500 millions de dollars pour racheter cette pépite connue pour ses palettes de maquillage. Cette plus-value pourrait bien faire saliver tous les fonds d’investissement de la place. Ils sont de plus en plus nombreux à s’intéresser au secteur de la beauté et à leurs acteurs, petits ou grands.

 

Des fonds aux profils disparates

Outre-Atlantique, certains fonds se sont spécialisés dans le secteur. Parmi eux figure Manzanita Capital. Ce fonds créé en 2001 par William S. Fisher, héritier de Doris et Donald Fisher, fondateurs de l’enseigne de mode Gap. Au gré d’acquisitions successives, il s’est constitué un joli portefeuille : il détient notamment Diptyque, spécialiste des senteurs, Space NK, site de vente en ligne de soins, et Malin+Goetz, marque connue pour ses ingrédients naturels. D’autres fonds étoffent leur portefeuille d’actifs avec des start-up qui profitent du Web pour bousculer les vétérans de l’industrie des cosmétiques. Birchbox a ainsi encore les faveurs de ses actionnaires de la première heure. Bien que déficitaire, l’entreprise fondée en 2010 pour vendre des abonnements à des produits de beauté acheminés dans des boîtes a levé 15 millions d’euros en août 2016. Cet argent frais a été obtenu auprès de First Round Capital, Accel Partners et Viking Global Investors, trois fonds présents dans les technologies, les logiciels ou les réseaux sociaux. Deux ans plus tard, peu avant l’ouverture d’une boutique à New York, Birchbox avait obtenu 60 millions de dollars. L’opération – troisième tour de table depuis sa création par Katia Beauchamp et Halye Barna – valorisait alors cette start-up à 485 millions de dollars. Au Royaume-Uni, feelunique.com a aussi un partenaire fidèle et patient. Au printemps 2016, le site de vente en ligne de produits cosmétiques de marques sélectives, fondé en 2005, a levé 25 millions d’euros. Bien que déficitaire, il a séduit à nouveau son actionnaire principal depuis 2015. À savoir le fonds paneuropéen Palamon, qui investit aussi dans le luxe, les logiciels ou l’hôtellerie.

En France, d’autres jeunes pousses de la beauté ont séduit des fonds d’amorçage. Energie Fruit a obtenu « plusieurs millions d’euros » auprès d’un pool d’investisseurs, dont Amundi, fond de capital-risque du Crédit Agricole spécialisé dans les sociétés non-cotées, et Turenne Capital. La PME, fabricant de gel-douches et de shampooings fun, abordables et respectueux de l’environnement, a tapé dans l’œil d’Amundi. « L’équipe dirigeante nous a séduit », explique Stanislas Cuny, responsable du private-equity chez Amundi, en faisant allusion à la personnalité hors-normes de Carole-Ann Lovera et Sophie Blin, ses fondatrices. Plus récemment, Oh my cream !, l’enseigne de produits de soin, a aussi séduit un fonds, Otium Capital. L’enseigne, spécialiste des soins de niche et des marques bio, naturelles et alternatives, a obtenu pas moins de 6 millions d’euros de l’entrepreneur − fondateur de Smartbox et ex-actionnaire de lafourchette.com (revendu à TripAdvisor). Popmyday a quant à elle fait craquer Yannick Pons, fondateur du groupe W3 (Vivastreet, EasyRoommate). L’entrepreneur a été convaincu par cette place de marché qui met en relation clients et prestataires de soins à domicile (coiffeurs, manucuristes, masseurs, etc.). « Et par leurs fondateurs, Morgane L’hostis et Charles Bérenguer », ajoute Yannick Pons. Sa société W3 lui a accordé 1,5 million d’euros pour accélérer son développement. Au passage, elle ouvre grand les portes de ses services, relation-client, marketing et autres programmateurs pour mieux charpenter son activité et mieux se faire connaître.  NextStage est venu, lui, accompagner Adopt, l’enseigne de produits cosmétiques, de coiffure et de soins, lors de son rachat par Olivier Raulin, Jean-Hugues Loyez et Daniel Vercamer. Le fonds parisien en détient désormais 52%. « C’était indispensable pour financer le plan de développement », explique Olivier Raulin.

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