LES ACTEURS/SAGA : jean-Paul Fèvre, Plant Advanced Technologies

Devenir un acteur majeur des biotechnologies est l’objectif du PDG de cette start-up née en 2005. Entre levées de fonds et acquisitions, l’entreprise avance vite.

Des plantes à traire ? Une idée pas si saugrenue qui a tapé dans l’œil de Jean-Paul Fèvre en 2004. « Je viens d’une famille d’entrepreneurs et j’ai toujours eu dans l’idée de monter ma société », explique-t-il. Après une carrière consacrée à l’amélioration des semences de maïs, c’est une technologie d’extraction végétale, un brevet conjoint de l’Inra et de l’Université de Nancy, qui retient son attention. L’idée est de stimuler et d’extraire des molécules ciblées d’une plante cultivée en aéroponie, sans l’endommager. Quelques milliers de mètres carrés de serre remplacent plusieurs hectares de champs, et le procédé sous contrôle permet d’obtenir des composés phytochimiques inédits. Jean-Paul Fèvre s’associe aux créateurs, les professeurs Frédéric Bourgaud et Éric Gontier, pour lancer Plant Advanced Technologies en 2005, plus souvent appelé par son acronyme PAT (clin d’œil pour « plantes à traire »). « Nous avons été lauréat du Concours national d’aide à la création d’entreprises, ce qui nous a permis de nous lancer et embaucher nos premiers ingénieurs », raconte Jean-Paul Fèvre.

Après cinq ans de développement et un premier pilote industriel en 2011, tout s’est accéléré. Un développement rendu possible grâce à l’entrée sur le marché libre d’Euronext Paris, d’une première levée de fonds de 450 000 euros en 2009 et d’une seconde de 1,5 million d’euros  en 2010. « Cela a permis de changer le regard des investisseurs », remarque Jean-Paul Fèvre. Ce dernier a d’ailleurs piloté une dernière levée de fonds de 7,3 millons d’euros en 2015, lors de son introduction en bourse sur Alternext d’Euronext Paris.

Cette stratégie a permis à la société de se développer (chiffres d’affaires 2015 : 1 M€), à mesure où sa notoriété grandissait. « La technologie a suscité l’intérêt de grands groupes cosmétiques, expose Jean-Paul Fèvre. En 2012 nous avons signé un partenariat avec Chanel et avons développé avec eux une superbe molécule, la 3.5.DA, dans la gamme le Lift ». Si la technologie peut être appliquée dans d’autres secteurs, comme la pharmacie, « la cosmétique a été plus réactive », souligne le PDG. À la suite de la maison au double C, d’autres accords sont noués, comme avec les laboratoires Expanscience pour la création d’un actif baptisé Neurovity, ou plus récemment avec BASF. Mais PAT n’a pas voction à être seulement un façonnier. « Nous avons lancé cette année deux ingrédients en propre et avons l’ambition de d’enrichir notre catalogue, assure Jean-Paul Fèvre. C’est une façon de développer notre chiffre d’affaires et proposer des solutions à un panel plus large de clients. »

PAT a aussi fait l’actualité cette année avec la création d’une nouvelle entité et le rachat de deux entreprises. Fin 2015, la société annonce la création de Pat Zerbaz à la Réunion avec un partenaire local. « Elle est dédiée à la l’exploration et la recherche de la biodiversité réunionnaise, qui est un véritable atout par sa richesse et sa position », raconte Jean-Paul Fèvre. Cette année a ensuite été marquée par le rachat du laboratoire d’analyses et de tests StratiCELL, puis la prise de participation majoritaire (51%) dans Couleurs de Plantes un spécialiste des colorants végétaux. « Ce sont des opportunités qui se sont présentées, affirme le PDG. Il existe des synergies évidentes avec StratiCELL,dont les méthodes vont permettre de mettre en évidence les actions biologiques de nos molécules et les valoriser, tandis que Couleurs de Plantes est une très belle société dans un secteur où la demande est en progression ». Des complémentarités que Jean-Paul Fèvre compte explorer, « nous sommes en phase de consolidation, mais nous avons de grandes ambitions pour devenir un « key player » des biotechnologies végétales », affirme-t-il. Tout dépendra encore des opportunités que l’entreprise compte bien saisir.

Son parcoursCet ingénieur agricole de soixante-deux ans, spécialiste de l’amélioration du maïs, a passé l’essentiel de sa carrière dans l’univers des semences pour des filiales de Sanofi dans le sud de la France puis au Canada. Il rejoint ensuite Euralis aux États-Unis, dans le milieu des années 1990. Il y dirige les branches américaine et argentine (Pau Seeds et Pau Semillas), tout en occupant la fonction de directeur de la R&D, toujours dans les semences de maïs. Il quitte ses fonctions en 2003, et découvre les travaux des professeurs Frédéric Bourgaud et Éric Gontier, l’année suivante. En juillet 2005 est fondée Plant Advanced Technologies.

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