La coiffeur doit avoir aussi une tête bien faite

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A leur talent artistique et leurs compétences techniques, les patrons de salons de coiffure doivent aujourd’hui s’adjoindre des compétences en gestion, comptabilité, management… pour garantir la réussite et le développement de leur entreprise.

« Aujourd’hui, bien coiffer ne suffit plus pour assurer la réussite de son salon. L’entreprise coiffure est une entreprise comme les autres, avec des règles sociales, économiques », affirme Jean-Marc Joubert, à la tête de 25 établissements sous les enseignes Jean Marc Joubert, Arthur & Axel et Gilles Boldron. Autrement dit le dirigeant de salon ne peut plus miser uniquement sur son talent artistique et ses compétences techniques pour asseoir la pérennité et le développement de son activité. Il doit démontrer des aptitudes en gestion, management, marketing, communication, dans le domaine juridique… Des dimensions certes présentes, mais sans doute insuffisamment approfondies au cours des formations dispensées pour l’obtention du brevet professionnel ou du brevet de maîtrise, s’accordent à dire des professionnels du secteur. « Il y a tout un cheminement à faire entre le métier de coiffeur et celui de dirigeant multisalons », observe Laurent Picouet, fondateur de l’enseigne de franchise Yseal. « Coiffeur est un métier, chef d’entreprise un autre métier, et dirigeant multisalons un troisième métier », renchérit Éric Pfalzgraf, patron de Coiffirst. « Comme chef d’entreprise, on se doit d’être sur tous les fronts », ajoute Christophe-Nicolas Biot, de la maison éponyme, également créateur du Bar des Coloristes. Pour relever le défi que constitue le pilotage d’une société, Laurent Picouet s’est formé pendant un an en multipliant les stages en gestion, dans le domaine juridique et en comptabilité. « J’ai pris une année sabbatique, cela a représenté un sacrifice financier. Mais il est indispensable de savoir lire, comprendre, interpréter un bilan », dit-il. Ces compétences s’acquièrent sur le terrain, à condition de former un binôme avec son expert comptable sans pour autant lui faire une confiance aveugle, estime Yannick Kraemer du groupe du même nom. Il faut « s’impliquer complètement dans la gestion de son affaire, ne jamais subir et savoir anticiper, préconise-t-il. Surtout il ne faut pas aller trop vite », reconnaît-il, parlant d’expérience. Avoir ouvert une quarantaine de salons en très peu de temps a failli lui être fatal au lancement de son groupe. Aussi recommande-t-il d’attendre qu’un salon soit rentable pour en ouvrir un autre.

Au-delà d’une certaine taille, « il faut apprendre à missionner, déléguer tout en encadrant », souligne Éric Pfalzgraf. « Pour les choses que l’on ne sait pas faire, mieux vaut faire appel à des gens extérieurs qui en ont les compétences », conseille Christophe-Nicolas Biot.  Ne serait-ce que pour une question de coût. Hormis les leaders du secteur, peu d’entreprises de coiffure sont, de fait, capables financièrement d’intégrer à la fois des spécialistes du marketing, du digital, de la gestion, des ressources humaines, du développement…

Se développer, s’agrandir signifie aussi prendre du recul par rapport à son métier d’origine. Mais dans quelle proportion ? « Lorsque j’ai ouvert mon quatrième salon, je suis sorti du fauteuil pour basculer à 100 % dans le rôle de chef d’entreprise, raconte Laurent Picouet. On ne peut pas être au four et au moulin. Ce sont deux métiers complètement différents ». Ce choix n’est pas forcément le plus courant dans la profession. Ainsi Yannick Kraemer coiffe-t-il encore une journée par semaine. Par goût, mais aussi parce qu’il « participe à la création de l’image de marque du groupe », explique-t-il. « Il ne faut pas trop s’éloigner de l’aspect artistique afin de pouvoir continuer à parler de façon professionnelle à ses équipes, et pas seulement avec des statistiques et des objectifs », considère pour sa part Christophe-Nicolas Biot. Sans compter que créer des collections et faire partie de l’équipe artistique d’une grande marque de produits capillaires est un bon vecteur de communication et garantit un surcroît de notoriété.

Un BTS dédiéEn 2014 a été créé le BTS métiers de la coiffure. Son objectif : former de futurs chef d’entreprise, responsable de salon, de points de vente, de réseau, de manager, de conseil expert – évaluateur, de conseiller – formateur, de merchandiser, de développeur, de technico-commercial, d’assistant directeur artistique.  Il est aujourd’hui trop tôt pour disposer de données sur le taux d’insertion des diplômés. Ce que l’on sait c’est que pour la première rentrée scolaire 2014-2015, seule une classe de huit élèves avait été ouverte tandis que l’on comptait 53 étudiants dans cinq académies à la rentrée 2015-2016. Délivré en deux ans, la formation est accessible aux titulaires d’un brevet professionnel ou d’un bac scientifique et technique.

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