INFLUENCEURS : stéphane Piquart, chasseur d’essences

©BeHave

Aventurier infatigable, détrousseur de méridiens, Stéphane Piquart est, avec BeHave, « sourceur » de matières premières. Il ambitionne de démontrer qu’on peut encore découvrir de nouveaux ingrédients histoire de donner un supplément d’âme à la parfumerie.

Un aventurier-né

Il est excessivement rare d’inventer son métier. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire ce Nantais, presque par hasard, il y a quinze ans : il est commercial dans une compagnie d’assurance lorsqu’on lui propose de trouver des débouchés en Europe et au États-Unis pour le santal australien (à l’époque, le santal indien dit « de Mysore » traverse une crise grave). Le voilà devenu « sourceur ». Il crée la société BeHave en 2007 et prend la tangente tous les deux mois pour traquer de nouvelles essences comme d’autres cherchent de l’or. Son rêve ? Découvrir des ingrédients qui sauront réenchanter la parfumerie. Il aime se voir comme un « passeur de sens ». « On me paie pour partir à la recherche de matières première nouvelles ou pas encore exploitées de façon équitable, c’est-à-dire cultivées dans le respect de l’environnement et payées au prix juste. »

 

Fort rêveur

Stéphane arpente le globe pour « nourrir » olfactivement Hermès, Chanel, mais aussi les maisons de composition Firmenich, IFF ou Takasago. Ce qui le fait vibrer ? Les matières étranges, brutes, détonantes, décapantes. Il ne craint pas de se perdre dans les jardins de chamanes pour renifler les décoctions où personne n’ose aventurer son nez. Sous le soleil australien, il a découvert presque par hasard le fire tree, un arbre qui résiste au feu de bush et dont les feuilles, au passage des flammes, produisent une résine aux jolies notes litchi et rosées mêlées d’une odeur brûlée. Chez les Himbas de Namibie, il a déniché le bushman candle, résine qui une fois brûlée dégage une odeur d’encens et de benjoin. Ce qu’il a appris, c’est qu’il faut laisser du temps au temps « Je me souviens d’avoir senti au Nicaragua une drôle de fleur : le matin elle ne sentait rien et le soir elle embaumait. Encore fallait avoir la patience de revenir la voir ! ».

 

Un sourceur doublé d’un conteur

Entre BeHave et les marques, il y a toujours une ONG partenaire (Cœur de Forêt en Amazonie, IRDNC en Namibie), implantée localement, qui s’assure de la filière d’approvisionnement sur le long terme et fait en sorte que chaque producteur soit rémunéré correctement. Tout commence par une belle matière… La belle histoire en découle ! Car Stéphane n’est pas un sourceur comme les autres : il ne recueille pas simplement les essences, il collecte aussi des histoires ancestrales. « Nous offrons aux parfumeurs la possibilité de glisser dans leurs formules un supplément d’âme. Ce qui permet au parfum de retrouver de la rareté et aux consommateurs de retrouver le plaisir et l’envie de parfum », ajoute-t-il. Il repart bientôt en Birmanie pour un beau projet : créer le parfum de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix et porte-parole du président birman, dont les royalties seront reversées à sa fondation.

 

Enrichir la palette du parfumeur

Il source aujourd’hui une vingtaine d’ingrédients dans le monde : santal australien, myrrhe namibienne, ambre gris indonésien, ylang-ylang malgache, piri-piri péruvien et karo karoundé, une plante endémique qui pousse en Guinée-Conakry. Il demeure un éternel artisan et œuvre beaucoup pour la parfumerie de niche. « Je suis un parfait interlocuteur pour ces marques, je peux livrer aussi bien 100 g que 10 kilos ». Son dernier périple l’a conduit dans le massif du Makay, au sud-ouest de Madagascar, dernier paradis terrestre. « Une zone inexplorée l faut deux jours et 5 à 6 heures de marche dans l’eau et le sable pour y accéder. » Il y a découvert le canarium, sorte d’élémi, et le masonjoany qu’on appelle le santal malgache. Pour l’heure, il part en famille en Afrique se reposer… un peu. « Mes enfants s’y mettent maintenant, partout où ils vont ils reniflent et me font sentir tout ce qui leur passe sous le nez. Ça n’arrête jamais! », s’amuse-t-il.

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