Tendance ingrédients : le ciste, l’indémodable de la parfumerie

©Matthieu Sartre/Biolandes

Il était déjà prisé des civilisations anciennes, notamment dans les premiers encens. Et pourtant, sa palette étendue et ses nouveaux traitements en font une matière plus que jamais dans la course.

Vintage, le ciste ? Oui lorsque l’on observe sa place de choix dans les compositions fondatrices de la parfumerie moderne, comme Ambre Antique et Chypre de Coty, Jicky de Guerlain ou Habanita de Molinard. Oui encore au regard de sa présence indispensable dans trois familles olfactives : Orientale, Chypre et Cuir. Et non, lorsqu’on le re-découvre au dernier catalogue des matières présentées dans le programme Ethical Sourcing de Givaudan. Là, il ne s’agit plus de l’essence traditionnelle, mais de la distillation d’une concrète de ciste, un traitement haute couture réalisé par Biolandes en exclusivité pour Givaudan. «La combinaison de ces deux procédés aboutit à une nouvelle note qui rentre dans les chyprés modernes, à la fois montante en tête comme l’essence de ciste, mais avec toujours la chaleur ambrée de l’absolu et son incroyable sillage», explique Hervé Fretay, directeur des naturels pour la parfumerie chez Givaudan. 

Ce sillage à l’effet fauve est celui qui exhale du maquis corse ou d’une côte sauvage du sud en été. Car la plante est endémique du pourtour méditerranéen et a tendance à coloniser les espaces vides. Aujourd’hui, la principale région productrice de l’espèce exploitée en parfumerie, -le ciste ladaniferus—, est l’Andévalo, au sud-ouest de Séville, en Andalousie. Même si dans l’entre-deux guerres, le plus gros foyer se situait plus haut, aux alentours de Salamanque, et que les Grassois exploitaient aussi le ciste de l’Estérel. «La production est en légère augmentation depuis plus de dix ans, autant grâce à la demande constante en parfumerie et à la montée des applications en cosmétique et aromathérapie», explique Benoît Lémont, directeur du sourcing chez Biolandes, l’un des acteurs majeurs du secteur.

 

Ciste ou labdanum, il faut choisir

Dans les cosmétiques bio, l’ingrédient aux vertus régénérantes est en effet de plus en plus utilisé pour les soins anti-âge.

Et côté senteurs, la plante génère une palette de produits extraordinairement large. Lorsque les rameaux entiers sont utilisés, distillés en essence ou traités aux solvants pour obtenir concrète puis absolue, on parle de produits du ciste. En opposition avec les produits issus de la gomme qui gardent, eux, l’appellation labdanum. 

Celle-ci est obtenue en faisant bouillir la résine exsudée par les tiges et les feuilles lors des grosses chaleurs ; un travail traditionnellement effectué par les communautés gitanes, mais que beaucoup remplacent par des procédés plus coûteux. «Les ateliers de fabrication en plein air avec la manipulation de sauts d’acide à mains nues sont dangereux, à la fois pour l’environnement comme pour les opérateurs», estime Benoît Lémont. «Alors, nous avons mis au point un procédé automatisé de production de gomme, et à la place, les Gitans ramassent les fagots de ciste».

Parmi l’infinité de produits parfumés, certains dérivés ont fait les belles heures de la parfumerie d’antan, comme la dynamone ou l’hydrocarborésine, d’ailleurs toujours au catalogue.

Avec autant de produits, la fourchette de prix est large, allant de un à dix, avec les produits les plus abordables utilisés en fonctionnel ou en parfum d’ambiance, comme dans les signatures fougère des gel douche masculins mais aussi pour fabriquer les bâtonnets d’agar aux notes d’encens et de oud vendus à bas coût au Moyen Orient. Même si au nez, les nuances sont bien réelles entre les diverses extractions.

«L’huile essentielle de ciste monte en tête et cœur avec des accents terpénique et encens, quand les absolues de ciste comme de labdanum sont très chaleureuses, tenaces, boisées et aussi animales, souligne Marc Antoine Cortichiato, le créateur de Parfums d’Empire. J’utilise beaucoup le ciste, à la fois pour un effet oriental, mais aussi parce qu’il est l’un des rares végétaux à être aussi animal». En ces temps où les extraits animaux sont mal perçus par le consommateur, le ciste a donc un bel avenir devant lui.

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