Les soins sont aussi une question de géographie

©Lumina Images/GettyImages

Les considérations économiques, climatiques et culturelles donnent le « la » en matière d’ingrédients présents dans les soins.

La globalisation n’a pas tout balayé sur son passage. Certes, des tendances se retrouvent d’un bout à l’autre de la planète, des rituels se partagent d’est en ouest, des revendications similaires émergent quels que soient les continents. Malgré tout, des spécificités demeurent en matière de soins. L’Asie reste ainsi toujours très demandeur d’ingrédients ayant un effet blanchissant. Mais pas question d’avoir l’air souffreteux et blafard. « En Corée, au Japon, en Chine et maintenant en Indonésie, cela se traduit par une demande de molécules plus subtiles, souligne Fabrice Lefèvre, directeur marketing et innovation chez Givaudan, qui a dans son catalogue le Brightenyl, un actif qui traite la pigmentation, mais surtout l’éclat du visage. Les consommateurs et les marques réclament des molécules, aussi, si ce n’est plus puissantes que les grandes références du marché que sont la vitamine C, l’arbutine ou l’acide kojique, mais avec un meilleur rendu ». Dans le même temps, constate-t-il, une infime catégorie de la population cherche à se repigmenter la peau. Signe, pour eux, de bonne santé (comme dans certaines régions d’Indonésie) ou de réussite sociale – l’aisance matérielle laissant le temps de pratiquer des activités extérieures, de jouer au golf. « Des agents de self taning sont potentiellement en train d’apparaître sur le marché asiatique », dit-il. Cela demeure toutefois très marginal. Avoir un teint de porcelaine continue à faire partie des canons de la beauté asiatiques. Pourtant Arnita Wofford, directrice marketing EMEA en personal care chez Univar, observe une baisse des ventes des ingrédients blanchissants au profit de la chirurgie esthétique ou des traitements dermatologiques. Les causes de cette évolution : l’exigence de résultats rapides. « Actuellement, on demande partout des produits qui vont marcher plus vite et plus fort, remarque Christophe Paillet. Or il n’est pas facile de répondre à ce genre de demande avec un produit biologiquement actif qui a besoin de temps pour agir sur le métabolisme de la peau. » Le directeur communication d’Exsymol relève, par ailleurs, une forte demande de produits apaisants en Chine depuis un an. La raison ? L’utilisation massive de masques aux formulations chargées, provoquent des irritations de la peau, estime-t-il. À cela s’ajoute l’impact de la pollution. Le blanchiment et l’hydratation restent cependant les principales revendications dans ce pays. Et contrairement au Japon ou à la Corée, l’anti-âge ne s’est pas encore imposé comme un axe fort, note Fabrice Lefèvre. 

 

L’anti-âge, axe fort en Occident.

Cette problématique, par contre, domine en Europe et en Amérique du Nord. « Le point d’entrée chez les clients est la performance de l’ingrédient en terme d’efficacité, de valeur perçue par le consommateur et enfin de storytelling », précise le responsable de Givaudan qui pointe de légères différences de comportement entre la côte est – très proche de ce point de vue  du Vieux Continent – plus sensible au « rationnel scientifique et à l’efficacité » et la côte ouest plus sensible au marketing, au storytelling et à la naturalité. Les revendications en matière d’anti-âge font une percée en Amérique latine, mais les marques et fournisseurs sont confrontés dans cette zone à un problème de pouvoir d’achat. D’où « l’importance de proposer des formules minimalistes et un nombre de formules à base d’huiles minérales pour que cela reste abordable », indique Nathalie Chevrot, chef de marché Business Unit Cosmetic chez Seppic. La préoccupation n°1 sur le continent latino américain concerne des problématiques d’hydratation et d’homogénéité du teint. 

Quoi qu’il en soit, quelle que soit l’aire géographique, « la beauté n’est plus aujourd’hui qu’une question de produit, c’est aussi une question de mode de vie », conclut Arnita Wofford.

Facebook
Twitter