LES ACTEURS/INFLUENCEURS : emmanuel Lulin, l’éthique l’oréalienne

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Directeur de l’éthique du groupe L’Oréal depuis 2007, ce juriste veille au respect de ces bonnes pratiques. Elles touchent toute l’entreprise. Des ressources humaines aux relations avec les fournisseurs, de la recherche à la concurrence…

Délégué du président

Ce juriste formé à Paris et Chicago a commencé sa carrière comme avocat. En 1999, il intègre L’Oréal comme directeur juridique des ressources humaines. En 2007, Jean-Paul Agon, le PDG du groupe, nomme Emmanuel Lulin directeur de l’éthique. Cette création de poste symbolise une politique : en 2000 une première Charte éthique, en 2003 l’adhésion au pacte mondial des Nations Unies, en 2005 un reporting par pays, en 2014 la troisième charte… Avec quelles troupes ce travail est-il réalisé ? «La direction générale de l’Éthique exerce une magistrature d’influence, sans divisions, ni armées. C’est un rôle plus exécutif qu’exécutant», explique Emmanuel Lulin. Mais le comité exécutif s’engage à faire vivre cette charte, et en cas de besoin il peut toujours solliciter Jean-Paul Agon.

 

 

Contre-pouvoir

En janvier dernier recevant le Carol R. Marshall Award for Innovation in Corporate Ethics (l’innovation dans le domaine de l’éthique des entreprises) décerné par l’Ethics and Compliance Initiative (ECI), une première pour une personnalité et une entreprise non américaines, Emmanuel Lulin déclarait que l’éthique pouvait être perçue comme un contre-pouvoir. Et précisait que c’était vrai, mais pas comme un contre-pouvoir dans les mains d’un directeur, mais dans les mains de tous. Et dont les quatre grands principes (intégrité, respect, courage et transparence) touchent toutes les activités de l’entreprise.

 

Avec qui ?

Tous les salariés du groupe dans l’absolu et la Journée mondiale de l’éthique en est le symbole. Une fois par an tous les collaborateurs peuvent interroger sur ce sujet le PDG et/ou les patrons de pays. Mais il faut aussi «respecter l’organisation et ne pas déresponsabiliser les patron(ne)s. Il vaut mieux promouvoir une culture de loyauté plutôt que de lutter contre les conflits d’intérêts, de promouvoir la diversité plutôt que de se limiter à lutter contre les discriminations.» Par ailleurs, Emmanuel Lulin a son réseau de correspondants éthiques : «Ils sont 66, des nationaux dans les pays où nous opérons, venus de tous les secteurs (affaires, RH, finances, recherche …) et choisis en fonction de leur personnalité, de leur capacité d’écoute et de leur courage. Ils perçoivent leur mission comme un honneur exigeant et non comme une sinécure. C’est un rôle exigeant et concret.»



 

Comment ?

«Si, assure Emmanuel Lulin, un bon éthiciste s’intéresse autant à la philosophie qu’au droit, il demeure résolument ancré dans la réalité. Poser des questions est sain, apporter des réponses l’est plus encore. L’éthique arrange et dérange et c’est très bien comme cela. D’ailleurs, il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas l’éthique qui est forte ; celle qui est forte c’est l’organisation qui l’accepte.» Cela signifie aussi aller au-delà du droit, des bonnes manières et anticiper. Ainsi comment traiter des manières non appréhendées comme le transhumanisme ? «Il faut aller au-delà de l’obéissance et être dans une logique d’adhésion à nos principes éthiques. C’est autant une source de fierté qu’un gage de pérennité.» Et pas seulement, car même si l’éthique n’est pas bien appréhendée par la comptabilité, «une entreprise qui a une réelle culture de l’intégrité vaut bien plus que celle dont l’intégrité vacille.»





 


















 

 

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