Plastique plus vert : mission possible

©William Alix/Sipa/Eco-Emballages

Pour des emballages plus respectueux de l’environnement, l’enjeu est de mobiliser tous les acteurs, depuis la conception jusqu’à la consommation.

Sur les linéaires et dans le discours des marques fleurissent des emballages au plastique plus «vert» : a-t-on affaire à une réalité de plus en plus prégnante ou à n discours marketing teinté de greenwashing ? Omniprésent, le matériau issu de la pétrochimie intervient dans la conception de nombreux produits, du casque qui a équipé les astronautes partis sur la Lune en 1969 aux prothèses de chirurgie esthétique. Le marché des cosmétiques en est également un grand consommateur.

Difficile de les répertorier tant les résines sélectionnées sont variées : le choix d’une matière dépendra notamment de sa résistance, de ses propriétés barrière, de son esthétique et de l’usage escompté. «Les polyéthylènes (PE) constituent une famille très utilisée pour les tubes et les flacons. Lorsque la formule exige une protection plus importante, la technique de la coextrusion permet d’augmenter considérablement l’effet barrière. Le polyéthylène téréphtalate (PET) est utilisé pour des flacons contenant des formules riches en huiles, ainsi que pour ses propriétés de haute transparence, qui évoque la pureté. Les capsules et les pompes sont souvent fabriquées en polypropylène (PP), un des plastiques les plus rigides. Les fabricants font de plus en plus appel aux matériaux recyclés, dont les filières sont en plein développement», explique Audrey Schneuwly, responsable développement analytique cosmétique des Laboratoires Expanscience.

Dérivé de combustibles fossiles.

Malgré sa polyvalence et les nombreuses possibilités en termes de conception et de décoration qu’offre le plastique, ce n’est pas le matériau le plus respectueux de l’environnement qui soit. Traditionnellement dérivé de combustibles fossiles tels que le pétrole, le charbon et le gaz naturel, il puise dans des énergies non renouvelables. De plus, l’extraction de ces matières premières ainsi que leur transformation, très énergivores, contribuent à plusieurs problèmes environnementaux tels que le réchauffement climatique. À l’heure actuelle, s’il est impossible de s’en passer, les fournisseurs et les marques disposent toutefois de plusieurs leviers pour, au moins, en diminuer l’utilisation. L’un des premiers, c’est la réduction du poids de l’emballage. Une stratégie intéressante puisqu’un tel choix permet également de réduire les coûts. «La Roche-Posay a choisi de souder la capsule au tube de sa crème Lipikar, ce qui a permis d’alléger le poids de l’ensemble de 40%», explique Aurélie Martzel, directrice de la communication et de la sensibilisation d’Eco-Emballages. Aptar a adopté la même stratégie pour Cha Ling. La nouvelle marque de soins a sélectionné pour ses flacons le modèle EvoClassic, qui allie une grande robustesse à des parois plus minces.

Éco-conception à tous les niveaux.

Produire des emballages en plastique de manière plus raisonnée consiste aussi à simplifier la structure du produit. «Il y a quelques années, cela pouvait être un plus mais aujourd’hui, c’est un impératif exigé par les marques», explique Laurie Maintier, chef de projet sustainability et ecodesign d’Albéa. Proposer des packs mono-matériau, quand cela est possible, est l’une des solutions. L’éco-conception, c’est également revaloriser du plastique qui a déjà eu plusieurs vies. Pour plusieurs références de la gamme Vinosource, comme la Crème sorbet et le Fluide matifiant, Caudalie a fait le choix, en partenariat avec Albéa, d’employer des matériaux dits post-consumer recycled (PCR), soit des matériaux recyclés post-consommation.

Initiative similaire chez Klorane pour le shampooing de la gamme Dattier du Désert, dont l’emballage est composé de 50% de PET recyclé, une solution qui permet de réduire de 13% l’impact des gaz à effet de serre. Le groupe L’Oréal, quant à lui, indique avoir utilisé plus de 4900 tonnes de matériaux recyclés en 2015, dans le cadre de son programme RSE Sharing beauty with all. À l’horizon 2020, le géant des cosmétiques veut améliorer l’impact social et environnemental de 100% de ses emballages. Concrètement, le groupe vise à réduire, tout au long de la chaîne de production, les émissions de CO2, la consommation d’eau et la quantité de déchets produits, jusqu’à atteindre le zéro déchet en décharge.

Recycler des bouteilles de lait.

Du côté des fournisseurs, Albéa propose depuis 2010 une gamme de tubes dont le plastique provient de bouteilles de lait recyclées. Ceux-ci rivalisent d’ingéniosité pour proposer des alternatives intelligentes aux emballages existants. Au niveau du produit en lui-même d’une part : pour le maquillage, Albéa a conçu Attraction, un compact dépourvu de tige métallique et d’aimant (l’extraction et la transformation de la matière première, le néodyme, ont un impact néfaste sur l’environnement), tout en assurant un système de fermeture fluide grâce à un mécanisme de charnière breveté. D’autre part, certaines techniques de décoration sont plus vertes que d’autres. «La galvanisation, qui consiste à déposer sur le plastique une couche de métal de manière chimique, a un impact assez important sur l’environnement. Pour un rendu similaire, on peut s’orienter vers une métallisation», explique Laurie Maintier.

Enfin, l’un des autres pans de l’éco-conception, souvent méconnu du grand public, se situe au tout début de la chaîne de fabrication des emballages, très gourmand en énergie et en eau, qui contribue notamment à refroidir les moules à injection : «L’aspect “vert” d’un produit fini n’est pas le seul point à envisager, la production en elle-même est importante», explique Marc Madec, directeur du développement durable de la Fédération de la plasturgie et des composites. Le groupement accompagne les entreprises dans la modernisation de leurs équipements grâce au CEE (certificat d’économies d’énergies) créé en 2014 en collaboration avec EDF et l’Acdi (Agence canadienne de développement international). «Jusqu’à présent, l’opération a été un véritable succès. Plus d’un tiers des nouvelles presses à injecter achetées sont électriques», salue Florence Poivey, présidente de la fédération. «Les nouvelles presses à injecter électriques ou hybrides, comparées à une presse hydraulique, allègent la facture énergétique de 50%, sans parler des gains de productivité, évalués à 10%, poursuit Sébastien Petithuguenin, directeur général de Paprec et vice-président développement durable de la fédération. En plus de contribuer à diminuer l’empreinte carbone grâce à une production plus propre, l’optimisation énergétique est un véritable levier de compétitivité. C’est ainsi que l’on peut réconcilier économie et écologie !»

Éduquer le consommateur.

À l’autre bout du cycle de vie d’un emballage arrive la poubelle. En théorie, tous les plastiques sont recyclables… à condition qu’il y ait une filière dédiée derrière. «Le PET et le PEhd, que l’on retrouve dans les flacons et les bouteilles, ainsi que le PP sont des plastiques qui se recyclent très bien», explique Aurélie Martzel. Ça coince aussi dès lors que l’emballage est composé d’alliages complexes, comme c’est le cas pour les tubes laminés des dentifrices. «Cela représente pourtant un gisement de 12 000 tonnes par an», déplore-t-elle. Il faut ajouter le fait que les emballages cosmétiques ne sont pas tous recyclables, comme les rouges à lèvres, les tubes de mascara ou encore les compacts. Si ces produits ne représentent qu’une partie infime du gisement total, leur non-recyclabilité contribue à la confusion des consommateurs. Le taux de recyclage des emballages ménagers s’élève à 67% en France, un taux qui stagne depuis trois ans. Pour les cosmétiques précisément, le geste de tri reste faible. «Un flacon de shampooing est aussi recyclable qu’une bouteille d’eau mais les gens ont moins le réflexe dans la salle de bains», décrit la manager d’Eco-Emballages. L’extension des consignes pourrait aider à y voir plus clair.

Des consignes élargies.

Depuis 1992, seuls les flacons et bouteilles en PET et en PEhd faisaient l’objet d’une consigne de tri en France. Une expérimentation d’une durée de trois ans concernant tous les plastiques est actuellement menée sur 51 collectivités locales. «D’ici à 2022, le territoire français entier sera concerné», complète Aurélie Martzel. Pour relancer le geste, Eco-Emballages travaille avec différents acteurs du secteur cosmétique comme le groupe Beiersdorf. En 2014, Nivea a lancé l’opération «Tous dans le bain du tri» pour sensibiliser les consommateurs au bon recyclage des produits d’hygiène et de soin. En juin, l’organisme a lancé avec la Fédération des entreprises de la beauté (Febea) une série de vidéos sur Internet mettant en scène deux personnages dans des saynètes ludiques. «Les marques pourront s’approprier ces messages et les diffuser sur leurs sites respectifs», espère Aurélie Martzel. De quoi permettre au recyclage d’entrer dans l’univers de marques, pour que le tri devienne une étape à part entière de la consommation.

Le doux rêve des bioplastiquesEncore embryonnaire, le marché des bioplastiques peine à décoller. La question du prix représente un inconvénient majeur. De plus, faute de gisement suffisant, il n’existe à ce jour aucune consigne de tri pour cette catégorie. Cela n’empêche pas le groupe L’Oréal de tenter une approche. Depuis fin 2015, la gamme Biolage de Matrix est conditionnée dans des flacons entièrement en bio-PE, fabriqué à partir de canne à sucre, au Brésil. Début 2016, The Body Shop a annoncé la signature d’un partenariat avec Newlight Technologies. «Nous travaillons à mettre en œuvre AirCarbon, produit à base de méthane, dans un futur proche», précise la marque. De quoi, peut-être, inciter d’autres marques à suivre ce chemin.  La situation chez nos voisins européensLoin devant la France, l’Autriche et l’Allemagne font figure de bons élèves du recyclage en Europe. Outre-Rhin, un système de consigne a été mis en place il y a onze ans. Le principe : faire payer au consommateur un peu plus cher ses boissons et lui reverser un bon d’achat ou des espèces une fois l’emballage ramené en magasin. Le dispositif concerne à l’heure actuelle l’alimentaire mais pourrait être facilement étendu aux produits d’hygiène. Abandonnée dans les années 1970, la consigne est une initiative qui a été évoquée dans le plan national de prévention des déchets 2014-2020 lancé par le ministère de l’Environnement.

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