Maisons de composition : surcroît d’activité pour les fragrances actives

©takasago

Pouvoir dicter les émotions par le parfum reste un doux rêve. Mais de plus en plus de fragrances revendiquent un impact sur le bien-être, tests à l’appui.

On a beaucoup glosé sur le pouvoir du parfum de l’amour concocté par Jean-Baptiste Grenouille, le héros de Patrick Süskind. En le répandant sur la foule, celui-ci échappe à l’échafaud et déclenche même une orgie collective. Au-delà de cette pure fiction, le boom actuel du marketing olfactif montre que l’impact comportemental induit par les odeurs est désormais pris très au sérieux. Les vendeurs de voitures de luxe n’en parfument-ils pas l’intérieur de notes cuirées ? Dans notre industrie, l’idée aussi fait son chemin.

«Longtemps, la profession a observé une défiance envers les tests scientifiques car elle avait peur de casser le rêve inhérent à l’univers du parfum, estime Arnaud Aubert, chercheur en neurosciences et psychologie à l’Université de Tours. D’autant qu’en Occident, l’impact des odeurs sur l’humeur, le degré d’éveil ou la motivation a été totalement oublié. Ce qui n’est pas le cas des civilisations asiatiques : prenez l’exemple du Japon avec son rituel du Khôdo.» C’est d’ailleurs au japonais Shiseido que revient le mérite des premiers produits s’appuyant sur l’aromachologie, avec Relaxing Fragrance en 1997, un parfum et une gamme pour le corps conçu pour apaiser le mental, suivi peu après d’Energizing Fragrance. Ces cosmétiques bienfaisants étaient sans doute trop en avance sur leur temps mais, depuis, la maison a peaufiné son concept aromachologique jusqu’au parfumage de ses soins. Comme la fragrance délicatement fleurie de la nouvelle crème premium FX Future Solution dont l’effet apaisant renforce la qualité de la barrière cutanée, tests à l’appui.

Ces dernières années, les rayons beauté ont vu éclore de nouvelles lignes, comme la gamme Aromachologie de L’Occitane, notamment avec une brume d’oreiller et une huile pour le corps facilitant l’endormissement, revendication validée par l’European sleep center. Il est vrai que l’énorme succès de l’aromathérapie en Europe, et encore plus spectaculairement aux États-unis, donne un sacré coup de pouce à ces cosmétiques actifs.

Un nouveau champ d’expérimentation.

«Sauf que les effets de l’aromathérapie, très empiriques, n’avaient quasiment pas été vérifiés, remarque Jonathan Warr, corporate VP fragrance division chez Takasago. Or, les tests montrent que les croyances couramment admises ne sont pas toujours pertinentes : par exemple, selon le type de lavande utilisé et la sensibilité de chacun, son huile essentielle pourra être stimulante et non relaxante, et inversement pour certaines variétés de menthe. Depuis environ cinq ans, de plus en plus de clients nous demandent des tests d’efficacité pour ajouter de nouvelles vertus à leurs produits.» La maison de composition japonaise y a répondu en construisant, au sein de son siège France, un laboratoire de recherche, Emotion Lab. «Pour sortir du simple déclaratif, nous faisons sentir en double aveugle des huiles essentielles puis des parfums finaux à une population dont nous mesurons l’activité neuronale à l’aide d’électrodes posées sur le crâne. Nous collaborons aussi avec des universités ou même avec des hôpitaux, qui ont réalisé des IRM pour nous», explique Johan Poncelet, docteur en neurosciences et ingénieur de recherche en émotion et olfaction chez Takasago. De ces travaux, souvent longs et coûteux, le laboratoire a déjà validé une Eau énergisante mandarine, citron, cèdre et une Eau relaxante fleur d’oranger, lavande, petit grain de la nouvelle collection pour le bain Yves Rocher (sortie en mars dernier).

Pourtant, la loi reste floue et n’oblige pas à prouver de telles allégations. Mais gageons qu’avec la veille active des associations de consommateurs et les critiques non contrôlables sur les forums et réseaux sociaux, aucune entreprise sérieuse ne se risque à revendiquer une action sans l’avoir auparavant vérifiée.

Si le consommateur est plus exigeant, il est aussi de plus en plus friand de ces cosmétiques qui font du bien. Laure Jacquet, parfumeur chez Charabot (groupe Robertet), le constate chaque année un peu plus lors du salon-In Cosmetics : «Connaissant déjà les huiles essentielles d’un point de vue analytique et olfactif, j’ai eu envie de comprendre leur impact global. Je me suis donc formée en aromathérapie et en aromachologie. Je formule aussi des Magessence (assemblage d’huiles essentielles pures de Charabot) comme cette toute dernière, visant à lutter contre le psoriasis – à mélanger à un lait corporel». Robertet propose également une gamme Actiscent dont les propriétés peuvent être mesurées. «Nos clients asiatiques en raffolent !, assure Laure Jacquet. Ma prochaine étape serait d’étudier le pouvoir vibratoire des huiles essentielles ; étant passionnée d’ayurveda, j’y crois beaucoup et j’ai la chance de pouvoir ausculter les beaux naturels maison.»

Des débouchés prometteurs

Arnaud Aubert avait pour sa part été sollicité par Roger & Gallet, notamment pour démontrer l’impact de l’Eau des Bienfaits sur l’humeur. «La sensation qu’elle procure et les émotions qui en découlent sont très positives. Attention, cependant, il y a une grosse différence entre une odeur finale qui peut être produite de différentes façons avec des molécules qui interagissent, et une seule molécule olfactive. Mais la science avance car les scientifiques s’intéressent sérieusement aux odeurs depuis que certaines publications, en particulier celles de l’Allemand Hans Hatt, ont montré la complexité des molécules olfactives.» En travaillant sur des animaux, celui-ci a découvert que des récepteurs olfactifs n’existaient pas seulement sur le seul épithélium à la base du nez mais aussi sur le cœur, certains viscères et sur les gonades. La peau ne serait pas passive non plus, mais plutôt messagère. À terme, ces découvertes laissent espérer qu’un bon environnement olfactif puisse augmenter une vitesse de cicatrisation ou de guérison en hôpital. Ou aider un conducteur de poids lourd à rester alerte. Des perspectives encourageantes qui dépassent notre industrie.

La cosméto-textile, autre piste antistressOn connaissait déjà la cosméto-minceur avec les collants à la maille tricotée de façon à masser à chaque mouvement tout en diffusant de la caféine. Place maintenant aux foulards bienveillants sous l’initiative de Géraldine Matthey. Cette Lyonnaise adepte de la méthode des Fleurs de Bach a travaillé avec un laboratoire textile durant deux ans pour mettre au point l’encapsulation de L’Elixir No Stress, une composition bio de Fleurs de Bach. Sa première collection de foulards et écharpes imprégnés du cocktail se porte plusieurs heures par jour pour rétablir l’équilibre émotionnel. Elle réfléchit à décliner d’autres Fleurs de Bach possédant d’autres vertus. www.emotis.fr

Facebook
Twitter