Maisons de composition : investir pour préparer demain

©Lea Chassagne/Illustrissimo pour CosmétiqueMag

C’est le nerf de la guerre dans toutes les industries. En parfumerie aussi, la recherche a permis la création de nombreux classiques. La synthèse de la Vanilline en 1874 a ouvert la voie à l’écriture de la Guerlinade, la fameuse petite madeleine signature de tous les parfums de la maison Guerlain. Purs produits de synthèse, les muscs adoucissent les jus depuis les années 1990 et c’est la Muscenone qui signe FlowerbyKenzo. Quant à l’eau, inodore, elle trouve son interprétation dans la Calone, molécule star de Cool Water de Davidoff.


Autant de parfums cultes qui sont nés grâce aux trouvailles des services R&D, sur lesquels les maisons de composition continuent de miser. En effet, l’Ifra (International fragrance association) estime à 17% la part du chiffre d’affaires investie en R&D par ce secteur. Mais la recherche de nouvelles molécules, la course à l’élargissement de la palette du parfumeur, ne sont pas les seuls relais d’innovation pour les sociétés de création, qui cherchent à optimiser la quantité de formules testées par leurs nez. En effet, ces sociétés sont particulièrement riches en termes de consumer insights. Habitudes, goûts, mémoire olfactive… Ce sont des milliers de données que les grands acteurs conservent et, parfois, sous-exploitent, faute de savoir naviguer dans les big data. Pourtant, dans le parfum comme ailleurs, l’innovation viendra probablement de l’analyse de ces données. C’est l’avis de Guillaume Bourdon, l’un des trois cofondateurs et directeur général de Quinten. Créée en 2008, cette start-up spécialisée dans le conseil et la valorisation de données s’appuie sur l’intelligence artificielle. «Les maisons de composition ont une grande masse de données inexploitées, obtenues à partir de tests de leurs formules, explique Guillaume Bourdon. Avec des algorithmes et des outils adaptés, nous sommes en mesure de générer des réponses à partir de ces informations, afin de mieux comprendre les envies et les goûts d’une cible.» Les travaux de Quinten ont donné naissance à des applications utilisables par les parfumeurs lorsqu’ils travaillent sur un brief ainsi que par les chimistes pour la conception de nouvelles molécules. Est-ce contradictoire de vouloir innover en partant de données internes ? «Non, répond Guillaume Bourdon, car si cela donne des pistes pour un accord, cela n’enlève rien au travail de composition d’une formule complexe et permet même au nez de dégager plus de temps pour la création.» Se doter de tels outils est clairement un avantage compétitif, qui risque toutefois de creuser l’écart entre grandes et petites maisons.

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