La rose de mai en état de Grasse

©Sandro Campardo/Chanel 2015

De l’avis général, son parfum est unique. Sa culture dans la région se perpétue, notamment grâce à Chanel qui l’utilise depuis toujours pour confectionner son N°5 L’Extrait. La marque nous a ouvert ses champs.

Deux variétés de roses sont essentiellement utilisées pour la parfumerie : la Damascena, cultivée surtout en Bulgarie et en Turquie, et, de façon plus confidentielle, la Centifolia (son nom signifiant cent pétales) qui fleurit au Maroc et encore dans quelques champs autour de Grasse au mois de mai, d’où son nom, la rose de mai. C’est précisément à Pégomas, à 7 kilomètres de la ville du parfum, que la famille Mul cultive la rose depuis cinq générations, aux côtés d’autres fleurs, toutes destinées aux parfums Chanel. En effet, face à la baisse drastique du nombre de producteurs, la maison Chanel a signé en 1987 un partenariat exclusif avec Joseph Mul (quatrième génération) afin de s’assurer les approvisionnements en jasmin et roses pour N°5. Les Mul s’appuient sur un savoir-faire ancestral en sélectionnant leurs plants parmi les plus florifères, avant de les multiplier par greffage pour garantir une rusticité qui résiste au climat de cette vallée des pré-Alpes, plus rude qu’en bord de mer. C’est aussi ce terroir unique, balayé d’air iodé, qui confère à la rose de mai ses qualités uniques. «Son absolu est encore plus subtil que celui du Maroc : il est velouté, vaporeux, miellé, sans jamais entêter. Un produit inimitable pour confectionner notre N°5 l’Extrait», estime Olivier Polge, le parfumeur maison.

LEGENDE 1 (haies de rosiers)Les Mul sont partisans d’une agriculture raisonnée, garante de la biodiversité. Ainsi, les enherbements entre les rangées de rosiers entretiennent un tapis végétal où se logent des coccinelles qui débarrassent des pucerons et évitent les insecticides. «De même, aucun engrais chimique n’est utilisé pour faire pousser nos fleurs et nous laissons reposer nos parcelles entre deux cultures, explique Fabrice Bianchi, gendre de Joseph Mul. Nous améliorons aussi nos techniques, avec des essais sur une rangée par exemple, pour prendre le meilleur de la nature sans jamais l’épuiser.» LEGENDE 2 (Cueillette dans les champs)Il faut cueillir chaque jour la rose épanouie, lorsqu’elle contient le plus de molécules odorantes. L’éclosion est proche quand la couleur du bouton s’éclaircit pour se rapprocher de celle du pétale. C’est tout le savoir-faire d’ouvriers qualifiés, qui reviennent à chaque récolte. Un cueilleur récolte 5 kilos de fleurs de roses par heure. Un kilo représente 350 à 400 fleurs. La récolte a lieu sept jours sur sept, pendant trois à quatre semaines, en débutant fin avril, d’où le nom de rose de mai. LEGENDE 3 (A L’USINE, mise des pétales dans l’extracteur et concrète solide)En moyenne, 400 kilos de pétales de fleurs donnent 1 kilo de concrète, qui donne 600 grammes d’absolu de rose. Un flacon de 30ml de N°5 L’Extrait contient 12 roses de mai de Grasse (et 1000 fleurs de jasmin de Grasse). Si Chanel utilise aussi l’autre variété, la Damascena, pour confectionner tous ses parfums, celle de mai cultivée à Grasse est également indispensable à la formulation de N°19 ou d’Allure. LEGENDE 4 JOSEPH MUL ET POLGEOlivier Polge reprend le flambeau de la création des parfums Chanel, après son père Jacques. C’est celui-ci qui avait signé le partenariat  d’exclusivité avec la famille Mul en 1987. La transmission n’est pas une notion vaine dans les deux familles. «Grasse est devenu un territoire d’expérimentation qui défend la figure du cultivateur», explique Fabrice Bianchi, le gendre de Joseph Mul, qui travaille aussi sur l’exploitation.  LEGENDE 5 (une image de la ville de Grasse ? ou champs aléatoires ?)«Les savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse» sont candidats depuis 2015 au patrimoine culturel et immatériel de l’humanité à l’Unesco. Une telle inscription serait une formidable reconnaissance du patrimoine transmis depuis des générations, tant côté composition du parfum que côté culture des plantes, avec par exemple les techniques de greffe, de taille particulière mais aussi de cueillette.

Facebook
Twitter