Aptar, un américain très français

Issu d’entreprises nées en Allemagne et aux Etats-Unis, ce géant américain des « dispensing systems » qui réalise la plus grande part de son chiffre d’affaires en Europe, est très impliqué en France. Un point sur sa division Beauty + Home, la plus importante.

Aptar illustre l’importance de l’industrie cosmétique hexagonale. En effet coté à New York, ce groupe aux 2,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires (2,02 milliards d’euros) [voir encadré], connu pour la stabilité de son capital et de son management, est très présent dans l’Hexagone. Et c’est particulièrement vrai pour sa division Beauty + Home (trois entités : beauty pour les parfums et cosmétiques visage, Personal Care pour les soins du corps et Home Care pour les produits d’entretien) qui compte parmi ses clients les plus grands français (Christian Dior, Clarins, L’Oréal, Pierre Fabre…) produisant sur place. «Oui, confirme Florent Lafond, president EMEA Aptar Beauty + Home, sur les nombreuses usines de cette division, neuf d’entre elles sont implantées en France ce qui représente plus de 1800 emplois sur 13000 collaborateurs dans le monde. » Et c’est sans compter avec la division pharmacie (31 % du chiffre d’affaires), la frontière avec la beauté se floutant. «Cette importante présence industrielle s’explique par la forte automatisation du « process » d’une part. Et d’autre part, cela nous permet d’être au plus près de nos clients qui continuent de produire dans l’Hexagone. L’Europe représente en dollar 56 % du chiffre d’affaires consolidé du groupe», ajoute-t-il.

Cette tendance est valable pour le monde entier. «La localisation de la production est incontournable pour des questions de réactivité. Par ailleurs, produire en monnaies locales permet de minimiser les effets des taux de change et l’impact des barrières douanières, explique Florent Lafond. Par conséquent nous intensifions nos présences locales comme le prouve l’usine colombienne de Cali.» Le groupe présente cette mondialisation de la production – quinze usines dans le monde sur tous les continents à l’exception de l’Afrique, pour la division Beauty + Home – comme un avantage concurrentiel, d’autant plus qu’elle permet d’être moins dépendant de l’Europe où la consommation est atone. Par ailleurs, cette flexibilité est d’autant plus importante qu’à l’instar du produit final, les cycles de vie des contenants raccourcissent eux aussi. Enfin, le client demande de plus en plus de personnalisation ou de customisation des innovations standard. Il faut donc adapter l’offre en permanence. Mais chez Aptar, il n’y a pas de best seller écrasant. Si c’est mieux en termes de risque, cela sous-entend évidemment d’importants investissements en R & D. Aptar y dépense chaque année en moyenne 3 % de son chiffre d’affaires.

Pour inventer quoi ? Les fameux dispensing system (pompe, valve, bouchon distributeur, système airless, emballage flexible lui aussi airless et proche de celui destiné à la compote des enfants…) permettant de distribuer ce qui est à l’intérieur d’un contenant qu’il soit à usage alimentaire, pharmaceutique ou cosmétique. Cela ne comprend donc pas le flacon, sauf si celui-ci fait partie intégrante du système de distribution comme dans l’échantillon Imagine ou le stylo applicateur Skin Master. Et seulement dans ce cas-là, Aptar fabrique également le contenant. Autrement dit une petite pièce essentielle, méconnue du consommateur au rôle de plus en plus essentiel qu’il s’agisse d’esthétique, de praticité voire de la formule. Ces systèmes (voir encadré Irresistible) peuvent en effet s’inscrire dans la tendance lourde des «sans conservateurs» même si celle-ci peine encore à s’installer. Car si elle séduit, elle a un coût pour les marques comme pour les consommateurs. Et les contraintes qu’elle impose limitent les possibilités créatives pour le packaging.

Au-delà de l’innovation et des produits customisés, le développement passe aussi par les acquisitions. Mega Airless est la dernière d’entre elles, finalisée en février dernier. Acquise pour 200 millions d’euros, cette entreprise allemande aux 61 millions d’euros de chiffre d’affaires amène au groupe des systèmes airless, une activité stratégique pour Aptar, destinée au masstige qu’il n’avait pas encore dans son portefeuille plus haut de gamme ainsi qu’une usine – Aptar en possède déjà deux en Allemagne et aux États-Unis pour ce type de production. De quoi enrichir l’offre présentée au prochain Luxe Pack en septembre à Monaco. Pour la première fois MBF Plastiques et Graphocolor feront stand commun. Ce sera sans doute aussi l’occasion de revenir sur la politique RSE du groupe. «Il ne faut pas la voir comme une contrainte, mais comme une opportunité. Ainsi nous avons des projets à caractères sociaux pour aider professionnellement des personnes handicapées en Chine ou en Inde par exemple. Par ailleurs, côté environnement, nos usines françaises fonctionnent avec une énergie électrique verte car hydraulique. Au sein d’Aptar un programme important vise à certifier nos usines  « zéro enfouissement » et nous revalorisons au maximum les déchets. Nous sommes très bien préparés aux normes du futur», assure Florent Lafond.

2015 pénalisé par le dollarChiffres clés en millions de dollars  CA 2014/2015Résultats avant impôtsAptar2 5982 317286,3294,5Dont Beauty + Home1 4981 27398,498,7LégendeHors effets de change, les ventes du groupe ont progressé de 1 % l’année dernière avec les divisions Pharma à + 8 % et Food + Beverage à + 2 %. Pour la seule division Beauty + Home, elles ont reculé – toujours effets de change ayant entraîné un recul de 13 % – de 2 % à1,27 milliard de dollars, touchées par une faible demande mondiale à l’exception de l’Asie. Néanmoins la branche maintient son résultat notamment grâce à des gains de productivité. EncadréIrresistible pour les formules fragilesPour répondre à la demande des consommatrices, en Europe comme aux États-Unis, de soins sans conservateurs et risque de contamination bactérienne, Aptar s’appuie depuis 2010 sur son système de distribution Irresistible ultra-hermétique utilisant la technologie Ultra Gate. Elle associe deux types de barrière pour protéger la formule des contaminations externes tout en distribuant la bonne dose. Cette offre est maintenant déclinée en quatre contenances (20, 30, 40 et 50 ml) avec deux finitions de bague : arrondie et en plastique avec une finition mate pour les flacons standard ou droite ; en métal argent ou or pour les produits haut de gamme. La gamme convient également pour les sérums, les contours des yeux et les masques.

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