Pamplemousse, l’essence d’une nouvelle fraîcheur

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Moins alimentaire que l’orange, plus moderne que le citron, moins déjà-vu que la bergamote, le pamplemousse est en passe de renouveler les accords de tête des jus masculins et féminins.

Son nom, déjà, est un appel au plaisir : Citrus paradisi. Symbole de la fécondité et de la prospérité dans pas mal de cultures, le pamplemousse est considéré par les Chinois comme l’un des trois fruits bénis avec le citron et la pêche. Le plus gros des «hespéridés» (bergamote, citron, orange, cédrat…), introduit en Europe dans les années 1950, est cultivé en masse aux États-Unis (Californie et Floride), en Israël, en Afrique du Sud et en Argentine. Ce fruit lumineux renouvelle sérieusement l’idée de fraîcheur, une fraîcheur beaucoup plus pétillante. Pas étonnant qu’il soit devenu la nouvelle marotte des parfumeurs. «On a tellement travaillé la bergamote et le citron depuis les débuts de la parfumerie moderne que le pamplemousse “sent” moins classique», explique Mathilde Bijaoui, parfumeur chez Mane. «Entre l’orange – un peu trop alimentaire –, et le citron – un peu piquant –, le pamplemousse est finalement moins connoté», constate Olivier Pescheux, parfumeur Givaudan. Récemment, on le retrouve dans la composition de Mr. Burberry, un parfum boisé frais «à l’anglaise» signé Francis Kurkdjian pour Takasago, où son petit côté acidulé réveille une construction aromatique boisée relativement classique.

Reconnaissons que cet agrume n’a pas toujours été bien vu, en raison peut-être de ses notes soufrées qui rappellent l’ail à certains nez délicats, ou pire : l’urine de chat. C’est le parfumeur Jean-Claude Ellena qui lui a donné ses lettres de noblesse, notamment avec Terre d’Hermès, Un Jardin sur le Nil, belle association entre l’effervescence sèche du pamplemousse et la mangue, Rose Ikebana et, évidemment, l’Eau de Pamplemousse Rose (Hermès), cologne qui, mine de rien, réinvente la signature de la fraîcheur. C’est le même Jean-Claude Ellena qui a popularisé ce mariage miraculeux entre pamplemousse et vétiver («Il y a une facette zeste de pamplemousse dans l’essence de vétiver», explique Émilie Coppermann, parfumeur chez Symrise). Parmi ses multiples talents, le pamplemousse réveille les notes de cœur et de fond et sait arrondir les notes de tête vertes un peu dures (triplal et acétate de styrallyle).

Une molécule joyeuse.

Il sait aussi moderniser la tête des masculins boisés, à l’image de 1 Million (Paco Rabanne), «oriental frais» d’un nouveau genre. N’en déplaise à ceux qui aiment opposer naturels et molécules de synthèse (au profit des premiers, toujours), l’huile essentielle (de 19 à 25 euros/kg selon les qualités) développe un effet «pelure de fruit» parfois perçu comme un peu fade. «Il est vrai que lorsque la qualité n’est pas là, il peut passer pour une essence d’orange juste un peu chère !», s’amuse Mathilde Bijaoui. La synthèse offre pas mal d’alternatives avec, notamment, le méthyl pamplemousse (Givaudan) ou Amarocit (Symrise), molécule joyeuse et pétillante, «presque plus juteuse que l’essence elle-même», selon Anne-Sophie Behaghel, parfumeur du studio Flair. Parmi ses nombreuses facettes, on retrouve l’acidité du fruit de la passion et un côté fruité ananas intéressant. Citons également la nootkatone (isolat aux nuances pamplemousse, orange et boisées qui compose à 95% l’essence) et la base citroasis de Firmenich qui peut entrer dans la composition d’un pamplemousse.  

Il y a mille façons de mettre en scène cette note de tête masculine (devenue progressivement mixte) présente dans les mêmes proportions dans le circuit sélectif, la parfumerie de niche et la grande distribution. Pomélo Paradis (Atelier Cologne) propose un agrume salivant et ouvre une voie vers une nouvelle forme d’addiction, alternative à la vanille et à l’éthyl maltol (barbe à papa).

Un beau sorbet.

Autre traitement, gustatif lui aussi : l’édition limitée Pamplemousse Rhubarbe (L’Occitane), composée à quatre mains par le pâtissier Pierre Hermé et Mathilde Bijaoui (Mane), qui célèbre toutes les facettes du fruit, jusqu’à sa peau blanche intérieure, et reforme le couple idéal rhubarbe-pamplemousse en s’amusant à faire correspondre l’acidulé, l’amertume et la pétillance de ces deux matières premières qui se répondent jusque dans la couleur. Dans Power Balad (Room 1015), le fringant pamplemousse fricote avec la menthe fraîche pour mimer la vie légère et les premiers baisers adolescents. Enfin, Pera Granita Aqua Allegoria (Guerlain) cuisine un beau sorbet pamplemousse-rose-poire-bergamote et exhale encore un peu plus la fraîcheur vive et souriante de l’agrume la plus tendance du moment (joli clin d’œil de cette collection des Aqua Allegoria qui nous avait fait découvrir toute la beauté du pamplemousse en 1999 avec Pamplelune où il habillait littéralement une fleur solaire). Tic du moment : l’appellation «pamplemousse rose» relève certes du marketing mais propose une note souvent un peu moins amère comme dans Double Je Urban Tropical Eau Jeune (en GMS), où il s’acoquine joyeusement avec la groseille, cible adolescente oblige.

Le fruit des délicesOn n’a pas attendu l’ouverture de C’Juice à Paris, «détox bar» signé Clarins, et sa ligne de smoothies dont l’un des best-sellers s’appelle Good morning (aux extraits de pépins de pamplemousse), pour découvrir les vertus du pomélo, le nom de la variété botanique. La cosmétique le considère depuis longtemps comme le fruit détox le plus efficace et l’un des meilleurs purifiants pour la peau. On connaissait sa capacité à procurer une sensation de fraîcheur vivifiante (Crème pour les mains au pamplemousse rose The Body Shop et Lotion au pamplemousse de Sisley), mais il sait aussi enrichir la notion de plaisir des soins minceur à l’exemple de l’huile-sérum anticellulite intensive à utiliser après la douche de Somatoline Cosmetic. Et c’est le pamplemousse rose, associé à la grenade, qui apporte son peps au gel-crème Douce Énergie Cadum (Lascad).

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