Olivier Kayser, le business social

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Cet ancien partner senior de Mc Kinsey, a quitté en 2003 le monde lucratif du conseil. En 2009, il crée Hystra. Cette société de conseil aide ses clients, avec une approche commerciale, à résoudre des problèmes sociaux et à mener des projets à grande échelle.

Un changement radical

À 45 ans, il faut oser couper les ponts avec la réussite dans le monde du conseil et des multinationales, et amputer par là même sa rémunération de manière vertigineuse. Olivier Kayser l’a fait lorsqu’il a choisi d’intégrer Ashoka, réseau mondial d’origine américaine d’entrepreneurs sociaux. «Une transformation fantastiquement salutaire», assure-t-il. Puis il se lance à son compte en créant Hystra, une société de conseil qu’il qualifie d’hybride. Elle symbolise une nouvelle approche de l’innovation sociale qui va au-delà du travail de l’ONG philanthropique attendant un chèque de ses généreux donateurs. 80% de ses clients sont étrangers, les deux tiers sont des grands groupes (Danone, Unilever, etc.) et les autres des ONG ou des fondations. Ses champs d’action ? L’énergie, l’eau, le logement, la nutrition, etc., aussi bien au Vietnam qu’en Inde, au Sénégal ou au Mexique…

 

Au-delà de la philanthropie

À l’heure où tous les grands groupes – et les moins grands – multiplient et promeuvent des plans d’action en faveur de la responsabilité sociétale et environnementale, Olivier Kayser rappelle : «L’enfer est pavé de bonnes intentions. On ne s’en sortira pas à coup de générosité et de la seule philanthropie.» Il veut voir grand pour des raisons morales : «Les entreprises n’ont pas le droit au “petit machin” sauf si c’est à titre de test et pas seulement en vue de l’ajouter dans leur rapport annuel». D’autant plus que bon nombre de ces petits projets pourraient être stoppés. Il faut savoir élaguer. Et il ajoute un conseil aux patrons : «Ils doivent se déterminer par rapport à leurs propres convictions, faire ce en quoi ils croient».

 

Réinventer un modèle

Alors que les innovations ne manquent pas dans le domaine de l’économie sociale, le nécessaire changement d’échelle est clairement une des ambitions d’Olivier Kayser. Il a acquis cette conviction en travaillant chez Ashoka pour l’Europe de l’Ouest et en constatant que ces nouveaux entrepreneurs ne peuvent – ou ne savent – pas passer à la vitesse supérieure. Or il en est sûr : «Il faut réinventer ces modèles en s’appuyant sur les projets innovants qui ont démontré leur efficacité sociale, commerciale et environnementale. Le défi est aujourd’hui de les faire grandir. Le problème n’est pas l’innovation mais le passage à une grande échelle». Et à propos des groupes qu’il conseille, il ajoute : «Ils doivent avoir l’humilité de regarder ce que les autres ont fait. Ils ont tendance à partir d’une page blanche avec arrogance. Il faut de l’humilité et non réinventer systématiquement la roue».

 

Oser être cher

Bien des actions de ce nouveau business social passent par la proposition faite à des populations dépourvues d’équipements du type lanternes solaires, purificateurs d’eau, latrines, fours à biomasse, fours à charbon (photo)… De véritables investissements dans l’espoir d’une amélioration des conditions de vie. «Nous devons sortir les entreprises de l’idée que les plus démunis ont seulement besoin de produits bon marché, insiste Olivier Kayser. Au contraire, le plus cher rassure quand il s’agit d’investissements dans des produits innovants promettant un mieux-être futur.»

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