SGD Parfumerie en pleine mutation

Suite à la séparation, il y a deux ans, de ses activités cosmétique et pharmacie, le verrier poursuit sa transformation. En particulier dans ses usines françaises, qui s’équipent au mieux pour rester compétitives.

C’est un travail de titan. SGD a entrepris de reconstruire le four 6 de son site historique de Mers-les-Bains, dans la Somme. Avec ses huit lignes, il s’agit du plus imposant des trois fours que compte cette usine. Comme le four 1 avant lui (cinq lignes), il va être modernisé afin de réduire sa consommation d’énergie et ses émissions de particules polluantes. Un signal fort pour ce site de 100 000 m² d’où sortent chaque année près de 200 millions de flacons. «Nous allons faire une nouvelle usine dans l’ancienne, décrit Hélène Marchand, directrice générale France de SGD Parfumerie. Nous voulons réaménager les lieux, rapprocher certains services, comme la moulerie et la maintenance, au plus près des lignes de production. Nous allons également moderniser les bureaux et les espaces de travail.»

Ce projet a été rendu possible par le récent déménagement des équipes dédiées à la pharmacie. Conséquence directe d’une restructuration de l’entreprise, propriété du fonds Oaktree Capital. «Il y a deux ans, nous avons décidé de séparer les activités cosmétique et pharmaceutique car les contraintes ne sont pas les mêmes et les clients non plus. Les deux marchés n’ont plus rien en commun», explique Thomas Riou, CEO de la branche parfumerie-cosmétique. La décision est devenue réalité début 2016 et SGD Parfumerie fait désormais cavalier seul. Bientôt, la société adoptera même un nouveau nom.

L’équilibre retrouvé

Avec un chiffre d’affaires de 330 millions d’euros en 2015 et près d’un milliard de flacons en verre qui sortent de ses usines, Thomas Riou affirme être leader mondial du flaconnage verre, estimé à 1,5 milliard d’euros. Côté rentabilité, il assure également avoir retrouvé l’équilibre en 2015. «Notre force, c’est d’avoir des usines partout dans le monde, ce qui amène à la fois de la complexité et, surtout, une grande richesse, déclare le dirigeant. Nous sommes au plus près des besoins des clients, nous leur offrons un meilleur service dans le respect de l’environnement tout en privilégiant des fournisseurs locaux. Nous sommes à même de partager des expériences et d’échanger sur les meilleures pratiques.»

Le groupe compte ainsi quatre sites de production en Europe, deux en Amérique du Nord et un au Brésil. À présent, il espère améliorer ses performances. Sur le premier trimestre 2016, si les ventes en Europe étaient stables, les États-Unis et le Brésil se montraient très dynamiques. De quoi espérer de la croissance cette année… et celles à venir. SGD, qui table à court terme sur une progression de son chiffre d’affaires de 2 à 3% en Europe, s’y prépare déjà. Les travaux dans l’usine de Mers s’inscrivent dans le plan Excellence 2018, qui représente un investissement de 100 millions d’euros sur trois ans, dont 40 à 50% seront dédiés à la France. Parmi les objectifs : augmenter la compétitivité. Indispensable pour maintenir à flot une industrie lourde qui évolue dans un environnement très concurrentiel. En Europe, le français Pochet, l’italien Bormioli Luigi ou encore l’allemand Heinz-Glas ciblent aussi le marché de la parfumerie haut de gamme, qui n’est pas au meilleur de sa forme. La croissance du parfum, ces dernières années, a été essentiellement portée par les hausses de prix. Et non par les volumes. Le partage des bonnes pratiques et la féminisation des équipes sont également au programme pour renforcer la dynamique de l’entreprise.

Le décor en première ligne

Pour parer à cette difficulté, SGD mise sur des investissements stratégiques, notamment en matière de parachèvement. «Nous devons augmenter nos capacités en décor pour suivre le marché : de plus en plus de flacons vendus sont parachevés», précise Hélène Marchand, qui estime que c’est le cas d’environ 80% des produits commercialisés en France. Certains bénéficient de techniques simples, comme des sérigraphies et d’autres font appel à des technologies plus sophistiquées, telles que Color’in et Metal’in. Brevetées, ces dernières permettent de réaliser des revêtements internes colorés ou avec un effet miroir, compatible avec le jus, comme pour For Her ou Narciso de Narciso Rodriguez (BPI). Déjà, les Verreries de l’Orne et les Verreries de la Somme, usines de décor appartenant au groupe et situées à proximité de Mers, ont bénéficié d’une partie d’un précédent plan d’investissement de 70 millions d’euros. La première a accueilli un nouvel atelier de collage, tandis que la seconde a vu ses capacités en revêtement interne multipliées par deux. Si les facilités de décor occupent une place essentielle aujourd’hui, cela n’a pas toujours été le cas. «Il y a cinq ans, nous nous sommes posé la question “Peut-on décorer en France ?”, raconte Thomas Riou. Nous pensons que oui, si nous automatisons. Pour les contrôles qualité, il faut trouver la juste combinaison entre le regard humain et les machines.»

L’entreprise songe également à d’autres relais de croissance. «Le verre a une belle carte à jouer car il est aujourd’hui peu présent en soin et en maquillage, indique Hélène Marchand. Néanmoins, de plus en plus de marques se tournent vers ce matériau pour se différencier de leurs concurrents en s’appuyant sur son côté luxueux.» On pourrait ainsi le voir arriver sur de nouveaux segments, dont certains ne semblent pas si évidents.

Un verre toujours plus durableNon issu de la pétrochimie et recyclable à l’infini, le verre a la cote auprès des marques qui cherchent à réduire leur empreinte écologique. Pour les plus exigeantes, SGD propose une version baptisée Néo Infini, composée à 90% de matières recyclées, dont 25% issues d’emballages ménagers. Pour rendre ses productions encore plus vertes, SGD a adopté des process de fabrication durables, privilégiant les fournisseurs qui se situent à proximité de ses usines. Et cherchant à les intégrer lorsque c’est possible. Dans son usine de Mers-les-Bains, SGD héberge ainsi un trieur, Jenniver. De quoi réaliser des gains de temps… et d’argent.

Facebook
Twitter