La série rose redémarre

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On la pensait un brin passéiste… Pourtant, la fleur est à nouveau un ingrédient phare. Autant dans les soins avec des versions high-tech que dans les compositions parfumées grâce à une nouvelle écriture et des traitements qui permettent de travailler ses différentes facettes.

Souvenez-vous il y a dix ans, les anti-âge jouaient la surenchère high-tech avec des brevets et des molécules aux noms de science-fiction. En 2016, en plein retour à l’authentique et au traçable, ces appellations scientifiques semblent avoir laissé la place à des actifs extraits… de la rose, tout simplement. Les onguents de l’Antiquité l’exploitaient déjà pour ses propriétés apaisantes et adoucissantes. «Mais, aujourd’hui, on a dépassé ces vertus un peu basiques», affirme Véronique Delvigne, directrice scientifique de Lancôme. Récemment, la R&D de la marque a eu l’idée de screener la variété de la rose Lancôme, développée dans les années 1970 par le rosiériste Delbard. Et ce sont ses propres cellules-souches, aux bienfaits régénérants, qui sont exploitées dans la Roll’s Royce du soin de la marque, Absolue L’Extrait (plus de 300 euros les 50 ml). Pour la nouvelle Absolue Precious Cells crème soyeuse, c’est un distillat à froid de rose damascena qui livre une eau aux qualités anti-inflammatoire et cicatrisante mesurées par des tests effectués sur peaux reconstruites entières.

On retrouve les mêmes inspirations chez Dior ou encore chez Terry, dont la gamme anti-âge Cellularose tire ses atouts des cellules natives d’une rose Rubis. Cet engouement des crèmes premium pour la rose a de quoi laisser pantoise la cosmétique biologique, pour qui la fleur figure dans la palette des classiques depuis l’origine. L’eau florale de rose est vendue telle quelle quand l’huile essentielle (bien souvent issue du rosier muscat du Chili) est utilisée comme actif hydratant et adoucissant.

Alors, au côté de ces classiques, de nouvelles gammes se multiplient comme celle de Melvita, Nectar de Roses, qui mélange le rosier muscat à deux autres espèces dans un cocktail hydratant de pointe. Même stratégie de personnalisation chez The Body Shop qui distille sa propre variété d’Albion pour sa gamme British Rose. «Bien sûr, les progrès permettent d’identifier de nouveaux actifs très performants provenant d’espèces particulières. Cependant, on trouverait sans doute la même efficacité dans plein d’autres plantes», estime en privé un cosmétologue. Mais reconnaissons que cet emblème de l’élégance, le plus partagé sur la planète, est un argument extrêmement vendeur.

Retour en grâce

Du côté des fragrances, la fleur du romantisme a connu une époque phare durant les années 1980, associée à la violette à travers des succès planétaires tels que Paris d’Yves Saint Laurent aux pétales opulents, Eternity de Calvin Klein en version épicée ou Trésor de Lancôme aux inflexions fruitées poudrées : trois tubes, trois créations de Sophia Grojsman, parfumeuse de chez IFF New York surnommée la virtuose de la rose. Et puis, overdose ou changement d’époque, la fleur perd peu à peu de son aura au profit de notes marines et d’accords gourmands ; même si elle garde un second rôle dans les bouquets façon J’Adore de Dior ou Coco Mademoiselle de Chanel.

«Les cosmétiques ont beaucoup utilisé les notes rosées, au point que les deux sont souvent associés de façon inconsciente. Avant le succès de Chloé, j’avais du mal à proposer une rose, on lui trouvait un petit côté savon», reconnaît Michel Almairac, parfumeur chez Robertet. Justement, cette eau de parfum Chloé – décrite comme une promenade dans une roseraie – va être un succès mondial responsable de nombreuses copies. La version Chloé de 2008 a depuis elle-même été déclinée maintes fois (Eau de toilette, Eau, Roses…). Mieux, l’accord floral rosé a perdu tout aspect péjoratif pour rayonner d’une aura de fraîcheur que les jeunes femmes apprécient. Son écriture remaniée est souvent le fait de nouveaux traitements qui excluent les facettes artichaut de l’essence de rose ou trop miellées de l’absolu.

Depuis quelque temps, elle s’invite aussi en suffixe dans les noms des parfums pour signifier une version plus féminine. Par exemple, Sì d’Armani ose un Rose Signature, où le cœur floral se fait plus appuyé, quand Nina Ricci tente ce printemps une version légère de L’Extase intitulée Caresse de roses. Autant d’allusions lexicales qui tombent à pic alors que la couleur est devenue l’étendard absolu de la féminité et que le mot est aussi compréhensible en anglais.

Star de la niche

Du côté de la parfumerie de niche, la fleur est un exercice incontournable depuis les débuts. Citons, parmi ses plus belles réalisations : Sa majesté la Rose chez Serge Lutens, une version verte et humide à l’opposé d’Une Rose par Frédéric Malle, terreuse et animale. Les nouveaux petits labels marient quant à eux la fleur à des épices ou à des notes masculines, plus inattendues. Sans oublier le duo «rose et oud», un incontournable de la parfumerie orientale. Car un dernier atout de la fleur est sa composition moléculaire très complexe, autorisant des variations infinies.

La rose de Taïf hante la parfumerieLa fleur est aussi cultivée en Arabie saoudite, sur les contreforts de la ville de Taïf, à 2 000 mètres d’altitude. Orientalisme oblige, cette variété est de plus en plus invoquée dans les parfums de niche, même si sa production confidentielle est surtout destinée au marché local. Elle avait aussi inspiré Dominique Ropion lors du Speed Smelling IFF 2015, un exercice où chaque nez de la maison exprime sa vision du parfum de demain. «Lors d’un voyage au Moyen-Orient, j’ai eu l’occasion de sentir cette rose damascena, la même qu’en Turquie ou en Bulgarie. Mais son parfum est plus miellé et épicé et, de par sa rareté, son kilo d’absolu frôle les 35 000 euros. C’est un peu comme comparer un sauternes château-d’yquem et un second cru classé.»

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