La RSE se décline souvent au féminin

Firmenich

Pas de grand groupe qui n’ait aujourd’hui son (sa) spécialiste de la responsabilité sociétale et environnementale et/ou du développement durable. Du marketing à l’ex des ONG, les profils sont variés et, dans l’industrie de la beauté, très souvent féminins.

Y a-t-il un profil type pour les spécialistes de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) ? Clairement pas. Pour Luc Meuret (Your Voice, voir encadré ci-contre), nombre de ces cadres d’un genre nouveau viennent des affaires publiques ou du lobbying. La beauté et le luxe feraient-ils exception ? Les profils y sont divers et, le plus souvent, ne sont pas issus de ces deux univers. Le marketing semble une des approches pour ce métier. Nathalie Perroquin, vice president corporate sustainability chez Coty, comme Inken Hollmann-Peters, vice president corporate communication & sustainability de Beiersdorf, en viennent toutes les deux. Même chose pour Yvette James, qui a dirigé le marketing de Clarins avant de se voir confier la direction du développement durable du groupe.

Une formation liée à l’environnement

Autre voie d’accès pour ces nouveaux spécialistes, un diplôme d’ingénieur souvent lié à la terre ou à l’environnement, et qui mène au développement durable : Claude Fromageot, directeur du développement durable et de la Fondation Yves Rocher a fait l’Agro ; Séverine Roullet-Furnemont, directrice de l’environnement et du développement durable chez Pierre Fabre, est un ingénieur en génie de l’environnement ; Sylvie Bénard, directrice de l’environnement chez LVMH, a également étudié l’agronomie. Cette fille de deux biologistes environnementalistes de la première heure s’est penchée très tôt sur les problèmes de développement durable, dès ses débuts chez Hennessy, où elle s’applique à faire évoluer les comportements. En 1992, elle assistait au Sommet de la terre à Rio. Une pionnière !

Cette voie semble presque logique pour veiller sur l’avenir de la planète ou, au moins, sur les conséquences qu’ont les actions de l’entreprise. Autre espèce de pro, ceux ou plutôt celles qui viennent du monde associatif, des ONG internationales et qui sont passées de l’autre côté de la barrière en intégrant une entreprise. Bérangère Magarinos-Ruchat, vice president sustainability partnerships chez Firmenich, est l’une d’elles. Après une thèse sur les partenariats entre les multinationales et les Nations unies, elle travaille à l’Onu, intègre la Fondation Bill & Melinda Gates, croise les équipes de Firmenich au Nigeria et rejoint le groupe en 2010. «Les partenariats sont le fil rouge de ma carrière. Ils sont dans l’air du temps, mais cela reste compliqué même si ce type de barrière ne devrait plus exister», explique-t-elle. Star de ce métier à qui elle a donné une grande visibilité dans l’industrie de la beauté, Alexandra Palt, directrice responsabilité sociétale et environnementale du groupe L’Oréal et ancienne de la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), a elle aussi traversé cette frontière entre les ONG et les multinationales.

Même transition pour la déléguée générale de la Fondation Chanel pour l’amélioration des conditions de vie et l’indépendance économique des femmes. Le parcours de Miren Bengoa Delalande, passée notamment par la London school of hygiene & tropical medicine, a aussi été marqué par les grandes institutions internationales – Unicef et Fnuap (Fonds des Nations unies pour la population) – en Afrique et en Amérique du Sud, avant d’intégrer ce symbole du luxe.

Entreprise citoyenne

Les fondations sont elles aussi importantes, car elles symbolisent l’entreprise citoyenne ; elles sont un pendant de la RSE. Ainsi, chez L’Oréal, une autre femme veillait au développement durable. En prenant la direction générale de la Fondation du groupe, en juillet dernier, Isabelle Marey-Semper, neurobiologiste qui a fait l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, était aussi nommée directrice du développement durable et des affaires publiques. Outre la direction de la Fondation, elle est aujourd’hui directrice générale communications et affaires publiques.

Ce lien se retrouve chez Yves Rocher, où Claude Fromageot porte cette double casquette. Et chez Clarins, Yvette James est également chargée des activités philanthropiques de la marque. Des profils variés et c’est normal, car comme le rappelle Luc Meuret, «la RSE a pour vocation d’être partout dans l’entreprise ; chaque compétence doit être RSE».

Chasse à la RSE, un métierTrouver la future perle rare d’un service RSE ? Il existe des chasseurs de têtes, davantage dans les pays anglo-saxons qu’en France, qui ont la RSE pour savoir-faire. Your Voice, créé en 2009, est l’un d’eux. Sa mission consiste à «placer l’homme au cœur de l’innovation ; une innovation qui a un impact sociétal, avec des projets sociétaux ou d’intérêt général». Au risque du greenwashing ? Luc Meuret, patron de ce cabinet français de recrutement, assure que non, tout en rappelant que tout tient aux ambitions d’un président. Faut-il alors mettre en place des formations spécifiques ? Luc Meuret a des doutes, d’autant plus qu’à l’avenir, il ne faudrait plus recruter des spécialistes, mais que chacun en prenne sa part. «On aura réussi quand ce métier n’existera plus, mais on en est encore loin. Les enjeux sont exponentiels», ajoute-t-il.

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