«Notre stratégie est orientée vers le full-service»

©Alkos

Aux commandes du groupe Alkos depuis 2011, Dominique Vautier, PDG, a permis à ce spécialiste des cosmétiques et du crayon made in France, qui exposera mi-mars ses nouveautés à Cosmoprof Bologne, de renouer avec la rentabilité. Passé à la sous-traitance, il fait le point sur les activités du groupe.

Vous êtes à la tête du groupe Alkos depuis cinq ans. Comment la société a-t-elle évolué ?

Dominique Vautier : Le groupe Alkos est né en 2008 de la réunion de trois entreprises : Inter Cosmétiques, Alkos Cosmétiques et Sagal. Malheureusement, la crise a fait plonger le business de nombreux sous-traitants car les marques ont dû rapatrier certaines activités. Nos sociétés ont connu de nombreuses difficultés, des licenciements, un mauvais taux de service… À mon arrivée, nous avons élaboré un plan d’action sur deux axes. Un volet industriel, tout d’abord, avec le recrutement de directeurs d’usines, un travail sur la productivité et la performance industrielle. Commercial ensuite, avec la création d’une direction commerciale, marketing et communication. Le service marketing nous permet d’être une force de proposition auprès de nos clients. Toutes ces actions ont permis au groupe Alkos d’être positif en 2013 et d’avoir une croissance de plus de 40% entre 2012 et 2015. C’est le résultat d’une démarche commerciale proactive et d’usines qui fonctionnent grâce au travail d’équipe.

Quels sont les derniers résultats et quelle en est la répartition entre entreprises ?

D. V. : L’année 2015 a été bonne avec un chiffre d’affaires en croissance de 11% par rapport à 2014, à 51 millions d’euros. Nous prévoyons une progression de 12% en 2016. Inter Cosmétiques, qui produit du soin et tout type de maquillage, près d’Angers, pèse 31 millions d’euros. Alkos, le seul fabricant de crayons en France avec son site de Boulogne-sur-Mer, réalise 15 millions d’euros. Enfin, Sagal, producteur de savons et de sticks déodorants près de Chartres, a terminé l’année à 5 millions d’euros. Notre stratégie est orientée vers le full service, la part du remplissage est devenue insignifiante. Le développement et la production du crayon comptent peu d’intervenants et sont sous-traités par les marques. C’est assez similaire pour le savon. C’est le secteur d’Inter Cosmétiques le plus concurrentiel, entre nos confrères et nos clients.

Quelle est votre vision du marché de la sous-traitance ?

D. V. : C’est un secteur en croissance car les marques se concentrent, surtout les métiers du marketing, et de plus en plus de donneurs d’ordres mettent en place des partenariats pour déléguer le développement et la production. Il y a aussi les marques des distributeurs qui n’ont pas d’outil industriel. Il faut s’adapter à des évolutions, comme la baisse du time to market, qui peut devenir un facteur de réussite s’il est bien géré. De plus, les produits ont une durée de vie courte et les appels d’offres réguliers nous obligent à nous remettre en cause tous les trois ou quatre ans, sur les prix comme sur les textures, à proposer des nouveautés…

Comment vous différenciez-vous de vos concurrents ?

D. V. : Notre démarche commerciale doit apporter un vrai conseil à nos clients, puis la recherche d’amélioration doit être continue, en commençant par la R&D, qui demande beaucoup d’énergie. Enfin, le processus de développement doit être fiabilisé, sans oublier la qualité des produits ni le taux de service. Il ne s’agit pas seulement de décrocher un marché, il faut aussi assurer la production. De mon point de vue, l’élément clé de la réussite est encore et toujours le travail en équipe. Sur la question de nos prix de vente, nous avons fait le choix d’une mécanisation très poussée. Le crayon en est un bon exemple.

Quels ont été vos derniers investissements industriels ?

D. V. : Dernièrement, nous avons installé une nouvelle ligne de production et d’assemblage de crayons plastique chez Alkos Cosmétiques. Cette année, nous allons procéder à un investissement important pour le crayon en bois, et mettre en place une machine de coulage et d’assemblage pour les rouges à lèvres chez Inter Cosmétiques. En 2017, le site de ce dernier va d’ailleurs déménager, toujours à Angers, afin de s’agrandir et de regrouper les différentes activités. Il aura une superficie de 16 000 m², avec 4 000 m² d’extension possible.

Vous insistez sur le made in France pour le maquillage, alors que l’Italie est devenue un producteur de plus en plus important…

D. V. : Le made in France est très prisé par les clients étrangers comme par les clients français, et nous sommes les seuls à le proposer pour les crayons. La France fabrique des millions de pièces de maquillage, que ce soit dans les usines des marques ou chez les sous-traitants, mais nous sommes probablement plus discrets en communication. Seules les poudres sont moins présentes dans l’Hexagone, mais nous disposons aujourd’hui de nouvelles matières premières et de produits qui concurrencent les références classiques.

Quel sera votre prochain défi ?

D. V. : Le grand challenge cette année est d’accompagner l’entreprise à l’international, qui représente un réservoir de croissance. Actuellement, le chiffre d’affaires est principalement réalisé en France et notre objectif sera de faire monter l’export à 50%. Nous finissons de mettre en place la stratégie en Europe, qui sera gérée par la France. Cette année, nous allons également ouvrir un bureau sur la côte est des États-Unis, et nous réfléchissons à l’Amérique du Sud pour 2017. L’Asie sera ensuite dans notre ligne de mire.

Vous êtes aussi président du spécialiste du packaging Cosmogen, qui est distinct du groupe Alkos, pourquoi ?

D. V. : Cosmogen, au même titre que les trois sociétés qui composent Alkos, fait partie de la holding Aaxen. Elle dispose d’une certaine autonomie lui permettant d’avoir un large portefeuille de clients. De même, les sociétés d’Alkos peuvent choisir de se fournir chez d’autres partenaires. Elles travaillent toutefois ensemble sur des concepts innovants.

Un spécialiste du monde industrielC’est en devenant président et actionnaire du groupe Alkos que Dominique Vautier fait son entrée dans le monde de la sous-traitance. Il est depuis devenu président de la holding Aaxen en 2014, aux côtés de l’actionnaire historique Gérard Gieux et de MBO Partenaires. Auparavant, ce docteur en pharmacie de l’université de Lille a effectué l’essentiel de sa carrière du côté des donneurs d’ordres pour la pharmacie et la cosmétique comme Sanofi, L’Oréal, Chanel ou encore Yves Saint Laurent. Il a toutefois toujours œuvré dans la production : au sein des laboratoires, au contrôle qualité ou encore à la direction de sites. Un profil qui lui permet de bien appréhender les attentes de ses clients.

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